Torrini jolie, tant de jours et tant de nuits

L’alchimie fonctionne entre l’Islandaise et son complice producteur Dan Carey. Leur troisième album est une fort belle pépite.

ENTRETIEN

Elle déteste être prise en photo, Emiliana ! Pas simple lorsqu’il s’agit d’assurer la promo d’un nouvel album. Mais parler, c’est autre chose. A ses rires et ses mimiques, vous ajoutez un anglais coloré par l’accent islandais, et voilà les trente minutes réglementaires évanouies sans prévenir !

« C’est très excitant. J’espère pouvoir assurer », répond-elle quand on lui dit que son concert du 13 octobre à l’AB est sold out. Sauf qu’elle ne sait toujours pas ce qu’on y verra : Emiliana n’y a pas encore réfléchi. Là, elle en est encore à mettre sur les rails le groupe qui va l’accompagner. « Tout s’est passé tellement vite. J’ai voulu que l’album sorte maintenant, alors qu’il était prévu pour février. Je ne pouvais plus attendre six mois et vivre avec le même disque. »

Le CD est aussi né dans ce rush ?

Non. En général, on pousse sur « record », on choisit une guitare, Dan joue et je réagis. C’est une sorte de jam inconsciente. Nous ne décidons jamais de ce à quoi telle ou telle chanson va ressembler.

Les nouvelles ont en commun leur simplicité et leur proximité.

Tout ce que nous n’avons pas besoin de faire, nous ne le faisons pas. Ce qui fait que certains titres comme « Ha ha », « Hold heart » et « Dead duck » sont restés à l’état de démos. « Beggar’s prayer » n’a quasiment pas été retouché… A l’origine, nous avions tendance à surproduire. Je voulais retourner en studio pour enlever un tas de choses, jouer le mix plutôt que mixer après coup. Dan avait du mal, mais j’ai eu raison. Avoir raison, ça me plaît !

La simplicité est remise au goût du jour, non ? En tout cas, il y a un public qui la privilégie à nouveau.

Parce que c’est plus subtil ! Ce sont des musiques qui ne vous extorquent pas les émotions, elles les provoquent, c’est tout. J’aime beaucoup. Ça veut dire aussi que l’auditeur vit avec l’album un peu plus longtemps. Vous vous souvenez de l’époque où tout le monde voulait avoir un orchestre symphonique sur son disque ? J’ai toujours trouvé que ça ne fonctionnait pas, cette manière de forcer l’émotion. Enfin, les autres, je ne sais pas, mais moi, j’estime que ce sont les chansons qui décident de la manière dont elles doivent sonner. Vous ne contrôlez pas tant que ça : elles veulent naître, elles demandent… Les miennes, c’est de l’espace entre les sons, vous voyez ce que je veux dire ?

Il vous faut du temps, alors ?

Pour l’album précédent, nous avons eu beaucoup de temps pour traîner ensemble et papoter. Habituellement, quand les gens commencent à me parler de nouvelles chansons, je fais tout pour changer de sujet. « Un thé ? » « On va promener ? » Me mettre en route est difficile, j’ai du mal à me concentrer. Dan m’a donc emmenée quelques jours à Oxford, dans un cottage, pour ne faire que de la musique. Trois ou quatre mois plus tard, nous sommes partis en Islande pour remettre ça. C’était une excellente solution : j’ai eu la possibilité d’écrire plusieurs heures de suite, pendant la nuit aussi. Bien sûr, Dan a su comment me motiver : « Après, on va dîner ! »

Vous avez des phobies ?

J’ai peur de la scène et peur de l’écriture. Vraiment ! Une sorte d’anxiété. Et en général, ça fatigue énormément, parce que toute l’adrénaline s’en va. Mais pour l’écriture, je pense avoir trouvé le truc : ne rien écrire jusqu’à ce que ça soit sur le point d’exploser, partir et m’y mettre !

Et la scène ?

Après quelques chansons, ça s’arrange. C’est surtout la peur d’être devant des gens en me disant que peut-être, ce n’est pas ma place. Cette anxiété porte sur les nerfs et vous donne l’impression que ce que vous faites, c’est juste faux.

http://www.myspace.com/emilianatorrini

http://www.emilianatorrini.com

Me and Armini

Imaginez un arc-en-ciel d’atmosphères. Entre les tonalités bluesy de « Fireheads » et la rythmique un peu reggae de la plage titulaire,des grattouillis de guitare acoustique sur le mélancolique « Beggar’s prayer », ou sur « Birds » qu’on dirait enregistré au milieu d’un jardin. Des petites touches d’orgue ici, un peu de handclapping ou d’écho par-là. Et pour faire de chacune de ces douze chansons habitées, une voix qui tient les notes longues, qui caresse avec son subtil vibrato, qui meurt dans un soupir coquin. Glissez l’album dans votre lecteur, pressez « play », fermez les yeux : tout va bien.

Rough Trade (sortie le lundi 8 septembre).

DIDIER STIERS


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