Le retour de Ghinzu

Reportage sur la création d’un album flamboyant et audacieux. Le troisième album de Ghinzu sortira en février 2009.

C’est peu d’écrire que le nouvel album de la formation de rock belge Ghinzu est attendu. Excessivement, même. Un album longtemps annoncé, à chaque fois repoussé mais finalement, il n’y a rien d’anormal en soi. Ghinzu n’a pas traversé de crise existentielle mais a préféré prendre son temps. Et revenir sur les devants de la scène avec un album dont le titre pourrait être Mirror Mirror, c’est en tout cas celui qui a la préférence mais qui reste provisoire. Un disque d’une incroyable maturité, nous y reviendrons, où John (chant, piano), Mika (basse, guitares), Greg (guitares) et Antoine (batterie) ont poussé les treize chansons qui le composent dans leurs derniers retranchements.

« Ce qui est important, explique John Stargasm, rencontré début octobre au studio ICP, c’est de sortir un album sont nous sommes entièrement satisfaits. Le temps que ça prend, c’est anecdotique, ce n’est pas important. Je pense aussi que nous avons la chance de ne pas être soumis aux mêmes règles que subissent d’autres groupes. Après Blow et les deux ans de tournée qui ont suivi, nous avons eu besoin de récupérer et de nous nettoyer la tête. »

Rétrospectivement, on ne peut que saluer cette sage décision. Il est vrai que la tournée Blow (le disque, écoulé à pas loin de 100.000 exemplaires en France, est sorti en février 2004) eut une aussi longue vie chez les disquaires que sur scène où Ghinzu s’impose comme un des meilleurs groupes live du circuit. Des concerts brûlants et incandescents pour une tournée triomphale dont le point d’orgue fût un Olympia d’anthologie le 13 juin 2005 où, sur la musique que John Williams a composée pour Star Wars et la présence de soldats de l’Empire, Ghinzu a mis la légendaire salle parisienne sens dessus dessous.

En juin 2007, alors que le groupe s’apprête à se produire pour un concert exclusif lors de la deuxième édition des Ardentes, on reçoit sur notre portable un réjouissant coup de téléphone de Tom, le manager de Ghinzu, nous invitant à retrouver le groupe à l’ICP où, sous la houlette de Dimitri Tikovoï (Placebo, Sharko…), les quatre Jedi travaillent d’arrache-pied. A l’époque, nous avions été séduit par l’aspect « laboratoire » du processus créatif. Dans un studio annexe, Greg réécoutait les prises enregistrées, entouré de kilomètres de câbles. Et poursuivait les expérimentations, sous l’œil attentif de ses camarades.

« Nous voulions essayer, en termes d’arrangements, de trouver des sonorités qui nous conviennent », se souvient aujourd’hui John. « Je me rappelle parfaitement cette période. Nous fonctionnions avec des laboratoires périphériques et satellites. Et nous avons aimé nous perdre en studio. Nous avons apprécié le fait de mettre les sons les uns sur les autres et voir ce que ça donnerait sans trop succomber aux tendances musicales du moment. Tout ce processus nous a aidés à garder le cap par rapport à nos envies et surtout par rapport à notre identité. Nous voulions nous renouveler. C’était notre but. Ultime. » On se souvient aussi des moments d’euphorie qui régnaient dans le studio bruxellois lorsque « Kill the surfer » s’échappait des immenses et puissantes enceintes. Voir Greg entamer une improbable danse de Saint-Guy à l’écoute du morceau était, en fin de compte, assez touchant.

Une chose est claire avec Ghinzu. Il se passe toujours quelque chose. En studio ou ailleurs. Lorsque John vous fixe rendez-vous dans les bureaux de Satisfaction, la boîte de pub qu’il dirige, c’est d’abord pour vous affronter au ping-pong – où notre homme est assez balèze – avant de vous inviter à écouter quelques titres en chantier lors d’une balade en voiture dans les rues de la capitale.

Christine Verschooren, qui connaît bien les gaillards puisqu’elle a mixé Electro Jacuzi, produit Blow et fait de même sur le troisième album, livre une des clés de la force de Ghinzu. « Greg, Mika et John ont trois fortes personnalités. De cet équilibre naît un sentiment de folie, de liberté et de magie. C’est une sensation difficile à verbaliser mais c’est comme si l’air se met à vibrer dès qu’ils sont au travail. Ils ont énormément d’idées et peu importe qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Ce sont également des musiciens extrêmement intuitifs. »

C’est donc Christine (Hollywood Porn Stars, Montevideo, Kris Dane…) qui prend le relais de l’ex-manager Dimitri. Et pour consolider une architecture sonore du feu de Dieu, Ghinzu prend contact avec Nick Terry, le mixeur des Klaxons et du premier Libertines. Le 10 septembre dernier, l’Eurostar nous amène à Londres dans le quartier de Hackney, au studio Premises, le « bureau » de Nick Terry.

Juste le temps d’attraper une salade grecque au Taste of bitter love, un petit snack du coin et nous retrouvons John, Greg et Nick dans une pièce au premier étage de ce premier studio professionnel européen qui fonctionne entièrement à l’énergie solaire grâce à ses 18 panneaux solaires. C’est au Premises qu’ont enregistré, entre autres, Lily Allen, Bloc Party ou Hotchip.

L’atmosphère est détendue mais ce n’est qu’une apparence. Le mixage est une étape cruciale dans la conception d’un album. Derrière cette apparente décontraction, John et Greg ne perdent pas une miette du travail précis et chirurgical de Nick Terry. Quand John nous emmène un peu à l’écart pour nous faire écouter quelques mixes définitifs, on reste littéralement sur le cul.

Ghinzu livrera dans quelques mois, et pour son dixième anniversaire, son meilleur album à ce jour. Qui n’est pas un Blow 2 mais bien un disque extrêmement ambitieux et sans concessions. Complètement décomplexé, Ghinzu signe, à l’image d’un immédiat et plus pop « The end of the world » ou d’un velvetien « Take it easy » ses plus belles chansons. Les Bruxellois s’aventurent aussi dans des fresques épiques sous influence classique et grandiloquente à la limite du mauvais goût mais avec un sens de l’humour grinçant et dévastateur. Et tant qu’à parler d’humour, on ne résiste pas à vous dire que Ghinzu a également écrit une chanson décadente et décapante dans une autre langue que l’anglais.

Rudy Leonet, qui a écouté le disque il y a quelques jours, n’en est toujours pas remis. « J’ai été frappé par la flamboyance de la production, totalement libérée, alliée à la grande qualité des chansons », analyse le patron de Pure FM. Et même si on ne sait pas lire dans le marc de café et encore moins dans une boule de cristal, on ne prend aucun risque à ajouter que ce troisième album de Ghinzu a des allures de bombe atomique. Sans rire.

Ghinzu en concert ce vendredi 28 novembre à l’Ancienne Belgique. Tout est complet.

PHILIPPE MANCHE


commenter par facebook

répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>