Eurockéennes 2008 : les temps forts

Sébastien TellierLa vingtième édition des Eurockéennes de Belfort a vécu. On a déjà dit ici tout le bien que l’on pensait de la prestation des américains de A Place To Bury Strangers en ouverture vendredi. Retour non exhaustif sur quelques moments marquants qui ont émaillé ce week-end de festival.

La galerie photo Eurockéennes

Chouette confirmation samedi du potentiel de Santogold, amie de M.I.A. avec qui elle partage un goût certain pour l’éclectisme bigarré. Le concert s’ouvre avec un DJ balançant, seul en scène, un mix étrange, vitaminé, brassant aussi bien le This Charming Man des Smiths que le Roxane de Police. Un mix à l’image de la musique qui s’annonce : métissée et furieusement libre. Santogold déboule sur scène avec un collant vert en lycra façon Lovefoxxx de CSS et accompagnée de deux danseuses-chanteuses dont le sens, minimaliste et rigolo, de la choré est autrement plus excitant que la surenchère toc façon Kamel Ouali. La belle commence en force sur le remix de Switch & Sinden de You’ll Find A Way, un titre très punk dans l’âme à l’origine, qu’elle enchaîne sur la bombe L.E.S. Artistes. Un seul regret : la prestation n’a de live que les voix, Santogold et ses deux faire-valoir s’époumonant sur des bandes. Mais qu’importe : l’énergie des trois miss s’avère immédiatement contagieuse et elles parviennent même à nous faire avaler une pilule 100 % reggae (Shove It), c’est dire. Tandis que le final sur l’imparable Creator nous file carrément la danse de Saint-guy. A vrai dire, on en voulait encore. C’est dit, on retournera donc voir Santogold au Pukkelpop.

Tellier impérial

Plus tard dans la nuit ce même samedi, on avait rendez-vous sur la scène de la plage, au bord des étangs du Malsaucy, avec le Chabal de la chanson française, affublé pour l’occasion d’une sorte de veste de marin (honnêtement, on n’y connaît rien en uniformes) ouverte sur une chemise rose du plus mauvais goût. A dire vrai, Sébastien Tellier en festival, on s’en méfiait. Sexuality, son dernier album aux allures de bande son d’un vieux porno chic des familles, tenait sur un fil, en équilibre fragile entre kitscherie eighties fondante comme une sucrerie sur le palais et blague quasi potache. Le danger étant évidemment de se vautrer corps et âme dans cette seconde tendance. Bien mal nous prit de douter du gaillard qui, vidant sa bouteille de pinard au goulot, ne manqua ceci dit pas de décocher quelques sentences mémorables (« Je vais vous chanter comment j’ai fait l’amour à la petite amie de Muriel Robin » en ouverture de Fingers of Steel, ce genre).
Tous claviers dehors, avec des basses énormes, d’une moiteur parfaitement rendue par un savant lightshow, le concert de cette nuit nous plonge dans une atmosphère club sensuelle vraiment prenante. Tellier enchaîne les incontournables de son dernier disque avec classe : Kilometer, Divine, Roche, Une Heure, Fingers of Steel, … Vraiment vraiment classe.

Plus loin, il délaisse sa guitare électrique profilée pour se mettre seul au synthé et entame La Ritournelle. Un titre déchirant extrait de Politics (2004) et qui vient pour ainsi dire battre sur son propre terrain le Radiohead hypnotique et somnambule de ces dernières années. Il enchaîne directement sur L’Amour et La Violence et là, c’est énorme. On avait presque oublié à quel point la musique de Sébastien Tellier pouvait être touchante, comme ça, au premier degré. Cet enchaînement La Ritournelle-L’Amour et La Violence, c’est sans doute ce que l’on a entendu de plus fort sur ces trois jours de festival. Tellier finira le morceau couché sur son synthé, le micro à la main, dans une pose évoquant immanquablement la Lolita de Kubrick et sa sucette. Il ne manquait vraiment plus que la reprise de La Dolce Vita de Christophe pour nous mettre tout à fait KO.

