Leonard Cohen défie le temps

Leonard Cohen défie le tempsCRITIQUE
Un concert de Leonard Cohen en Belgique, cela fait quinze ans qu’on attendait ça et en même temps, on nourrissait quelque appréhension à voir le grand poète québécois, debout, en plein air, durant trois heures, sur la pelouse du Minnewaterpark où se tient ce week-end le Cactusfestival.

On aurait tant préféré le revoir à la salle Henri Leboeuf de Bozar ou, comme la dernière fois, à la salle reine Elisabeth d’Anvers, des lieux nettement plus en adéquation avec l’univers tranquille du chanteur de 73 ans.
Après une journée d’averses, il nous restait plus qu’à rester bloqué une heure sur le ring de Bruxelles (en raison d’un accident) et à subir les habituels ralentissements à hauteur de Gand, avant d’arriver à Bruges sous la pluie et, par la même occasion, manquer la première partie assurée par Martha Wainwright.

Annoncé à 20 heures 15 par l’agent belge du chanteur (Greenhouse Talent) qui a donc fait le pari de placer l’artiste en ouverture d’un festival fort sympathique au demeurant mais voué comme n’importe quel autre aux aléas de la météo, Leonard Cohen monte sur scène à l’heure dite. Et là, comme par magie, le ciel se dégage pour rester clément durant tout le concert. Il fait doux, il n’y a pas de vent et donc la sono peut se montrer respectueuse des artistes.
Ouvrant par « Dance me to the end of love », Leonard rassure tout de suite sur la qualité intacte de sa voix. Toujours aussi élégant sous son chapeau de feutre, Cohen ne s’assied pas dans le beau fauteuil rouge prévu à l’avant de la scène (mais bien son guitariste et joueur de dobro) mais restera debout tout au long de son concert au cours duquel il traverse l’ensemble de son répertoire et quarante ans d’une carrière exemplaire. Il lui faudra trois heures (moins quinze minutes de break) pour en faire le tour avec une énergie simplement éblouissante.
« Ain’t no cure for love », « Bird on a wire », « Everybody knows », « In my secret life », « Avalanche », “Hey, that’s no way to say goodbye”… Les perles s’enchaînent, toutes connues du public qui les murmurent en même temps que lui. Le groupe reste délicat, voire old fashion, avec orgue, sax et surtout ces trois choristes (dont sa partenaire d’écriture Sharon Robinson) qui contrastent d’autant plus dans les altos avec la voix grave du maître.
En deuxième partie, Cohen ouvre au synthé avec « Tower of song » pour mieux retrouver sa guitare avec « Suzanne » suivie de « Boogie street », « Hallelujah » (somptueux !), « Democracy », « I’m your man », « Take this waltz », « So long Marianne »…

Généreux en chansons comme en remerciements qui respirent la sincérité et l’émotion, Leonard Cohen reste d’une classe folle, à la hauteur d’un répertoire unique qui a transcendé l’histoire de la musique. Et comme il annonce déjà son retour à Paris, à l’Olympia, du 24 au 26 novembre à l’Olympia, on peut déjà rêver à une date automnale belge… en salle. A ce moment-là, on devrait pouvoir découvrir son nouvel album studio.

THIERRY COLJON

 

 


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16 commentaires

  1. Pierre Buck

    11 juillet 2008 à 10 h 59 min

    3 heures ou le temps a suspendu son vol, je confirme mais pas le souvenir d’avoir entendu “Avalanche”.

    Pierre

  2. Marino du Bus

    11 juillet 2008 à 13 h 17 min

    Grandiose. Un homme d’une générosité et d’une présence touchantes.
    J’ai aimé aussi : son humour, savourer sa ‘golden voice’ avec vue sur un ciel serein, le talent de ses musiciens et la pureté des voix des choristes.
    Merci

  3. rand_corp

    11 juillet 2008 à 16 h 17 min

    Pas d’avalanche, je confirme. Et je rajouterais un bémol sur un faux pas sur closing time, une de mes chansons favorites de Cohen. Et le public était particulièrement énervant(je pense particulièrement à une dame derrière moi qui ne connaissait aucunes paroles mais pendant hallelujah s’est crue à l’église. Mais bon, le concert était pour le reste fantasique!

  4. china

    11 juillet 2008 à 18 h 09 min

    Il a joué précisément de 20h18 à 21h14 et de 21h28 à 23h04. Pas de Partisan non plus.

  5. rand_corp

    11 juillet 2008 à 18 h 20 min

    J’ai essayé, de mémoire de reconstituer le playlist? En fait, je ne me souviens pas d’avoir entendu “That’s no way to say goodbye” non plus. Le journaliste était-il bien présent au même concert que nous?
    Dance Me To The End Of Love
    The Future
    Ain’t No Cure For Love
    Bird On The Wire
    Everybody Knows
    In My Secret Life
    Who By Fire
    Anthem
    (intermission)
    Tower Of Song
    Suzanne
    Gypsy Wife
    Boogie Street
    Hallelujah
    Democracy
    I’m Your Man
    Take This Waltz

    (encores)
    So Long, Marianne
    First We Take Manhattan
    Closing Time
    I tried to leave you

  6. chipie

    11 juillet 2008 à 23 h 33 min

    C’était superbe. J’ai 66 ans, et pendant 3 heures j’ai retrouvé mes 30 ans car lui les avait!!!

