Factory Festival sous le vent de novembre

factoryfestivalcompterenduok.jpg1er novembre, jour des morts, pluie et vent froid. C’est presqu’un adage. Malheureusement, cette année n’a pas fait exception. Du coup, à Nivelles, le Factory Festival, malgré une affiche des plus attrayantes, n’a pas fait le plein pour sa première édition.

Alors que nous arrivons sous le grand chapiteau (presque) fermé, les texans de Oh No! Oh My! essaient de réchauffer la petite affluence déjà présente en début d’après-midi. La pluie a malheureusement fait des dégâts dans l’antre du festival dont le chapiteau perce, le sol étant souillé ici et là de flaques d’eau, particulièrement devant la scène. Pas facile dans ces conditions de s’immerger (sic!) dans le rock inventif des hollandais de Alamo Race Track, auteurs l’an dernier d’un petit chef d’œuvre de pop-rock aventureuse et loufoque avec leur album Black Cat John Brown. Quelques brouettes de foin plus tard, les flaques d’eau sont oubliées et le public grossit gentiment. Austin Lace, groupe local de l’étape, en profite alors pour tenter de redonner quelques couleurs à novembre avec leur pop ensoleillée. Tentative partiellement réussie, même si les festivaliers s’échappent par grappes dès la dernière note pour se réchauffer dans leur voiture… Rituel que beaucoup répèteront tout au long de la journée.

Retour sous le chapiteau où nous attend Françoiz Breut. Difficile de se plonger en live, qui plus est dans un contexte de festival, dans la musique et les textes ardus de la française. L’ex-compagne de Dominique A a froid (nous aussi), s’en plaint et dissimule bien mal son envie d’en avoir fini, ce qui n’arrange rien évidemment. Côté bons moments, on épinglera malgré tout l’excellent Vingt à Trente Mille Jours et son implacable constat (« C’est sûr, pour bien faire c’est trop court, n’avoir devant soi que vingt à trente mille jours »), ainsi que son nouveau Les Jeunes Pousses qu’elle avait déjà interprété en compagnie de Calexico lors du concert de ceux-ci à l’AB le 13 octobre dernier.
Troy Von Balthazar lui succède sur scène. Tout seul avec sa guitare, ses boucles ou un vieil enregistreur, l’ancien leader de Chokebore donne l’impression d’être en plein trip mystique : habité (défoncé ?), il multiplie les poses et tortillements lascifs mais ne réchauffe pas pour autant notre enthousiasme. A vrai dire, il nous laisse même profondément perplexes.
La (très) bonne surprise de l’après-midi viendra en fait de la prestation de ce groupe indé auquel on vouait un petit culte dans les nineties : Swell. Désormais seul maître à bord, David Freel est revenu cette année avec un nouvel album, South of the Rain and Snow. En compagnie de ses deux comparses de scène, Freel, pas causant pour un sou, tisse un indie rock dense, poignant et volontiers atmosphérique. Et quand il enchaîne deux perles issues de Too Many Days Without Thinking (What I Always Wanted et Sunshine, Everyday), sommet discographique sorti en 1997, on se dit que, vraiment, le paradis n’est pas loin.
Dans la foulée, les Français de Syd Matters entretiennent la flamme. A la base projet du seul Jonathan Morali, ancien vainqueur CQFD des Inrocks, Syd Matters est aujourd’hui un groupe à part entière et la chose est d’autant plus perceptible sur scène. De Everything Else au splendide Me and My Horses, le groupe revisite principalement le dernier Ghost Days, sorti en début d’année, agrémentant sa pop folk pastorale et rêveuse d’électrisants coups de sang. Finesse des arrangements, merveilleux travail sur les voix, voilà un live qui force le respect !

L’événement de la soirée, c’était la venue des Young Marble Giants. Auteurs d’un unique album devenu mythique (Colossal Youth en 1980), ces gallois adulés par des artistes aussi essentiels que Kurt Cobain ou Beck, ont défini un style (le minimalisme le plus minimal, du lo-fi avant l’heure) et une époque (le passage de la décennie 1970 à 1980) que les moins de trente ans ne peuvent que fantasmer. C’est dire si on attendait ce concert avec intérêt. Résultat: les Young Marble Giants ne ressemblent à rien ni personne d’autre. Mise en scène forcément sobre, chansons de deux minutes top chrono, batterie des plus minimale et basse omniprésente qui dictent les mélodies froides, bienvenue en 1980! On pense à un mélange de Cure période Seventeen Seconds, de Wire et de Kraftwerk, en plus dépouillé. Aucune recherche de complicité avec le public, juste une série de chansons que le groupe envoie de manière tellement simple qu’elles sonnent riches de trésors cachés. Tout cela est tellement en dehors du temps que ça en est fascinant. Voici le berceau du revival post-punk, dans ce grand chapiteau froid et humide installé le long d’une autoroute perdue. Ça ressemble à une apogée.

