Graham Coxon, le troubadour anglais

Le légendaire guitariste de Blur, qui illumine le brillant album de Pete Doherty, publie avec « The spinning top », son septième album.

A l’heure de se rendre à « L’Archiduc », le célèbre bar nocturne de la capitale, à la rencontre de Graham Coxon, on se souvient qu’à l’époque de Blur, le brillant guitariste était une vraie calamité en interview. On se souvient d’ailleurs parfaitement d’un premier entretien avec la formation de Damon Albarn. C’était à Cologne, en août 1991. Le premier album Leisure venait de sortir et Blur était encore inconnu au bataillon. Autour de la table, on a eu affaire à quatre gamins en goguette et surtout au gamin Graham qui faisait une fixation virtuelle sur la poitrine de Nana Mouskouri.

En septembre 1995, on retrouve le même Graham à Amsterdam pour la promotion de The Great Escape. L’évocation de l’anecdote avait déclenché une crise de rire qui s’était transformée en fou rire général. Tout ça pour écrire qu’on s’est pointé à « L’Archiduc » légèrement circonspect.

Néanmoins, c’est un Coxon chaleureux et affable qui nous accueille. Prolixe, le guitariste n’a pas chômé depuis son éviction de Blur dans la foulée de l’album 13. Sept albums solos enregistrés entre 1998 et 2009, certes inégaux, mais qui dévoilent un foutu talent qu’on soupçonnait déjà à travers l’excellent « Coffee & TV ». Sept albums oscillant entre rock foutraque et barré, psychédélisme et folk.

Surtout, lors de son escapade solo, Graham Coxon a réalisé son rêve de môme. Lui qui, à douze ans, jouait « Aunties & Uncles » des Jam, a coécrit et coproduit trois titres avec le Modfather en chef Paul Weller dont « This old town ». Bien qu’il soit peu enclin à manifester ses émotions, le regard de Graham Coxon brille lorsqu’on lui demande si c’était un des plus grands moments de sa carrière de musicien. La réponse est oui, donc.

Pour revenir à l’actualité de Graham, qu’on n’hésite pas à bombarder dès ce mois de juin « guitariste de l’année »… en raison de sa participation au génial Grace/Wastelands de Pete Doherty, dont il signe la majorité des parties de guitare, de son septième album solo très folk et ultrapersonnel et aussi de sa participation au come-back de l’année avec Blur.

« Je n’étais pas très chaud pour travailler avec Pete, explique Graham. Le mec est super mais ça me rend dingue de le voir gâcher son talent. Il m’a envoyé ses démos et c’est sur cette base que je me suis décidé à travailler avec lui. C’était cool parce qu’à part avec Paul Weller, justement, je n’avais plus collaboré avec quelqu’un depuis Blur. Par contre, le seul truc qui m’ait un peu contrarié, c’est que son album est sorti avant le mien. The spinning top est aussi très folk. »

« Depuis quelques années, je me suis plongé dans le folk anglais poursuit Graham. On me parle toujours de Nick Drake, de Syd Barrett, mais moi, je peux te parler d’artistes obscurs et inconnus des années vingt, trente. La guitare que tu vois là, dans le coin, est une vieille gratte préhistorique mais qui sonne d’enfer. »

Disque éminemment personnel, The spinning top (voir ci-contre) a été conçu comme un journal intime et comme le récit d’une vie. « À part deux ou trois chansons dont “Caspean sea”, le disque évoque la vie d’un homme avec les étapes clés : l’enfance, l’adolescence… et même la mort puisque le dernier morceau du disque “November” est clairement un morceau pour des funérailles. »

Écoutons en paix, amen.

PHILIPPE MANCHE

Le site de Graham Coxon

The spinning top

Produit par le fidèle Stephen Street avec qui Graham se sent en confiance depuis presque 20 ans (Leisure, le premier album de Blur, remonte à 1991), The spinning top est sans doute l’œuvre la plus personnelle du guitariste anglais. Alors que lors de ses premiers essais solos, Graham Coxon faisait gronder les amplis pour de petites chansons bien noisy, son septième album le voit se plonger dans le folk anglais. Celui des Davy Graham ou John Martyn, deux légendes récemment disparues.

Conceptuel, Graham Coxon imagine, à travers les quinze chansons, l’histoire d’un homme de sa naissance jusqu’à sa mort.

Bien sûr, certains morceaux dont le « Look into the light » sont très proches de Nick Drake mais au fil des plages, Coxon signe quelques petites merveilles même si l’album est un chouïa inégal dans son ensemble. Si la deuxième partie du disque est clairement plus forte et plus émotionnelle aussi, Coxon n’oublie pas de toucher avec « Sorrow’s army », manifeste pacifiste où il se glisse dans la peau d’un soldat ou du très Dylan « In the morning » et de ses huit minutes lumineuses.

[youtube 0JBVdIO-dN4]


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1 commentaire

  1. Denis

    18 juin 2009 à 11 h 05 min

    très bon album, fantastique guitariste.

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