Mercury Rev : le jour et la nuit

mercuryrave.jpgNouveau changement de cap. Jonathan Donahue et ses ouailles ont enregistré avec Snowflake Midnight leur disque le plus électronique.

On l’a connu psychédélique (Yerself is steam), lyrique (Deserter’s Songs), baroque (All is dream)… Mercury Rev se fait aujourd’hui électronique. Le groupe emmené par Jonathan Donahue a enregistré son septième album dans les Catskill Mountains avant de le mixer à Buffalo avec son ami de longue date, Dave Fridmann. Rencontre surréaliste et transcendantale dans un hôtel bruxellois.

« Snowflake Midnight » marque le passage de Mercury Rev à l’électronique. Comment en êtes-vous arrivé là ?

Jonathan Donahue : Il vous faut comprendre qu’une force extérieure agit en nous. Peu importe qu’on utilise un synthé ou une guitare. Comme on se fout de savoir si un auteur écrit avec un stylo, un ordinateur ou une machine à écrire. Ce qui me semble primordial, c’est la substance. Alors oui, notre son a changé mais nous n’y pensons pas trop. On aurait pu enregistrer certaines choses avec une flûte ou une clarinette, mais on ne l’a pas fait. C’est comme ça. Je ne sais pas pourquoi et je n’y cherche guère d’explication. Plus que nous tourner vers l’électronique, nous avions envie, besoin, de nous diriger vers quelque chose qui ne nous était pas familier. De sortir de notre zone de confort. Nous nous sommes sans cesse renouvelés car quelque chose nous fait bouger. Avancer. Je ne sais pas quoi. Je ne sais pas d’où ça vient. Je ne vais pas vous mentir. C’est plus grand que moi. Un peu comme si une opération silencieuse était menée en nous. Nous la sentons sans pouvoir l’expliquer. Mes quatre mots préférés sont : « Je ne sais pas. » Ça n’a rien à voir avec du mépris. Ça représente pour moi un potentiel infini.

Certains titres comme « Dream of a young girl as a flower » sont très dansants. Vivez-vous une période euphorique ?

J’ai plus souvent que par le passé un sourire sur le visage. C’est peut-être dû à des événements de ma vie. Mais ces événements ne sont peut-être aussi que la manifestation de ce sourire. Vous connaissez l’histoire de la poule et de l’œuf… Le contexte mondial n’est pas réjouissant certes. Mais il ne nous est pas extérieur. Il fait partie de nous. Ce que nous pensons mène aux problèmes du monde.

Mercury Rev aurait enregistré de quoi sortir quatre ou cinq albums. Un nouveau disque, instrumental, « Strange Attractor », est d’ailleurs déjà disponible sur internet. Que représente-t-il à vos yeux ?

Nous avons pondu une centaine de chansons en un an, un an et demi. Strange Attractor est un compagnon de Snowflake Midnight. Il ne s’agit pas d’un double album. Ils ne doivent pas s’écouter l’un après l’autre. Vous avez un chat ? Disons que vous êtes Snowflake Midnight et que Strange Attractor, c’est votre chat. Quand je vous rencontre : je ne me dis pas que vous êtes différent sans votre chat. Et quand je croise votre chat, je ne me demande pas où vous pouvez bien vous trouver. Mais quand je vous vois tous les deux, c’est encore mieux. Votre chat vous embrasse, mordille vos lacets. Ça rayonne.

Pourquoi avoir mis ces chansons en ligne gratuitement ?

Nous sommes conscients que le label aurait voulu faire payer pour ce disque. Mais ce n’était pas notre but. Ce disque est le résultat d’une joie, d’un plaisir. Nous voulions l’offrir. Il s’agit d’un disque sincère dans sa création, mais modeste dans ses attentes.

La musique devrait être gratuite selon vous ? Dans un monde idéal…

J’enregistre des disques pour m’exprimer. Si c’est pour amasser du pognon, t’es déjà foutu. Mais techniquement, personne ne fait quoi que ce soit pour l’argent. Nous tâchons d’en gagner pour ce qu’il va nous permettre de faire, d’obtenir, d’offrir. Si nous n’étions pas payés, nous devrions peut-être creuser des fossés huit heures par jour. Ce qui réduirait le temps pendant lequel je peux me consacrer à la musique. Ce que je constate, c’est que quand l’avidité devient disproportionnée comme dans les compagnies de pétrole, ça en devient dégoûtant. Egoïste à l’extrême. Je suis convaincu que personne ne se lève tous les matins en se disant : « Je suis un enfoiré. » Mais trop de monde traverse la vie en cherchant à recevoir plutôt qu’à donner.

En concert à l’Ancienne Belgique le 24 novembre.

Snowflake Midnight

Le septième et nouvel album de Mercury Rev risque de décontenancer nombre de ses fans. Snowflake Midnight, dont la pochette est signée par la jeune Belge VK Duvivier, n’est pas un chef-d’œuvre. Mais il marque le retour des Américains sur le chemin de l’audace. Trois ans après la sortie de son moins bon disque, The Secret Migration, le Rev se met en danger avec des titres plus électroniques, parfois même dansants, tout en conservant son univers féerique. Un pas dans la bonne direction.  Cooperative Music – V2

JULIEN BROQUET


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1 commentaire

  1. Manu Vocale

    14 janvier 2009 à 21 h 31 min

    Ne pas se fier aux écoutes de 10 secondes par morceaux chez le disquaire…prenez-le sans hésiter et écouter les plages du début à la fin, du tout bon MERCURY REV comme les fans du début aiment.
    J’en redemande!!!

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