Excellente surprise: alors que leur live brouillon au Primavera il y a quelques semaines à peine nous avait laissé un souvenir plus que mitigé, les New-Yorkais de MGMT ont impressionné dimanche sous le chapiteau avec une prestation posée, joliment mise en son et liant tous les morceaux via des intermèdes planants sur fond de projections (forcément) psychés. Tripant. Du coup, on leur pardonne de bonne grâce un final bêtement débraillé.

On passe jeter un rapide coup d’œil ce même dimanche au concert de Future Of The Left (2 ex-Mclusky et 1 ex-Jarcrew) dont les quelques morceaux – méchants, teigneux, jouissivement primitifs – entendus nous ont donné envie d’aller voir ça de plus près dans deux semaines à Dour.
Idem pour Battles (qui, comme Future Of The Left, jouera à Dour le vendredi 18 juillet mais aussi au Rock Herk à Hasselt le lendemain) dont le math rock, parfois un peu trop « mental », fait toujours autant de ravages. Atlas a bien été l’ouragan dévastateur attendu. Tandis que le batteur John Stanier, ancien tenancier de fûts chez Helmet, impressionne un peu plus à chacune de ses prestations avec ses rythmiques sèches et sévères comme autant de coups de trique.

Doherty ? Présent !

Viendra, viendra pas? C’est la question qui a tenu bon nombre de festivaliers en haleine ce week-end à Belfort suite à l’annulation de Pete Doherty et ses Babyshambles en Norvège puis à Werchter cette semaine. Non seulement les Shambles étaient présents mais ils ont commencé à jouer à l’heure et de manière même pas exagérément brouillonne. Un exploit en soi! De là à crier au génie, il y a un pas que nous ne franchirons certes pas… Le répertoire des Babyshambles n’arrivant pas à la cheville de celui des Libertines (dont ils reprennent d’ailleurs ce soir le génial Can’t Stand Me Now en compagnie de Soko). Quelques titres vraiment au-dessus du lot (Fuck Forever, Killamangiro voire Delivery) exceptés, Doherty et sa bande se contentent de proposer un rock anglais relativement anodin.

Un reproche que l’on ne pensera pas à formuler à l’encontre de la formation de Brooklyn (encore une !) Yeasayer et son psyché folk aux accents tribaux. Sur disque, quand le groupe n’est pas occupé à pondre des titres définitifs vers lesquels on n’a de cesse de revenir de manière quasi obsessionnelle (2080, Sunrise, Wait For The Summer), le groupe se débat ceci dit avec des arrangements au goût pour le moins douteux (et que je te plaque des nappes de synthé, et que je te rajoute des tonnes de réverb). En concert, la sauce est plus digeste et on se surprend à danser tout du long sur la musique de Yeasayer comme autour d’un grand feu de joie. A (re)voir au Pukkelpop également.

Houba houba bof

Au rayon déception par contre on pointera le concert des Brésilien(ne)s de Cansei de Ser Sexy, accompagné(e)s de leur nouveau batteur (l’ancien batteur ayant pris la place de la bassiste démissionnaire Ira Trevisan). CSS, entouré de ballons blancs accrochés aux instruments, ouvre sur son nouveau single Rat Is Dead (Rage) et peine terriblement à faire décoller un concert étonnamment plat. Il faudra attendre le final misant sur les tueries Let’s Make Love and Listen to Death From Above et Alala pour qu’il se passe enfin quelque chose. Un peu court.
Courts, les marsupiaux anglais de The Wombats l’étaient assurément. Il faut dire qu’en lançant les hostilités avec Kill The Director, ils avaient déjà brûlé la moitié de leurs cartouches. On s’ennuie sec au fil de morceaux pop rock aux vagues accents punk peu inspirés qui parviennent ceci dit à faire remuer les kids les moins regardants. Même l’hymne sautillant Let’s Dance To Joy Division, joué énergiquement mais de manière complètement brouillonne, nous laisse de marbre, avec cette pensée tenace pour la sépulture de Ian Curtis qui a suffisamment était profanée comme ça ces derniers jours (sa pierre tombale a été volée la semaine dernière à Macclesfield), merci pour elle.

De bien maigres bémols à mettre à l’actif d’une édition confirmant l’excellente santé du festival franc-comtois. Oui, vraiment, n’en déplaise à monsieur Paul Nizan, 20 ans c’est parfois le plus bel âge. (N.Cl)


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