REM : Peter Buck “retrouver le live”

rem.jpgLe groupe américain sera la tête d’affiche de cette première journée de festivals à Werchter. Ecoutez l’interview de Peter Buck, accordée au Soir pour la sortie d’Accelerate, en janvier dernier. Les interviews de Michael Stipe et Mike Mills.

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Peut-on dire qu’il s’agit d’un album “live” enregistré en studio ?
Oui. En discutant entre nous, on tombait toujours d’accord pour dire qu’on était très forts sur scène et que ce serait bien de transformer ça en studio. Et de ne plus passer tant de temps sur l’enregistrement d’un disque. Quasiment tout Accelerate a été fait sur scène, quelques voix ont été refaites par après en studio.

S’agissait-il, avec ces sessions de Dublin, de retrouver les sensations de vos débuts, quand vous testiez en concert vos nouvelles chansons ?
Oui, on avait l’habitude de faire ça dans les années 80. On faisait un disque par an et on tournait en permanence. On aimait bien entrer en studio après avoir testé les chansons sur le public. Il y avait une certaine excitation. Les choses ont changé par la suite, elles se sont installées. On a fait des disques plus élaborés, plus pensés.


Un disque est toujours une réaction par rapport au précédent. Trouvez-vous aussi que Around the sun était trop calme ?

Oui. J’ai détesté le processus de réalisation de ce disque. Pour toujours. On était tous frustrés. Le disque aurait dû être meilleur. Cette fois, on a vraiment voulu un disque de rock, court et spontané. Joué en studio comme on joue sur scène.

R.E.M. a mis du temps avant de publier, en 2007, son premier album « live ». C’est ce qui vous a décidé à poursuivre dans cette voie ?
Je savais que le groupe jouait très bien lors de la dernière tournée. Il nous fallait retrouver cette expérience « live » en studio.

Cette année, R.E.M. est introduit par Eddie Vedder au Rock’n’Roll Hall of Fame. On était loin d’imaginer ça quand on vous a vu pour la première fois au T/W Festival en 1985. C’est important pour vous, après tant d’années, d’être encore aujourd’hui dans un rock band riche de toute cette histoire?
Oui, mais tout cela n’a un sens que si on est encore à même de réaliser un grand disque de rock. Là-dessus, on était tous d’accord. Notre précédent album nous a tellement déçus qu’il fallait qu’on change nos habitudes de travail. C’était vital pour R.E.M. Il était essentiel qu’on réussisse aujourd’hui un grand disque. Il aurait été trop facile de laisser tout tomber après Around the sun. Je voulais vraiment faire quelque chose de bien après ça.

Même si vous faites d’autres choses à côté, R.E.M. reste votre priorité. Est-ce en raison de toutes ces années passées ensemble ? Est-ce plus important de continuer après 25 ans que ce ne l’était il y a dix ans par exemple ?
Je pense que chaque jour était important. Dans les années 90, on a passé énormément de temps en studio. On avait de bonnes chansons, on a fait de très bonnes choses mais on ne se posait peut-être pas assez la question : qui sommes-nous ? Que voulons-nous faire ? Aujourd’hui, je n’ai plus envie de passer huit mois sur un disque.

Qu’est-ce que cela signifie en 2008 d’être dans un groupe de rock ?
Woaw, ça, je n’en sais rien. Il y a cinq ans, avec toute la vague hip-hop, j’avais l’impression que tout était fini. Maintenant, il y a toute une nouvelle génération de jeunes groupes, comme Arcade Fire qui est très populaire, ou des groupes anglais comme The Editors, Kasabian, Razorlight, Snow Patrol… Ils refont tous du rock. J’ai l’impression que dans les festivals d’été, on retrouvera beaucoup de groupes un peu similaires à nous. Quelque part, c’est rassurant.

C’est pour ça que vous avez choisi un nouveau producteur, Jacknife Lee, qui s’est fait connaître avec une partie de ces groupes ? Pour avoir ce type de nouvelles sensations ?
Oui, même si le gros du travail consiste à écrire nous-mêmes nos chansons. Le boulot du producteur est d’apporter des idées, d’aller voir plus loin, d’amener le groupe dans la bonne direction. Jacknife avait l’avantage d’être vierge par rapport à notre musique. Le fait qu’il ait beaucoup travaillé avec de jeunes groupes lui donnait l’avantage. Il nous était moins facile d’être en désaccord avec lui. On voulait tous aller vite. Certains producteurs aiment passer dix mois sur un disque. On ne voulait plus faire ça. Jacknife venait passer deux semaines par ci, deux semaines par là. C’était ce qu’il fallait.

Le disque a été enregistré à Athens, où vit Mike, Dublin où vit Jacknife et Vancouver, près de là où vous vivez…
Oui, je vis toujours à Seattle. Et Michael aime bien changer d’endroits. Ce n’est pas toujours facile de travailler là où vous habitez. Jacknife aimait cet endroit près de Dublin et les sessions en Irlande avaient été tellement importantes pour nous qu’on voulait en garder l’esprit.

