Thomas Fersen se fait la malle

fersenrasage.jpgEntretien
Thomas Fersen nous en dit plus sur Trois petits tours, son nouvel album, Germaine et les douaniers.
Le bal des oiseaux, Les ronds de carotte, Le jour du poisson, Pièces montées des grands jours, Le pavillon des fous… Autant de grands disques, autant d’histoires un peu folles, uniques, originales. Thomas Fersen, en quinze ans, a développé un univers attachant, fait de contes surnaturels aux personnages fantasques, qu’ils soient des êtres humains un peu perdus, des animaux parlants ou des légumes verts.
Fersen croque les mots comme les morts. Il les déguste et nous emmène dans son monde de rêves, proche des préraphaélites anglais ou d’un Arcimboldo. Et on aime le retrouver sur scène, avec ses chapeaux ou son ukulélé, sa gouaille et son sourire en coin.
Le revoilà déjà avec un septième album studio, intitulé Trois petits tours. A nouveau un disque fantasque et inspiré, dont le personnage principal est cette fois une valise dénommée Germaine.
Pour un artiste qui a beaucoup voyagé, on se rend vite compte qu’il s’agit là du plus autobiographique de ses disques: «Oh, je m’étais toujours un peu caché dans mes chansons. Mais de moins en moins, c’est vrai. A part derrière une barbe», nous a-t-il avoué mercredi, à la table d’une brasserie parisienne du XVI e arrondissement.