  7. Isa

    12 juillet 2008 à 11 h 57 min

    Merci Monsieur Cohen pour ces 3 heures de pur bonheur.

  8. Emily

    12 juillet 2008 à 15 h 33 min

    Oui, il a chanté “That’s no way to say goodbye” juste avant Anthem.
    Les fans postent les playlist intégral de chaque concert sur leonardcohenforum . com
    Le concert était tout simplement sublime, je ne pensais pas avoir l’occasion de le voir en concert vu son âge… quel bonheur d’avoir pu assister à ce spectacle.

  9. micheline 75 ans

    12 juillet 2008 à 16 h 41 min

    bravo à tous ceux qui me font rêver, par leurs commentaires..aurais voulu y être mais pas de place et pour tant j’étais tôt…si il vient encore, espère beaucoup l’entendre avant mon dernier jour!!

  10. Lambert

    12 juillet 2008 à 21 h 21 min

    Tournée d’automne : 161 euros pour voir LC à l’Olympia. Se prend pas pour de la m… l’ami Cohen. A ce prix-là, M. Coljon, vous pouvez ravaler vos éloges : nous, on paye nos places…

  11. Emily

    12 juillet 2008 à 23 h 03 min

    A ma connaissance, à 56 EUR, les places les moins chères étaient celles pour le concert à Bruges. Les moins chères pour l’Olympia étaient vendues à 98 EUR (mais déjà sold out). LC n’y est pour rien, ce sont les organisateurs qui se sont rendus compte du succès de la première partie de la tournée (concerts complets en moins d’1 semaine de mise en vente pour la plupart, pas mal pour un type de 73 ans dont le dernier concert remonte à plus de 15 ans !)

  12. ausgewanderte

    13 juillet 2008 à 12 h 41 min

    Lambert, des spectateurs n’ayant pas acheté leurs tickets dès leur mise en vente on dépensé plus que les plus hauts prix pour l’Olympia en achetant sur ebay (pour Lyon par exemple). N’est-ce pas plus juste que Cohen et les organisateurs de ses concerts touchent ces sommes plutôt que des spéculateurs?

  13. Ced

    13 juillet 2008 à 13 h 30 min

    quel concert magnifique!
    c’est tres touchant de voir un tel monument en live. J’ai 23 ans et je me dis que j’ai beaucoup de chance d’avoir eu ce privilège!
    Cohen radie d’un sourire apaisant et son regard étincelle de mille feux. Sans parler de sa voix…

  14. JJ

    13 juillet 2008 à 17 h 55 min

    J’y étais.
    Cohen a été généreux, poli, gentil, souriant, modeste. Il s’effacerait presque devant ses musiciens et choristes.
    J’ai adoré. Il n’est pas une bête de scène, il est une personalité!
    Tournée 2008 organisée pour des questions financières, soit: Leonard Cohen m’a plus donné qu’il n’a pris!
    Les quelques chansons que j’aime moins en version studio (“tower of songs” “democracy is coming” “closing time”) passent très bien.
    Leonard Cohen nous a gâtés.
    Merci à cet artiste constant.
    Je viens d’acheter ma place pour l’Olympia…

  15. paul

    18 juillet 2008 à 0 h 22 min

    Comme il n’y avait plus de places disponibles à Bruges, j’ai assisté, 2 jours plus tard, à son concert à Amsterdam. Merveilleux et émouvant. Emouvant car il parvient à faire passer les émotions et les couleurs de ses chansons. Concert remarquable où (cela est bien rare), il était possible d’entendre chaque mot prononcé et où chaque musicien (remercié et présenté après chaque solo) avait une véritable place. Contact excellent également avec le public. Un public venu de plusieurs pays ; j’ai rencontré non seulement des hollandais mais aussi des anglais, français, américains… Avec deux parties et 5 chansons en rappel… Un concert qui n’est pas que la nostalgie ou une recette facile au départ de vieilles chansons mais plutôt un intense moment de poésie et de musique… d’art quoi…L’occasion aussi de se rendre compte que sans jamais avoir été “vedette des hit parades” avec “tubes commerciaux”, de très nombreuses chansons s’imposent aujourd’hui comme incontournables…

  16. PATRICK ET MARYSE

    25 juillet 2008 à 17 h 10 min

    Nous sommes remontés de PERPIGNAN à BRUGES pour
    voir e entendre le génial LEO.

    Un moment de pur bonheur, la surprise de la météo qui se dégage juste au moment du concert et la voix du maître intacte superbe s’accordant admirablement avec l’orchestre et les choeurs

    Superbe choix des chansons et on sentait bien l’emotion du public mais aussi celle de L COHEN qui nous a remercié nous les Européens de “faire vivre ses chansons à travers le temps”

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