Scylla, non peut-être !

scylla-credit-julien-desmet.jpgAprès deux albums commis avec le collectif Opak, Scylla s’est lui aussi laissé tenter par le voyage en solo. Sur le Net d’abord, où l’on a pu vérifier qu’il était du genre prolifique. Via un mini CD aujourd’hui, une galette que le rappeur forestois a intitulée « Immersion ». A juste titre…

Cinq titres, dont un remixe : voilà qui risque pourtant de surprendre ceux qui s’attendaient à une plaque en bonne et due forme. Surtout après sa victoire au récent concours Musique à la Française. L’album personnel était-il trop difficile à accoucher ? « En autoproduction, il faut des fonds, répond Scylla, mais il y a toujours moyen d’en trouver. C’est l’étape suivante, celle de la promotion, qui est difficile à assumer financièrement. D’un autre côté, on vit à une époque où Internet a une place primordiale, surtout pour nous en tant qu’artistes indépendants autoproduits. Nous avons besoin de cette plateforme pour nous faire connaître. Là, c’est vrai que j’ai beaucoup privilégié les freestyles et la spontanéité. »

Le Net pour la simplicité, l’album pour les sujets plus creusés ? C’est presque ça. « J’essaie de trouver quelques concepts assez simples et un peu originaux, qui ne nécessitent pas de gros moyens mais permettent aux gens de me connaître. L’album, j’aimerais qu’il privilégie les thématiques, la réflexion, une écriture plus fouillée, la cohérence, un univers. C’est pour ça que je prends mon temps. Je pense que je peux me le permettre, justement parce qu’il y a déjà eu pas mal de choses sur le Net. »

Le freestyle et la spontanéité font partie de l’expérience hip hop, mais Scylla n’entend pas s’y limiter. Univers, le mot est lâché. Le sien est plutôt sombre, à l’image de ce tunnel dans lequel il pose pour la pochette d’« Immersion ». A l’image aussi de ce pseudo pas choisi au hasard. Charybde et Scylla, vous connaissez ? « J’ai toujours été fasciné par l’univers marin. Et ce clin d’œil à la légende, c’est une manière de dire qu’il ne faut pas se fier aux apparences. Il y est question d’un détroit, et de courants qui poussaient les bateaux contre ce rocher auquel je ressemble un peu : immobile, j’essaie d’appréhender froidement les choses. Et comme dans Opak, il y avait Karib… La mythologie veut qu’une fois qu’on s’approche du rocher, il se transforme en monstre. Voilà peut-être le rapport avec ma voix et l’agressivité qu’elle peut dégager. »

Sur la pochette d’« Immersion », la touche aquatique symbolisée par ce double surgissant d’un mur en liquéfaction s’accompagne d’un clin d’œil à l’élément aérien : sur le quai, aux pieds du garçon, on aperçoit quelques plumes… « Au départ, sur le MySpace (Ndlr : où le cap des 330.000 visites est largement franchi) figurait un visuel avec un ange qui s’était arraché des plumes pour écrire, entre guillemets avec son propre sang. Ça rejoint un peu l’idée selon laquelle on essaie de s’arracher de cette vie qui nous fait mal par nos propres expériences. On écrit avec ses souffrances. »

Très noir, tout ça ? Pas de panique : sur « BX Vibes », malgré la voix d’ogre et le beat écrasant, Scylla rappe sur un autre thème, affichant une certaine fierté. Celle de sa belgitude (ou bruxellitude, c’est selon), avec au passage le clin d’œil à ceux qui l’ont soutenu. Le remixe a fait l’objet d’un clip (proposé sur « Immersion ») où défilent d’ailleurs quelques-uns de ses collègues artistes. Qui tous s’accrochent à leur passion. Non peut-être !

Didier Stiers
(Photo: Julien Desmet)

- Le 25 octobre dans « Sonar, the new planet », sur Pure FM de 23h à minuit. Le 13 novembre au Magasin 4, avec Aketo (Sniper), Sly Dee, Big Mod, Saké et Give Me 5.
- www.myspace.com/scyllaopak.


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