Archive :« La réalité dépasse nos cauchemars »

archive.jpgEntre trip-hop, rock progressif et sonorités électro, le cœur d’Archive balance. Le groupe anglais à géométrie variable emmené par Danny Griffiths et Darius Keeler dresse avec son nouvel album studio la synthèse de toutes ses influences. Allongés dans l’herbe, au soleil, sur les bords de Reyers, les deux hommes se penchent et s’épanchent sur leur nouvel effort.

Vous avez intitulé votre album « Controlling Crowds » (Contrôler les foules). Vous êtes paranos ?

Darius Keeler : Tout le monde l’est un petit peu. Du moins le devient. Avec la guerre, les résolutions des Nations unies qui ont suivi le 11 septembre et émaillé ces dernières années, nous avons senti la démocratie changer. La liberté de l’homme est extraordinaire mais son désir de contrôle reste profondément ancré dans nos sociétés. Nous sommes fascinés par l’histoire de ces gangs qui tentent, aux Etats-Unis, d’avoir la mainmise sur un quartier, une ville. Tout le monde se sent tôt ou tard et quelque part contrôlé, manipulé. J’ai parfois le sentiment de ne rien contrôler de la vie de mon pays. Ni même de la mienne. Dans un autre ordre d’idée, en tant qu’artiste, tu dois peut-être te montrer encore plus prudent dans tes faits et gestes. Mais nous ne sommes pas des stars que les médias traquent. Nous avons toujours veillé à laisser la musique au premier plan.

Danny Griffiths : Nous n’avons jamais été un groupe égocentrique. Nous avons commencé la musique dans une chambre. Et c’est toujours dans une chambre que nous travaillons aujourd’hui. Elle est même encore plus petite qu’avant. Quand on parlait d’amour. Aujourd’hui, on s’étend sur les misères du monde. Nous ne donnons pas de leçons. Nous observons.

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Cet album aurait été influencé par un voyage à Auschwitz ?

DK : Oui, je suis parti visiter les anciens camps de concentration en Pologne. J’y ai compris qu’il n’y avait pas de limite à la folie des hommes et cette idée de contrôle est devenue une obsession. La réalité dépasse nos pires cauchemars.

Vous avez conçu cet album comme un triptyque. Une drôle d’idée…

D.K. : Il ne s’agit pas de trois parties autonomes. Mais de trois segments d’un seul et même ensemble assemblés en fonction des atmosphères et d’un vague fil narratif. On peut les écouter dans l’ordre que l’on veut. Le premier volet est sombre. Le deuxième plus optimiste et léger. Le 3e constitue la synthèse des deux précédents. « Controlling Crowds » est long et plutôt intense.

Nous avons pensé qu’il était judicieux de créer des pauses. De laisser la musique respirer. Nous disposions je pense de 25 chansons. Ce qui devait correspondre à plus de deux heures de musique. Nous avons donc dû réfléchir aux morceaux qui apparaîtraient sur l’album. Tous appartiennent à l’histoire, à ce monde filmique que nous nous sommes créé. Nous avons décidé de découper. Et de ne rien jeter. Une quatrième partie (11 morceaux) verra prochainement le jour. On espère d’ici la fin de l’année.

Pourquoi avez-vous décidé d’à nouveau collaborer avec le rappeur Rosko John (on compte aussi parmi les invités Pollard Berrier, David Penney, Maria Q) ? Vous n’aviez plus travaillé ensemble depuis votre premier album, « Londinium », sorti en 1996.

D.K. : On s’est dit qu’il s’agissait du moment opportun. Ses textes nous manquaient. Rosko est un incroyable songwriter. Il s’enferme dans une pièce pendant une demi-heure et il en ressort avec des pages et des pages de paroles incroyables. Il sait mieux que quiconque quelles émotions nous essayons de dégager de nos chansons. Nous n’étions plus vraiment en contact mais il était heureux d’embarquer dans cette nouvelle aventure.

Avec le recul, regrettez-vous d’avoir composé la bande originale de Michel Vaillant ?

DG : Nous avons commis des erreurs. Nous avons emprunté de mauvaises directions qui parfois auraient pu mettre l’avenir du groupe en péril.

Mais nous ne regrettons pas du tout cette expérience. Elle fut d’ailleurs extrêmement enrichissante. Même s’il s’agit clairement d’un mauvais film, nous sommes satisfaits de notre travail.

Nous avons appris des choses sur ce projet. Et nous avons rencontré des gens extraordinaires comme Graham Preskett. Ce mec est incroyable. Darius a composé la majorité des arrangements de « Controlling Crowds » et Graham leur a donné vie. Graham est content dès qu’il a avec lui une bouteille de vin blanc. On est prêt à refaire la musique d’un film. Récemment, un de nos morceaux figurait sur la BO de « Secret Défense », de Philippe Haim.

« Controlling Crowds » (Warner)

www.myspace.com/archiveuk

JULIEN BROQUET

Archive, « Controlling crowds »

Controlling Crowds
Avec Noise et surtout Lights, le groupe anglais ressoudé autour du chanteur David Penney a trouvé sa voie et surtout son style à la fois moderne et emphatique. Controlling Crowds enfonce le génial clou de Lights. Et même si la surprise n’est plus au rendez-vous de ce qui ressemble à une suite (sinon le retour de l’ancien chanteur rappeur, Rosko John), on ne peut qu’être passionné par ses longues phrases atmosphériques et la puissance de cette musique obsédante.


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6 commentaires

  1. phil

    11 avril 2009 à 10 h 41 min

    again again again

  2. L.

    12 avril 2009 à 15 h 21 min

    “Fuck you” est devenue, pour son texte badass et le travail du morceau, une de mes chansons préférée, à moi qui suis plutôt du genre VERY rock.
    Je dis bravo à ce groupe qui a su, malgré mes préjugés autour de la trip hop, me séduire. :D Ce qui est dur, faut l’avouer.

  3. zaza

    13 avril 2009 à 19 h 44 min

    Très mauvais album, j’en conviens.

  4. michel

    15 avril 2009 à 19 h 03 min

    Excellent album, qui nécessite de nombreuses écoutes, cohérent malgré les nombreux chanteurs. Un groupe qui sait créer des ambiances comme peu d’autres.

  5. renaud

    26 janvier 2010 à 9 h 25 min

    Comme le démontre l’existence de commentaires comme celui de zaza, puisque les génies énervent toujours les con(ne)s, Controlling est un album immense, qui donne encore plus de substance en live comme l’a démontré le groupe tout au long de sa tournée. Archive est LE groupe qui réunit 40 ans du meilleur des musiques pop, rock, prog, rap…

  6. jasper conrad

    27 janvier 2010 à 13 h 18 min

    Moi qui suit souvent en désaccord (même pour le principe) avec zaza, je partage son opinion. Disque rengaine étalé sur de loongues minutes, conceptuellement peu éloigné de leur premier album (qui ne tenait déja que sur un seul son, une montée au synthé), c’est dire la progression…
    Et moi j’aime le trip hop. Donc un disque pour vieux rockeux qui n’y connaissent pas grand chose.

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