Avez-vous enregistré ces sessions publiques de Dublin ?
Oui, j’aimerais d’ailleurs qu’elles soient un jour publiées. Elles sonnent bien. On retrouve les chansons de l’album mais avec d’autres arrangements, des textes différents aussi, puis d’autres chansons. Ce serait bien…

L’album Accelerate est vraiment fait pour être joué « live ». Vous vous apprêtez à partir en tournée toute l’année. Vous aimez cette vie ?
J’aime jouer en concert. Voyager est parfois bizarre. Ce disque, plus que le précédent, donne envie de tourner. J’adore faire les festivals, avec toute cette foule devant nous. C’est probablement pour moi, la chose la plus fun à faire. On voit les autres groupes. On se croise. J’aime passer l’été dans les festivals.

Il y a beaucoup de guitares dans ce disque. Vous avez pris le pouvoir dans le groupe ?
Non. Les chansons, très rock, le nécessitaient. On voulait tous les trois ce type de chansons.

Scott McCaughey est devenu le second guitariste attitré du groupe. Un peu comme Ron Wood avec Keith Richards ?
J’aime avoir avec moi un guitariste en qui j’ai entièrement confiance et avec qui je joue bien. Je connais bien les rythmes et j’aime bien aussi faire des choses plus mélodiques. J’aime les deux et on travaille bien ensemble. On ne fait pas toujours la même chose, on aime bien varier. Et Mike est un grand bassiste sur lequel se reposer.


Dans votre esprit, dans dix ans, vous serez toujours dans R.E.M. ?

Vous ne pouvez jamais le dire. Mais j’aimerais bien, oui. Dix ans ? C’est peut-être un peu beaucoup. On verra mon état de santé et comment je me sentirai. Si ce disque-ci n’était pas aussi bon, je ne serais plus là dans trois ans. Je ne veux pas non plus d’un groupe qui passe son temps sur scène sans venir avec de nouvelles grandes chansons. Je veux rester un compositeur…

Jouer avec Scott et Steve Wynn, c’est juste un hobby, l’envie de faire quelque chose d’autre que R.E.M. ?
Les dix premières années de R.E.M., on jouait 350 jours par an. Je n’avais donc pas besoin d’autre chose. Mike et Michael ont envie de faire autre chose. On a terminé la dernière tournée en juillet 2005. On ne s’y est pas remis avant janvier 2007, ça fait beaucoup. J’avais le temps de m’occuper.

Le fait de vivre tous les trois dans des villes différentes, ça aide le groupe ou non ?
On tourne beaucoup, donc… Michael a toujours beaucoup voyagé. On s’arrange toujours pour faire de courtes répétitions, sur deux semaines plutôt que trois mois. Ce n’est pas plus mal.

Etes-vous toujours un groupe politique ? N’est-ce là que le rôle de Michael ou êtes-vous également impliqué dans ses combats ?
Tout ce que R.E.M. fait politiquement, nous sommes tous les trois d’accord avec. Michael est plus impliqué dans l’image et le visuel car c’est un artiste du visuel. Il a étudié l’art et ça le passionne. Mais on a chacun différentes cordes à notre arc.

Comment expliquez-vous cette alchimie entre vous trois ? Vous êtes amis depuis tant d’années…
Oui, on est devenus une famille. Avec des liens de sang. Avec ses hauts et ses bas. On joue ensemble depuis plus de la moitié de notre vie. On en arrive à respirer de la même façon. C’est très spécial. On se fait entièrement confiance. Cette alchimie est très agréable.


Vous citiez quelques nouveaux groupes. Ce sont eux qui vous excitent réellement ?

Je suis toujours excité par un nouveau groupe qui débarque. Ce n’est pas que j’achète tant de disques que ça mais j’adore les voir « live ». Je me souviens de la première fois que j’ai vu les Strokes. Les White Stripes, je les ai vus à leurs débuts, quand ils avaient vendu 8.000 exemplaires de leur premier album et qu’ils jouaient devant cent personnes. Je n’irai pas les voir dans des stades mais j’aime les voir tout jeunes. C’est ça qui m’excite. J’ai vu Springsteen en 1975 devant 200 personnes.

Et vous avez joué avec lui lors de la tournée « Vote for change » en 2004…Y a-t-il encore des artistes avec lesquels vous rêvez de jouer un jour ?
Je ne sais pas. La plupart des gens avec qui j’ai joué étaient d’abord des amis. J’ai ensuite eu l’occasion de jouer avec Warren Zevon, Neil Young, Patti Smith, Bruce Springsteen, Roger McGuinn… Et ça continue. C’est un chouette métier. J’ai peut-être joué avec tous ceux que j’aimais. Exceptés les Beatles… C’est un peu tard maintenant…

PROPOS RECUEILLIS A NEW-YORK PAR THIERRY COLJON


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