A Lokeren ce mercredi: Massive contre-attaque

Massive Attack, en tournée d’été, teste les morceaux
de son prochain album. Rencontre exclusive au Paléo Festival.

Nyon

De notre envoyé spécial

Il est presque 2 heures du matin, ce samedi 26 juillet, lorsque Massive Attack achève ses deux heures de concert par une version hypnotique et renversante de « Karmacoma ». Les 20.000 personnes sont en lévitation tant le final est étourdissant.

Peu de temps avant, la légende jamaïquaine Horace Andy transcendait une fois de plus « Angel ».

En attendant le successeur de The 100th window – qui ne devrait pas sortir avant l’an prochain –, Robert Del Naja (3D) et Grant Marshall (Daddy G) sillonnent l’Europe des festivals, en profitent pour jouer huit nouveaux morceaux et, surtout, s’oxygéner avant de retourner en studio. « C’est surtout l’occasion de passer du temps sur la route et de puiser une nouvelle énergie, concède un 3D enthousiaste, rencontré peu de temps avant leur concert au Paléo Festival de Nyon, en Suisse. C’est aussi intéressant de rester connecté avec notre public, parce que parfois on l’oublie. En studio, l’environnement est tellement différent, tu es isolé, tu vis avec le même groupe restreint. Bref, c’est à l’opposé de la vie en tournée. »

Massive Attack a surtout le culot de présenter huit nouvelles chansons alors que personne ne les a entendues. Et si à trois reprises (dont l’une avec Horace Andy), le groupe anglais atteint des sommets, les cinq autres chansons ont un peu plus de mal à captiver un public plus prompt à réagir aux « Teardrop », « Inertia creep » ou « Mezzanine » qu’aux couleurs sombres et new wave chantées par une jolie blonde.

Et puis, comme le fait remarquer 3D, ce n’est pas parce que c’est une tournée sans nouvel album que Massive Attack ne soigne pas son show. Les lumières sont léchées, et régulièrement, des écrans avec des noms ou des slogans défilent sur le fond de scène, rappelant les climax étouffants et opaques d’un groupe qui reste éminemment politique.

À l’heure où le tour manager interrompt notre entretien – le groupe montait sur scène dix minutes plus tard –, 3D était encore bien remonté contre Berlusconi : « On revient d’Italie. Ça me rend dingue de savoir que Berlusconi est devenu politicien pour protéger ses intérêts. Et lorsque des charges de corruption pèsent sur lui, il se met à l’abri en changeant les lois… »
entretien

NYON

De notre envoyé spécial

Vendredi 25 juillet, 23 heures, dans le petit village des artistes du Paléo Festival, en Suisse : 3D et Daddy G papotent gentiment autour d’une petite table en plein air. Une fois les présentations expédiées, 3D nous tend une bière et nous invite à poser la première question : « Let’s go ! »

Quel est le concept de votre futur album, quelle en sera la couleur ?

3D : On doit encore y réfléchir. Chaque morceau est une entité individuelle, séparée et compartimentée. On souhaite que chaque composition soit la plus forte possible, et ensuite seulement, on réunira toutes les chansons. Mais pour l’instant, nous ne prenons pas de direction musicale précise ; on ne va pas faire un album entièrement rock ou entièrement dub. On n’a d’ailleurs jamais fonctionné de la sorte. On raconte souvent des histoires à la presse, et pour avoir la paix, on leur dit que c’est de la gothic soul.

Quels seront les invités de ce prochain disque ?

Tunde Adebimpe, de TV on The Radio, Damon Albarn, Horace Andy… On avait aussi pensé à Mike Patton, un bon copain, mais il est trop occupé.

Et les textes ? Métaphoriques ?

Toujours un petit peu, oui. Avec quelque chose de poétique et de romantique. Ça a toujours été comme ça, depuis le début.

Comment parvenir à se réinventer après vingt ans ?

Parfois des morceaux anciens influencent et construisent ton futur. Tu peux aussi entendre des chansons actuelles à la radio et te dire : « Wouaw, ça va être un hit ! » Mais qu’est-ce qu’on doit faire ? Copier ce qu’on entend à la radio ? C’est très étrange, parce qu’on pense toujours de la sorte. Beaucoup de choses viennent de notre background, et tout ça nous inspire, mais pour créer quelque chose de plus novateur que ce qu’on peut entendre aujourd’hui. C’est un concept très intéressant que d’être influencé par son passé. Quand on était gamin, à l’école, on ne s’intéressait pas à l’histoire, parce que c’était une matière barbante. Et aujourd’hui, c’est le contraire, parce qu’on a envie de savoir d’où on vient.

