Année Animal

Ils sont sur toutes les lèvres, bientôt dans toutes les oreilles, pavillons d’ici et d’ailleurs. Et, ce week-end, Animal Collective débarquait en Europe pour trois dates exclusives, à Paris, Berlin et, moins capital mais tout aussi comble, à Leuven, au Stuk.

Incontestablement, les New Yorkais sont attendus au tournant. Panda Bear, Avey Tare et Geologist, les trois musiciens aux pseudonymes fantaisistes, viennent de signer un disque fantastique, « Merriweather Post Pavilion », pièce de pop électronique et psychédélique, une œuvre à l’image de sa pochette, en trompe-l’œil. Là-bas, certains crient déjà à la hype. N’empêche, à chaque album, Animal Collective pivote sur lui-même et innove, surprend et anime les collectivités, artistiques, médiatiques aussi. La pop contemporaine a trouvé son moteur sous le capot de ces gars-là. The Dodos, Department of Eagles, Yeasayer, El Guincho, Le Loup, Ponytail – un nom de scène tiré de l’œuvre solitaire de Panda Bear –, Fuck Buttons, tous semblent aujourd’hui reconnaître le règne animal. Voilà aussi un moment que la presse internationale délire, fiévreuse, autour du phénomène, faisant référence à leurs performances à la moindre occasion, MGMT ne faisant pas exception.

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Sur scène, on le sait, la formation déplace les attentes, rarement en phase avec la genèse d’une discographie en constante mutation. Chez Animal Collective, il n’y a pas de convention, les chansons défient les styles et les mots se défilent. Ainsi, depuis le début du siècle, le groupe expérimente l’inconscient populaire. À l’avant-garde, donc, le public attend son heure, dans une salle plongée dans l’obscurité et le reggae. Les minutes tournent, rien ne se passe. Détails techniques, derniers réglages, premiers flashs épileptiques : il est 21h45, le concert commence enfin. Le trio entame les hostilités, fidèle à sa rigueur d’orfèvre discret. En agitation permanente, moléculaire, la musique des Américains se déplace, ondule, interroge le psychique des uns, active la mécanique des autres. ‘Summertime Clothes’ réveille ainsi les ardeurs d’une assistance médusée, entre admiration et observation. Sous une pluie de sunlights verts, mauves et d’éclairs en Technicolor, Animal Collective traverse, en mouvement, les airs ondoyants de son nouvel album. ‘Also Frightened’, ‘Brother Sport’, ‘Lion in a Coma’ et sa guimbarde psychotropique agrippent les neurones.

Les voix d’Avey Tare et Panda Bear se lient et se délient, écument de nouveaux horizons, de nouvelles chansons aussi, déjà. Sans interruption, le cœur battant, les morceaux invitent à l’extase, la dance, la transe. Le trio entrevoit son futur, reluque rarement dans le rétroviseur – nombre d’anciens titres restent ainsi au congélateur – et poursuit une offensive guidée par des voix célestes, parfois mutines. Des lutins sous hélium, des indiens dans la ville, des anges sur terre : au chant, la position est instable, toujours mouvante, insaisissable. Le génial ‘Fireworks’ éclate de mille feux. Pour la première fois de la soirée, l’onde de choc s’immobilise, des applaudissements francs retentissent, les gens se regardent et Animal Collective quitte la scène. Un rappel pour la route. Entre rythmiques tribales et harmonies futuristes, Panda Bear, imperturbable, tient un rôle majeur. Tel un Brian Wilson surfant sur une vague synthétique, il boucle le looping numérique de sa troupe sur le tube attendu, ‘My Girls’.

Déjà ailleurs, Animal Collective salue son public, avant un retour programmé, le 18 mars, à l’Ancienne Belgique.

Nicolas Alsteen


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6 commentaires

  1. Marc

    18 janvier 2009 à 17 h 52 min

    Très bon concert en effet. Et, comme pour parler de l’album, le langage ne peut se faire qu’abstrait. Il y a quelque chose d’organqiue et d’humain dans leurs bidouillages. Animal Collective a lancé l’année musicale. On espère que le reste sera à la hauteur.

    D’autres mots et des images en couleurs sont en ligne: http://mescritiques.be/spip.php?article789

  2. zaza

    18 janvier 2009 à 21 h 10 min

    Je préfère Oasis.

  3. oiseuse

    18 janvier 2009 à 22 h 16 min

    c’est vrai qu’avec eux on ne court pas le risque de la surprise

  4. zaza

    18 janvier 2009 à 23 h 33 min

    Et, surtout, leurs prestations live sont des plus convaincantes.

  5. RANDOM

    19 janvier 2009 à 17 h 47 min

    Extrait du concert sur blog.deflower.be

  6. oiseuse

    22 janvier 2009 à 22 h 34 min

    Quand le kid n’a pas perdu sa voix en chemin…

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