Les mélodies fantômes de Syd Matters

Deux belles affiches hier soir au Botanique. Tandis que les américains de Why? proposaient leur hip hop hybride dans la Rotonde, nous avons préféré suivre la fin de tournée de Syd Matters. Quatre jours après un concert enlevé dans le froid du Factory Festival, les français prenaient une Orangerie bien remplie pour achever une année 2008 qui avait débutée avec la sortie de leur troisième et très bel album Ghost Days. En première partie, on découvrait la folkeuse américaine Mariee Sioux.

On n’aura pas eu de mal à tomber sous le charme de Mariee Sioux. Très à l’aise sur scène, l’amie d’enfance d’Alela Diane joue ses chansons acoustiques seule à la guitare, et quand elle reprend le ‘Love Song’ des Cure, c’est pour le transporter sur les plaines arides de Californie, en célébration à la Terre Mère. Une idée du folk entre traditions 60′s et millénaires douce à l’oreille.

Alors qu’on le questionnait sur le fait de chanter dans une langue autre que sa langue maternelle, Tom Barman avait eu ce mot: «C’est une question d’attitude». Entendu, tout dépend de la manière d’approcher la langue en question et d’éviter de tomber dans un mimétisme caricatural des anglo-saxons. C’est ce que nous ont démontré les français de Syd Matters ce mercredi au Bota en donnant un concert brillant, proche de la perfection tant au niveau du son que de la performance et de l’intensité qui s’y dégageait. Chez Jonathan Morali, l’anglais est un choix non par défaut (avec toujours cette question en suspens: comment faire sonner le français dans un format pop?) mais tout simplement parce que cette langue glisse plus naturellement sur les mélodies fantômes qui peuplent sa discographie.

C’est justement une de ces mélodies fantômes qui ouvre le concert de façon presque anonyme, dans le noir. Une petite intro chantée à cinq hors micro et qui se fond ensuite dans ‘Everything Else’, splendeur tout en montée spectrale qui ouvre Ghost Days. Voilà, à partir de là, on ne redescendra plus. Entre merveilles du dernier album et perles plus anciennes (plus psyché et électriques aussi), c’est à une heure et demie de pure beauté à laquelle on assiste. Le groupe atteint un premier sommet de grâce quand il reprend le ‘My Girl’ des Temptations. Quant au final, il est carrément digne des symphonies pour guitares électriques d’un Godspeed You! Black Emperor.
C’est dire si cette pop-folk ne joue pas sur les règles établies des genres. Les compositions évitent d’ailleurs toujours la structure couplet-refrain classique et les arrangements, s’ils restent souvent sobres, ouvrent à des horizons vastes et inespérés. Cette musique a vraiment quelque chose d’inédit, qui doit autant au Floyd voire à Tangerine Dream qu’à Nick Drake, tout en ayant une touche fondamentalement latine. Cette attitude dont on parlait… Il n’est pas courant de voir un groupe français qui ne porte pas le poids de son héritage culturel comme une croix, et donc qui possède un réel potentiel international. «Merci d’être venu nous voir, on était vraiment pas sûr qu’il y ait du monde» avoue Jonathan Morali en fin de concert. Avec un tel niveau d’excellence, ça ne devrait plus être une question à se poser. En tout cas, on va s’assurer que la bonne parole continue d’être prêchée.

Didier Zacharie

[youtube W67EuguQXbM]


commenter par facebook

1 commentaire

  1. michel

    7 novembre 2008 à 9 h 11 min

répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>