Cela veut-il dire que ce nouvel album sera un retour aux sources ?

Quand l’album sera terminé, d’ici la fin de l’année, ce sera génial de voir qu’il y aura des contrastes un peu partout. Du blanc, du noir, des morceaux plus doux, d’autres plus enlevés. Mais ce ne sera pas un retour aux sources. Tu es en train de parler à deux personnes qui font ça depuis longtemps. Tu trouveras toujours notre identité artistique, nos goûts. Daddy G et moi, nous avons des goûts similaires et différents. C’était déjà le cas à l’époque de la Wild Bunch (NDLR : collectif de jeunes DJ et producteurs comprenant les futurs Massive Attack, actif à Bristol à la fin des années 80). Tout le monde avait sa personnalité, mais nous avions tous des sensibilités communes. Quel était le meilleur en rock ? En hip-hop ? En rock indépendant ? Ou en reggae ? Et les morceaux qu’on aimait étaient bluesy, tristes et mélancoliques. C’était ce qu’on adorait le plus avec G. Cette sensibilité sera toujours ancrée en nous.

Daddy G : A la base, on est des fans de musique : au lieu de passer notre temps à jouer aux cartes, on achetait des disques, on se faisait écouter des morceaux, on échangeait des idées, des choses comme ça.

Vous êtes nostalgiques de la période Wild Bunch ?

Daddy G : On a eu beaucoup de chance de connaître la naissance du punk, de la techno, de la drum’n’bass ou du hip-hop. On peut se considérer comme verni d’avoir cette musique comme héritage. Bien sûr, il y aura toujours cette nostalgie, parce que nous avons vu les mouvements naître et disparaître.

Vous arrive-t-il d’être jaloux lorsque vous entendez un morceau, un son à la radio ?

3D : N’importe quel musicien est jaloux. En tant que fan de musique, j’entends des choses qui sont vraiment incroyables. J’adore. De nos jours, le monde est si grand et si petit à la fois, on peut partager ses idées tellement rapidement… Tu te réveilles un jour avec une idée de morceau, le rythme, la basse, etc. Et le lendemain, tu entends à la radio une chanson qui te cloue au sol tellement elle est parfaite, et tu es forcément jaloux. C’est un sentiment naturel.

Massive Attack est toujours considéré comme le parrain de toute cette scène étiquetée trip-hop. Lorsque vous entendez ce mot aujourd’hui, ça vous fait sourire ou ça vous agace ?

Daddy G : C’est seulement parce qu’on nous a dit que nous étions les parrains de cette scène qu’à force de l’entendre, on a fini par le croire un peu. Comme toutes les étiquettes, c’est une bonne et une mauvaise chose. On a peut-être influencé le concept original de ce genre de musique qu’on appelle le trip-hop, et les gens ont suivi. Mais nous, nous sommes allés chercher ailleurs nos influences. Dans quelque chose qu’on écoutait avant. Et on a essayé de créer différentes atmosphères en empruntant au punk, au dub, ou encore au funk. Bref, à toutes ces musiques qu’on écoute et qu’on aime. Parce qu’on aime autant Public Image Limited que le reggae.

pratique

Où ? Grote Kaai, Lokeren.

Quand ? Jusqu’au dimanche 10 août.

Combien ? De 15 à 30 euros.

Infos ? Sur le site trilingue www.lokersefeesten.be.

Avec ? Status Quo (le 4), Sonic Youth, Supergrass (5), Siouxsie (6), N.E.R.D (7), Macy Gray, Grace Jones (8), Das Pop, Arsenal (9), Buffalo Tom, Alanis Morissette (10).

MANCHE,PHILIPPE


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3 commentaires

  1. dom

    7 août 2008 à 14 h 04 min

    excellent concert,bonne basse et son impec, même si horace andy (tant attendu )a brillé par son abscence…dommage.

  2. manu

    8 août 2008 à 11 h 38 min

    excellent concert et une petite chronique ici :
    http://blog.getnexthighestdepth.com/?p=81

  3. Pingback: Sonic Youth hypnotique | frontstage

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