Vanessa a son coin de Paradis

vanessa300.jpgVanessa Paradis publie un CD et un DVD de son triomphal et doux « Divinidylle Tour ». Rencontre parisienne. 

Paris

De notre envoyé spécial

Serge Gainsbourg, qui lui tailla l’écrin Variations sur le même thème, a dit de Vanessa Paradis : « Il ne faut pas cinq minutes pour l’identifier, c’est la garantie qu’elle durera. » Le cinéaste Patrice Leconte, qui transcende la miss dans La fille sur le pont, la décrit « à mi-chemin de la fée Clochette et de Jiminy Cricket ». Jacky Lambert, un ami comédien, qui croisa la compagne de Johnny Depp sur le tournage d’Atomik Circus (ce sont d’ailleurs les réalisateurs de ce film, les frères Poiraud, qui signent le joli making of de la tournée sur le DVD) n’hésite pas à décrire Vanessa comme quelqu’un de « super gentil ».

Rencontrée lundi dernier dans un hôtel parisien, Vanessa Paradis est un peu tout ça à la fois. Elle se révèle, au long des dix-sept minutes montre en main de l’entretien, une interlocutrice avenante, touchante et réfléchie. D’autant que cette tournée, forte d’une quarantaine de dates et magnifiquement captée en CD et DVD, fut son petit coin de paradis sur scène et en dehors de la scène. Accompagné par une dream team de choc (Matthieu Chédid en tête), ce Divinidylle tour, forcément plus rock, à l’image de l’album, nous montre une Vanessa généreuse et inspirée qui revisite les moments forts de son répertoire – avec un focus sur son dernier disque – tout en réarrangeant certains morceaux (« Joe le taxi » ou « Tandem ») et en s’appropriant le magnifique « Emmenez-moi » d’Aznavour ou « Le Tourbillon » popularisé par Jeanne Moreau.

A un journaliste de « Libération » qui suivait les répétitions de votre première tournée en 1993, vous disiez que vous ne dormiez plus, ne mangiez plus, qu’à trois heures du matin, vous tourniez en rond dans votre chambre en refaisant dans votre tête le spectacle. Bref, que vous doutiez de tout. Quinze ans après, comment avez-vous abordé cette tournée-ci ?

C’est vrai que sur cette première tournée, j’étais insomniaque. Sur ce coup-ci, c’était plus l’inquiétude et le doute d’être à la hauteur des gens qui viennent nous voir et de ceux qui sont avec nous sur scène. Je me suis énormément détendue. Ce n’est pas que j’avais toute cette assurance cette fois-ci mais, il y a, bizarrement, beaucoup moins d’intellectualisation si on peut dire ça.

Et bizarrement, plus je vieillis et plus je m’amuse alors que c’était plutôt quand j’étais plus jeune que ça devait être le cas. Au moment où on y va, c’est comme quand je prends l’avion et je n’aime pas trop ça. Mais comme je ne peux pas le piloter, il y a un moment où il faut arrêter d’avoir peur et essayer de profiter du vol.

Comment mettre des mots sur les émotions que vous recevez sur scène où les marques d’affection sont nombreuses ?

Il y a des visages qu’on connaît depuis longtemps et qui sont rassurants. On voit aussi les très jeunes, les enfants. Eux sont tout neufs et doivent ne connaître que le dernier album. Et puis, il y a tout ce qui se passe pendant le concert.

En l’occurrence, quand les vieilles chansons arrivent comme « Dis-lui toi que je t’aime » » ou « Joe le Taxi », bien sûr. Là, je suis autant actrice que spectatrice parce qu’il se passe des trucs de dingue dans la salle. Ce n’est pas énorme mais au niveau de l’émotion, ça l’est. Les gens s’enlacent, ils se regardent, ils dansent. On sent qu’ils ont été attentifs pendant tout le concert et là, c’est la chanson qu’ils attendent et c’est une espèce d’explosion. C’est beau.

Pour les gens qui viennent vous applaudir, un concert de Vanessa Paradis, c’est une soirée spéciale et particulière dans leur quotidien. Certains prennent un baby-sitter ou emmènent leur amoureux au restaurant après le concert. Vous êtes consciente de cette responsabilité ? En gros, vous ne pouvez pas foirer…

Bien sûr que c’est une responsabilité. Tout va dans le même sens. Je n’ai pas seulement envie de bien chanter toutes mes chansons, j’ai envie qu’ils passent une super-soirée. Vraiment. Ce n’est pas réussi tous les soirs mais tous les soirs, il y a la même dévotion à ça. C’est important. Je ne fais pas des concerts tous les ans mais quand j’y vais, j’ai aussi envie de m’éclater et je ne m’éclate que si le public s’éclate. Ce n’est pas rien.

La scène, dites-vous, c’est comme un médicament. Mais contre quoi ? On pourrait presque faire un parallèle avec les vols en avion que vous évoquiez au début de cet entretien dans le sens où lorsqu’on monte à bord, on met sa vie entre parenthèses pendant la durée du vol ?

C’est bien pour ça qu’il faut que ce soit magique. Sur scène, il n’y a pas de téléphone. Personne ne sonne à la porte et on ne doit pas remplir les factures. C’est comme lorsqu’on va voir un film ou lorsqu’on prend l’avion. C’est un voyage. C’est une thérapie. Il faut que ça fasse du bien.

À la sortie de scène, vous êtes vidée, apaisée, heureuse ?

L’adrénaline met un petit moment à redescendre parce que quand on sort de scène, on est encore à bloc. Il y a d’abord un état des lieux et on regarde ses partenaires genre : « C’était comment pour toi ? » ou juste simplement « C’était génial ! ». Dès qu’on commence à s’asseoir, l’enveloppe est vide.

Pour reprendre une expression d’aujourd’hui, vous êtes entourée par une « dream team de la mort »…

Non seulement j’ai une dream team de rêve mais l’aventure est encore plus énorme parce que c’est vraiment la leur aussi. Mes musiciens, ce sont d’abord des amis. Ils se connaissent depuis des années, ils ont leurs complicités de garçons, à eux. Et ils en ont fait des choses.

Matthieu (Chedid), ça fait dix ans qu’on se connaît. Et on s’entend bien. Ce qui n’est pas toujours le cas. Il y a des gens avec qui on rêve de travailler parce qu’ils ont un grand talent mais on ne s’entend pas forcément avec eux. Ou alors, on s’entend très bien mais ils ont moins de talent. Matthieu, il a les deux. Il m’a dit un jour : « Tiens, Vanessa, tu vas jouer de la guitare. » Je joue très mal de la guitare, suffisamment pour écrire des chansons mais pas pour me présenter devant les gens. Ce n’était pas gagné.

Vous aimez répéter que vous avez une très bonne étoile et d’ajouter, un peu vulgairement, que vous avez le cul bordé de nouilles. Vous culpabilisez parfois d’avoir autant de chance ?

Ça m’arrive encore. Aujourd’hui, ça se transforme plus en crainte maternelle. Pourvu qu’on ne me reprenne rien de ce qu’il y a de plus précieux. Tout ce qui compte, c’est l’essentiel et l’essentiel, ce n’est pas mon métier.

J’en suis toujours à me demander : « Comment ? Pourquoi ? Et encore pour combien de temps ? » Ce qui me pousse à profiter à mille pour cent de l’instant présent.

Divinidylle Tour, en CD, DVD et édition limitée chez Universal.


La critique du concert donné aux Francofolies de Spa, cet été


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