Peter, Björn et John sont dans une bulle…

Comment survivre à un tube planétaire sans en devenir l’esclave? C’était la soirée à thème à laquelle nous avaient convié les Suédois Peter (Morén), Björn (Yttling) et John (Eriksson) hier soir à l’Orangerie du Botanique alors que s’apprête à sortir leur nouvel album «Living Thing».Pop ensoleillée et douces mélodies à siffler dans un parc… C’est avec son troisième album, «Writer’s Block», paru en 2006, que le trio suédois apparaît sur la scène internationale. Et pour cause… le simple extrait du disque, le titre ‘Young Folks’ avec sa mélodie imparable (cf. la vidéo en bas de l’article pour éclairer les lanternes et… «Aaaaaahhh!»), va littéralement exploser toutes les frontières. La chanson est d’abord utilisée dans des émissions télé en Europe (comme Le Grand Journal en France), avant de traverser l’Atlantique et d’être exploitée de toutes les manières possibles et imaginables: films, pubs, séries télé, jeux vidéos… et histoire de capitaliser un peu plus sur un titre qui a complètement échappé à ses auteurs, on en fait une version japonaise, une version Kanye West, ou encore une version James Blunt.

A partir de là, on fait quoi? Pour Peter, Björn et John, la réponse est claire: s’éloigner le plus possible de l’évidence d’un ‘Young Folks’. Première étape, «Seaside Rock», un album quasi instrumental à tirage limité, seulement entrecoupé de dialogues en suédois, moyen infaillible pour rebuter l’industrie. La deuxième étape, c’est ce nouveau «Living Thing», aux sonorités new wave et electro pop très années 80. Un album globalement froid et synthétique, même si on y dénote toujours quelques mélodies directement assimilables. Un disque qui permet en tout cas au groupe d’ avancer toujours plus et de manière décidée sur la route de l’anti ‘Young Folks’.

A dire vrai, l’expérience live de cette prise de position a de quoi déconcerter, tant le parti pris électro pop minimaliste ressort ici de manière radicale. A un point tel que le début du concert nous projette littéralement dans le temps. On est en 1980, là, non? Basse omniprésente et batterie synthétique d’époque, couches de synthé en filigrane et guitare souvent absente ou alors anodine. On se sent un peu déstabilisé dans cet univers d’un autre âge entre kitsch et gravité. Humour décalé ou tendance arty-farty d’un groupe qui par moments semble autant préoccupé par l’image qu’il donne à voir de lui-même que par la musique qu’il joue? Les trois donnent en tout cas l’impression de s’exprimer dans une bulle protectrice, à l’abri des regards et des réactions trop insistants. Surtout si on leur réclame… la chanson.

‘Young Folks’ arrive logiquement en rappel, débridant pour le coup l’atmosphère. Cette mélodie ensoleillée, rassembleuse, tellement évidente qu’elle semble avoir été écrite pour une pub pour voiture… Et à partir de là, on fait quoi? Peter, Björn et John ont en tout cas l’air de savoir où ils vont, au risque d’y perdre une partie de leur public. Et c’est ce qu’on retiendra de cette soirée à la fois déroutante et intrigante.

Didier ZACHARIE

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