Woven Hand : Wacontanka était fâché

A Dour l’an dernier, Woven Hand s’était révélé hypnotique avec une poignée de complaintes et d’incantations comme nées dans un univers échappant plus ou moins aux pauvres mortels matérialistes que nous sommes. Au Cirque, hier à l’occasion de cette deuxième date des Nuits, David Eugene Edwards semble s’être avancé encore plus loin sur cette voie mystique. Mais à l’énergie, dans un grand bruit de tonnerre.

Bandana sur le front, la botte gauche pour marquer le rythme ou partir en transe, le bonhomme a quelque chose de fascinant. S’il tire la tronche et balance un larsen quand quelqu’un braille « 16 Horsepowaaaa ! » dans la salle, il replonge tout aussitôt au cœur de ses compositions, vibrato dans la voix et attitude de vieux shaman, recroquevillé sur un siège dont il ne se lève que pour changer d’instrument. Qu’il quitte la scène avant le rappel au son des tambours et des chants indiens ne surprend donc pas. Pareil pour les intros de quasi toutes les chansons, improvisées à partir de bouts de textes chopés ici et là dans son répertoire. Genre « Slota Prow », pour ceux qui connaissent.

L’escale bruxelloise, aménagée au milieu d’une petite tournée européenne, s’annonçait pourtant bien. Le trio basse-batterie-guitare (Pascal Humbert, Ordy Garrison, Eugene) dégage d’emblée l’intensité attendue, avec « Not One Stone » pour couronner une première partie de set-list.

Le temps d’apprécier un petit compliment à l’adresse des Grails bookés en ouverture (« C’est bien de pouvoir jouer avec eux, ils sont fantastiques »), et je me fais quand même une réflexion : c’est mon grand âge et mes vieilles oreilles, ou ça va quand même très fort ? Renseignements pris à la sortie du concert auprès d’une collègue photographe nettement plus jeune : trop gros son ! Du coup, malgré le séduisant tapis sonore préenregistré et plus ou moins perceptible sous les morceaux, exit les finesses magnifiant un album comme « Ten Stones » et les nuances habillant les inflexions vocales.

A l’entame de « Dirty Blue », c’est sûr : David Eugene Edwards chante comme habité par une sorte d’énergie flirtant avec la colère, comme s’il voulait imprimer quelque chose au fer rouge dans le cortex des auditeurs. Derrière lui, Garrison, batteur certes doué, lui emboîte le pas en cognant sur ses fûts. Puis quitte les lieux avec son comparse, laissant le patron seul au banjola pour « Whistling Girl ». Le concert prend un nouveau tour ? Que nenni : après ce passage plus ou moins « acoustique », les grosses guitares et les martèlements orageux reprennent possession de l’espace sonore pour « Cohawkin Road ». La jambe gauche d’Eugene replonge dans les tressaillements de la transe et « Winter Shaker » explose dans les enceintes.

Une heure et quarante-cinq minutes de ce genre de traitement laisse un goût de trop peu. Notre prêcheur aurait-il viré imprécateur ? Pourvu que non ! Ce soir, les fondations du Cirque ont droit à un peu de répit : c’est Jane Birkin qui lui succède sur scène.

Didier Stiers

Grails : on ferme les yeux

De la musique pour planer avant de se connecter à l’au-delà avec Wovan Hand : sur papier, c’était alléchant. Et de fait, c’est au voyage qu’invite Grails, groupe de Portland qui, s’il joue du post-rock, en a assurément épousé la variante post-apocalyptique. Le son d’après la catastrophe, pas encore tout à fait apaisé, ou quelque chose comme ça. Les Américains jouant des instrumentaux, il suffit parfois de fermer les yeux et de laisser faire son imagination.

Sur scène : des percus en quantité, un appareillage synthétique délivrant une ambient qui ramène aux années 90, un leader à la basse, et trois guitares dont une acoustique triturée avec un bottleneck. Côté light show, c’est effectivement light, mais symbolique. Trois couleurs dominent. Bleu : le désert, le froid et les atmosphères nocturnes (les plus saisissantes). Rouge : le road movie se fait course, toujours dans le désert, mais avec la poussière et le soleil de plomb en sus. Et fuschia : quelques passages forcément entre les deux impressions précédentes.

Sur disque, du moins le récent « Doomsdayer’s Holiday », c’est la durée quasiment pop qui étonne le plus, vu le genre pratiqué. En live, quelques titres sont plus étroitement enchaînés, précédés ou clôturés par une plus longue impro. L’un des guitaristes s’en allant ainsi effleurer les cymbales avec ses bouteilles de bière, quand ce n’est pas le batteur qui agite sa collection de clochettes…

Dans la salle, on croise des t-shirts siglés Mogwai. Le lien n’étonne pas, même si la musique des Grails s’abstient de détonner violemment comme chez les Ecossais. Ici, la retenue est chargée de menace ou d’obscurité, incarnée par une guitare qui gronde ou une batterie très carrée. Et puis, le groupe oscille aussi parfois entre Pink Floyd et accents psychédéliques, lui qui s’était fendu d’un ep où figuraient des interprétations des Byrds (« Space Odyssey ») et de Gong (« Master Builder »). Au final, un concert trop court, première partie oblige, que pour être absolument prenant. En festival, par contre…

D.S.


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2 commentaires

  1. michel

    9 mai 2009 à 7 h 41 min

  2. tera gold

    24 juillet 2010 à 4 h 44 min

    The band is very strong,and the action of his performance is perfect,I like him very much.

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