Un froid et une humidité qui, couplés à la fatigue, auront raison de notre volonté : on s’éclipse tout juste avant le concert des Girls In Hawaii… que l’on avait déjà vus à vrai dire la veille au foyer culturel d’Ans-Alleur (Liège) dans le cadre d’une soirée JauneOrange. Ils y avaient livré un bon petit concert, assez irréprochable dans son genre, montrant une assurance et une aisance qui leur faisaient sans doute un rien défaut en début de tournée en février dernier. En guise de reprise, ils préféreront cette fois le Flyswatter d’Eels au Taxman des Beatles : y a pas à dire, chez les Girls on reste des mecs de goût.

Fort d’une affiche quasi irréprochable, le Factory aura donc souffert des conditions naturelles et pratiques. Le festival aurait à coup sûr gagné à se dérouler dans une salle, d’autant plus que la plupart des groupes présents proposaient une musique plutôt intimiste. Décidément, le 1er novembre n’est pas un jour facile.

Didier ZACHARIE et Nicolas CLÉMENT


commenter par facebook

3 commentaires

  1. Guts

    5 novembre 2008 à 17 h 13 min

    Jamais eu aussi froid de ma vie à un concert ! On s’en souviendra de ce festival ! Pas d’accord pour le concert de Françoiz Breut, je l’ai trouvé vraiment bon malgré des conditions qui lui sont clairement défavorables.

  2. Claire

    5 novembre 2008 à 17 h 38 min

    Concept à réétudier parce que, comme dit Guts, jamais eu aussi froid de ma vie à un concert!!! Festival un premier novembre : testé et à moitié approuvé…

    Cela dit, de très bons concerts, heureusement. Par contre j’ai trouvé Swell d’un ennui monstre. Aucune présence scénique, un set qui n’a pour moi jamais décollé, si j’avais pu partir à ce moment là me réfugier dans une voiture…
    Remericement aux mecs d’Oh No! Oh My! pour nous avoir permis d’oublier un peu le froid (et chouette reprise de Sunday Morning), à Syd Matters et à ses harmonies vocales, et aux Girls toujours aussi parfaites, un concert plus électrique que ce que j’avais déjà pu voir.

  3. Sébastien

    10 novembre 2008 à 18 h 12 min

    Bonsoir,

    Je trouve votre article plutôt cassant, alors qu’à mon sens, ce festival était vraiment réussi.
    Certes, il a fait mauvais ce samedi premier novembre, à la malchance des organisateurs. Alors que le venderdi et le dimanche étaient plutôt ensoleillés, le soleil ne s’est pas montré et la brume ne s’est jamais levée le jour du Factory. Il a même bruiné et plu toute la journée, et le thermomètre est péniblement monté au-dessus des 5 degrés.
    Il n’en reste pas moins que le pari d’organiser un festival de qualité fut tenu. Peu de scènes, et encore moins de festivals, peuvent se vanter d’avoir rassemblé une telle affiche, et un son quasi irréprochable, d’autant plus à sa première édition !
    De plus, si le pari était d’organiser le dernier festival de la saison, il était également tenu, avec la météo en conséquence ! J’ai multiplié les couches avec T-shirts, sweats, pulls, et je peux vous garantir ne pas (ou presque) avoir eu froid ! On peut se souvenir de conditions similaires, voire pire, dans des festivals TRES connus !
    Je ne pense pas être le seul de cet avis, étant donné que le chanteur des Girls in Hawaii a lui-même soutenu le projet au micro, en félicitant l’organisateur, et en tarrissant d’éloge son affiche. Mais ça, vous étiez malheureusement déjà au chaud et vous ne l’avez pas entendu !
    Je vais d’ailleurs ajouter que ma découverte du jour fut le groupe Novö, inconnu à mon égard avant cette date !!
    Je trouve vraiment dommage que la météo soit pour beaucoup (et sans conteste pour les rédacteurs de cet article) un des critères de réussite pour un événement de ce type… Pour ma part, si le Factory Festival réédite, je serai présent, même sous la neige !!!

répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>