Le soleil se lève aussi avec Calexico

Joey Burns et John Convertino, les chevilles ouvrières de la formation américaine. Calexico, signent leur meilleur album à ce jour : l’envoûtant, entêtant et engagé « Carried to dust ». À découvrir également sur la scène de l’Ancienne Belgique le 13 octobre.

Entretien

Depuis ce concert historique au Botanique à l’époque du magnifique Hot rail, en 2000 – où, pour rappel, Calexico et son orchestre de mariachis avaient terminé debout sur le bar jusqu’à plus soif –, un lien privilégié s’est tissé entre le groupe de Joey Burns et John Convertino, le public belge et quelques journalistes.

À chaque rencontre, formelle ou informelle, ces huit dernières années – et Dieu sait si elles furent nombreuses –, on se réjouit toujours de passer un peu de temps avec Joey. Avec l’artiste, certes talentueux, mais surtout, avec l’être humain, attachant, courtois et passionnant. C’est un peu comme si on poursuivait une conversation entamée autour d’une solide margarita un après-midi de mai il y a plus de 2.500 jours. Ce qui était d’ailleurs le cas le 25 juin dernier, dans un hôtel bruxellois.

La dernière fois que nous avions eu de vos nouvelles (par mail en septembre 2007), vous nous disiez combien vous étiez heureux de jouer pour la première fois en Argentine et au Chili. Et ?

Fantastique ! Au fond de moi, je savais que j’allais trouver quelque chose au Chili. Mais avec le krach boursier, le projet n’a pas pu se concrétiser. La prochaine fois, je partirai une semaine avant et une semaine après le concert, pour profiter réellement de ces endroits phénoménaux. En Argentine, nous sommes allés voir l’équipe des Boca Junior, au stade. C’était indescriptible.

Mais pour revenir à nos concerts, le public était enthousiaste et très réceptif. Nous avons joué deux soirs. L’un à Buenos Aires et un autre à Santiago. Quand tu sortais à l’extérieur du club, à Santiago, il te suffisait de marcher jusqu’au coin de la rue pour te retrouver devant l’une des maisons du poète chilien Pablo Neruda. C’était inouï de se retrouver devant chez lui. Tout est là. C’est un lieu tellement chargé d’histoire, et finalement, ça a eu un impact sur certaines chansons de ce nouvel album.

Comme la chanson « Victor Jara’s hand » ?

Exactement. Victor Jara, c’est un peu le Dylan chilien, il était très proche d’Allende. Lorsque Pinochet est arrivé au pouvoir, il s’est retrouvé, avec des milliers d’autres, au milieu du stade de football. Un garde l’a reconnu, l’a emmené dans une cellule et lui a brisé les mains. Il ne pouvait plus jouer de la guitare. Mais en fait, personne ne sait vraiment ce qui lui est arrivé. Cette chanson est plus qu’une chanson sur Victor Jara. C’est aussi un morceau pour les opprimés, ça évoque la liberté, les clandestins. C’est bien de commencer le disque par cette chanson, tant musicalement que thématiquement. C’est un disque différent. Jamais nous n’avons collaboré avec autant d’artistes que sur cet album-ci. C’est varié. A la base, notre label, City Slang, nous avait suggéré de plancher sur un nouvel album avec des invités.

Avant d’évoquer ce nouvel album, un mot sur votre travail sur la bande originale du film de Todd Haynes, « I’m not there ». On voit d’ailleurs Calexico à l’écran interpréter « Acapulco », de Dylan. Comment vous êtes-vous retrouvé impliqué dans le projet ?

Nous avions déjà travaillé avec le superviseur musical du film en 2000, sur Committed, de Lisa Krueger, pour lequel nous avions composé entièrement la bande originale. Nous avons reçu le script fantastique de Todd Haynes et nous en sommes tombés dingues. Six personnes pour jouer six Dylan à des périodes différentes : quelle originalité ! Sans parler des références cinématographiques revendiquées, qui vont de Fellini à Jean-Luc Godard. J’imagine qu’il nous a proposé « Acapulco » parce que nous avons deux trompettes au sein du groupe. Ensuite, nous avons suggéré Charlotte Gainsbourg, avec qui nous avons enregistré « Just like a woman » – mais sans nous rencontrer, malheureusement. En fait, elle a enregistré les voix à Paris quand nous étions à Tucson. Par contre, nous avons enregistré avec Willie Nelson « Senor (Tales of yankee power) ». On connaît bien Mickey Rapael, son harmoniciste, qui joue d’ailleurs sur une chanson de notre nouveau disque et qui a joué avec tout le monde, des Stones à Townes Van Zandt.

Difficile de vous dire pourquoi, mais j’ai tendance à préférer ce nouvel album à « Garden ruin », son prédécesseur…

Beaucoup de gens pensent la même chose. Nous voulions essayer d’autres choses, le disque était plus expérimental. Nos amis nous ont dit qu’avec ce nouveau disque, ils adoraient le fait qu’il y avait beaucoup plus d’espace dans nos morceaux. Greg Schumacher, qu’on connaît bien (il habite Tucson) et avec qui on a enregistré Hot rail et Black ligtht, a produit le disque. Et aussi d’autres albums sur lesquels nous avons joué, comme ceux d’Iron & Wine ou de Neko Case.

L’intro de « Victor Jara’s hand » rappelle Manu Chao…

Bien sûr, c’est assumé. Je crois qu’il y a beaucoup de points communs entre sa musique et la nôtre.

Le 13 octobre à l’Ancienne Belgique. Prévente : 02-548.24.24, www.abconcerts.be.

http://www.myspace.com/casadecalexico

www.casadecalexico.com/


Carried to dust – ****

Après un début dont la guitare rappelle celle de Manu Chao, Calexico invite l’auditeur au cœur d’un univers évoluant entre les musiques de films (John Ford, par exemple), les ambiances mariachis (un classique) ou une relecture de la musique traditionnelle américaine (du folk à la country) aux couleurs des citoyens de Tucson (Arizona). Bande originale parfaite pour accompagner la lecture d’un ouvrage de Cormac McCarthy, Carried to dust bénéficie d’une volée d’invités (Amparo Sanchez, Sam Beam, d’Iron & Wine, etc.) pour un résultat inespéré – Calexico signe son meilleur album à ce jour – qui renvoie aux bijoux qu’étaient Hot rail ou The black light. Un des grands disques américains de l’année.

City Slang – V2.

PHILIPPE MANCHE

La vidéo de “Two Silver Trees”

[youtube sCA0_bNXAao]


commenter par facebook

1 commentaire

  1. cath

    22 octobre 2008 à 18 h 35 min

    concert de feu le 13/10… J’y retourne quand ils reviennent ! A voir

répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>