Le thème récurrent de ce disque est la valise, mais aussi la douane…
Ça permet de parler de soi avec un autre prétexte. La douane est un thème contemporain qu’on peut traiter de façon intemporelle. Il y a la culpabilité, la suspicion, ce monde intérieur mis au grand jour. Ça m’amusait.
Germaine, la valise, existe donc vraiment et vous lui parlez…
Elle est insignifiante mais les objets qui t’accompagnent finissent par être rassurants. Certains jours d’hiver, gris, froids, dans la loge, par coups de blues. Tu déballes tes affaires et ça va déjà mieux. Étant familiers, tu accordes à ces objets une certaine personnalité. Il y a de l’affectif. Il est finalement préférable de parler à sa valise que tout seul. C’est moins grave. Je ne sais pas quel âge a Germaine car c’est une valise que mon père a sortie du placard et m’a donnée. C’est une valise de costumes, qui s’ouvre en deux. Elle est restée comme fétiche. Elle a subi quelques réparations. Et elle a fini par m’abandonner car la fermeture éclair a lâché. Elle ne va donc pas connaître la gloire, elle ne sera même pas dans la loge pour entendre sa chanson. C’est ça le destin. Mais je ne l’ai pas jetée. Je la garde par respect. C’est comme mes costumes de scène, je les ai tous gardés. Mes vieilles chaussures aussi. Un musée dérisoire… La chemise du Pavillon des fous est en lambeaux. À force de la laver tous les jours. On voyait ma peau à travers tellement elle était usée en fin de tournée. C’est ça le problème avec les vêtements uniques.
Là, avec les photos de Jean-Baptiste Mondino pour l’album «Trois petits tours, on a droit à une belle robe blanche…
La jaquette et le chapeau, je les ai trouvés à Montréal mais la robe vient de Mondino. Il m’avait dit un jour qu’il me verrait bien en robe, je le lui ai rappelé. C’est une robe victorienne, sérieuse tout de même. Pour la scène, je devrais en trouver une autre car celle-là, Mondino l’a empruntée à la Comédie Française.
Et puis, sur ce disque, on retrouve une ode à l’ukulélé dont vous êtes devenu le héraut…
Il le méritait bien, même si c’est lui qui a fait craquer la fermeture éclair de Germaine. Quand j’arrive à la douane, je dois toujours le sortir de sa trousse qui fait penser à un étui de mitraillette. D’où la chanson. Ça inquiète toujours un peu au départ. Mais c’est marrant de voir le plaisir du douanier quand j’ouvre la housse, ce petit moment enfantin dans sa journée. Ce n’est pas facile de dérider un contrôleur. J’aime son regard d’enfant sur l’instrument. Mais ce n’est pas moi qui ai remis au goût du jour l’ukulélé. Il faut rendre à César ce qui est à Joseph Racaille qui a fondé le Club de l’ukulélé. Quand il a arrangé mon troisième album, il l’a utilisé sur «Bijou». Je n’avais jamais entendu d’ukulélé avant cela. L’enregistrement du disque avait lieu à New York. J’en ai acheté un à Staten Island, avec Pierre Sangra, accompagnés par Joseph qui nous a initiés. Depuis, j’en mets toujours un peu dans mes disques ou sur scène. Je l’ai un peu rejeté quand j’ai vu que la presse ne publiait plus que des photos de moi avec l’ukulélé, alors que sur Le pavillon des fous, j’ai tenté autre chose, plus rock. Une fois la crise passée, j’ai fait cette tournée à l’ukulélé, en duo avec Pierre. C’était une gageure. Grâce à Pierre, on a réussi à faire vivre le spectacle en oubliant qu’il n’y a que deux fois quatre cordes en tout et pour tout.
Nos sessions ukulélé du soir.be et la présence de l’instrument sur de nombreux disques de par le monde ont démontré son réel succès commercial…
C’est légitime, je trouve. C’est un instrument entier, ce n’est pas un jouet. Il a du caractère. Ce n’est pas une petite guitare. C’est finalement étonnant que sa popularité dans nos régions ne soit pas plus ancienne. C’est un instrument portugais au départ. C’est un rejeton du cavaquinho. Les Portugais l’ont importé à Hawaii qui en a fait un à leur façon: l’ukulélé. Fin du XIXe, le roi de Hawaii en a fait l’instrument national. En maori, ukulélé veut dire gratte-moi la puce. Car ça évoque le chien qui se gratte. Il séduit les enfants et les femmes aussi.
On retrouve aussi quelques animaux dans ce disque…
Oui, même s’ils sont dominés par les objets. Que les animaux masquaient dans les albums précédents. C’est leur vengeance. J’étais content de constater que les objets peuvent me donner un peu d’air. Que ce soit une punaise, un gratte-dos, une valise, l’ukulélé… Même s’il reste le concombre. Il y a toujours eu des légumes dans mes albums. J’aime beaucoup l’imagerie des légumes. A priori, on ne s’attend pas à trouver des légumes dans une chanson. Il faut ouvrir les chansons à un vocabulaire plus large.Ça n’empêche qu’on peut toujours écrire une histoire d’amour mais je trouve plus intéressant de déclarer ma flamme à une valise. C’est aussi une façon de parler de la solitude.
Il y a, comme toujours, ce soin apporté au choix des mots. C’est un vrai bonheur qui mérite d’être étudié à l’école…
Un mot placé de façon inhabituelle mais judicieuse, c’est renouveler son propre langage. Une langue vit dans la rue. Il faut rafraîchir et se réapproprier le vocabulaire par une utilisation inattendue. Des mots désuets dans mon enfance sont utilisés aujourd’hui par les ados, via internet ou à l’école. Moi, j’utilise le Petit Robert et je vérifie pour ne pas tomber non plus dans le nostalgique. C’est essentiel pour moi d’éveiller, de gratter l’esprit de surprise par l’utilisation d’un vocabulaire décalé. C’est ce qui m’amuse et que j’essaie de partager avec les autres. Je sais que des instituteurs utilisent mes chansons. Les enfants aiment mes textes car ils sont cocasses, avec une imagerie accessible. Il y a même une petite école qui porte mon nom en Bretagne mais je n’y suis pas encore allé. Je dois aller vérifier dans le Finistère.
C’est vrai que tout se tient entre les sept albums. Il s’agit d’une vraie œuvre cohérente. Ça impressionne…
Moi, ça me libère. Ce qui est pesant, c’est d’avoir à faire. Le salut est d’oublier ce qu’on a fait. Même si on repasse par les mêmes chemins. Mais ça, on s’en rend souvent compte après. Je travaille pour avoir une identité. Il y aura un moment où je finirai par y arriver ah, ah!C’est la vocation de tout auteur-compositeur. Il faut savoir s’écarter de ce qu’on fait sans tomber à côté de la plaque aussi.
Et la tournée, à quoi elle ressemblera après l’«Orange Mécanique» du «Pavillon des fous» et l’acoustique ukulélé?
C’est toujours une réaction, dans le but de surprendre. Être là où on ne m’attend pas. Avec Fred Fortin et les autres, ça sera encore différent. Plus funky sans doute, toujours onirique. Avec beaucoup de pedal-steel.
D’autres projets?
Oui, je vais faire la voix de Gaston Lagaffe pour la télévision. C’est la fille de Franquin qui a demandé que je fasse un essai. Je suis extrêmement flatté, c’est un vrai honneur pour moi de faire Gaston. On a déjà fait un pilote. Ce seront les dessins de Franquin en animation, avec trois planches par épisode. Dans le respect du dessin et du scénario.
THIERRY COLJON
Trois petits tours (Tôt ou Tard – Warner).
Tournée française à l’automne 2008 et dates belges au printemps 2009. Infos sur www.totoutard.com


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3 commentaires

  1. Fanfan

    13 septembre 2008 à 13 h 39 min

    Pas déçue, mais. J’achète chaque album de Fersen depuis “Les ronds de carotte”, il ne m’a jamais déçue, parvenant à chaque fois à réinventer du neuf.
    Sauf cette fois peut-être. Un album moins inventif, qui tourne un peu en rond.
    Mais “Trois petits tours” reste un album dont on se délecte à répétition, et un album haut dessus du lot. Même en faisant un peu moins bien que le pavillon des fous, l’ami Thomas est passionnant. Et toujours aussi intrigant. Merci THomas.

  2. francois

    16 septembre 2008 à 20 h 34 min

    tout a fait d accord fanfan la premiere ecoute est un peu decevante pas de chansons directememt evidentes sur cette album mais une ecoute repetee et plus attentive permet d en apprecier les saveurs un album moyen donc mais vivement la scene tout de meme

  3. Pingback: Gaston Lagaffe en dessin animé en 2009 sur France 3 ! | ▷ Blog Mais Quel Con - MQC !

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