Ghinzu fait son Zénith

“Il n’y a pas à dire, le Zénith représente une espèce de consécration dans la carrière d’un groupe” avance Michel. Qui s’occupe du son de scène de Ghinzu. Nous sommes sur le pavé de la gigantesque salle parisienne. Ce soir, 4200 personnes seront là pour applaudir les Bruxellois.
Il est 10 heures, ce vendredi. A 21h15, Mika, Greg, Jean, Antoine et John seront les premiers rockers francophones à remplir le Zénith parisien. Même dEUS et Arno (sauf lors des Victoires de la musique) n’ont pas eu cet honneur. Quatre ans près l’Olympia et Sept mois après la sortie de “Mirror Mirror” (l’album devrait sortir en Angleterre très bientôt avec concerts à l’appui), la machine Ghinzu continue son irrésistible et impressionnante ascension. Lorsqu’il fait le tour des loges, spacieuses, John Stargasm ne peut s’empêcher de sourire discrètement et de me balancer un “smile” qui en dit long. Sans qu’un seul mot ou son ne s’échappe de sa bouche, on pourrait presque imaginer une bulle au dessus de sa tête. Comme dans une case de bande dessinée. Et dans cette bulle, quelque chose du genre: “Cool, ça y est!”. Avec une fierté légitime mais avec aussi beaucoup d’humilité. Et de se dire, qu’au fond, au tout au fond de lui, le jeu en valait la chandelle.
Autour d’un croissant et d’un café, Mika, John et Jean réfléchissent déjà au répertoire de ce soir. Qui ne devrait pas différer de ceux de mercredi (Lyon) et d’hier (Clermont-Ferrand). Tout le monde s’accorde à dire qu’il y a un avant et un après “Twist and shout” pendant le concert. A la Coopérative de Mai, comme la veille, le concert prend une autre dimension. Plus rock, plus sauvage, plus débridée mais toujours avec cette cohésion et cette force de frappe qui ne doit pas être loin de la définition de l’alchimie.
On le répète et nous en avons encore eu la confirmation tout lau long de la journée auvergnate, il règne au sein de la troupe une très bonne ambiance. “C’est clair qu’il y a de bonnes vibes” approuve Nico, fidèle technicien qui, dès qu’il a un rare moment de temps libre, allume son ordinateur portable et joue à “Total Football Management”. Ce fan de foot et de Lens, notre homme est du Nord, s’improvise alors entraîneur et vibre ou peste (c’est selon) avec ses équipes favorites. Il faudrait d’ailleurs une fois proposer à un journaliste spécialisé en jeux vidéos de suivre un groupe en tournée. John et Antoine essaient les jeux de leurs i-Phone respectifs (jetez un oeil sur le site applestore.com et entraînez-vous à cette fameuse “corde”). Mika, lui, joue à “Paf le chien”, via FaceBook. Jean ne décolle pas de l’écran de son ordi et visionne pour la, au moins, vingtième fois ces dernières 24 heures, une version de répétition de “I want you” de Marvin Gaye. Quand ce n’est pas Strauss ou Oscar Peterson. Ce mec, comme tous les autres, est un vrai fan de musique. Mais comment tuaient-ils le temps avant l’apparition des i-phones ou ordis?
La Coopérative de Mai, nous l’écrivions hier, se situe rue Serge Gainsbourg. Quasi au pied des usines Michelin. Dans les loges, c’est carrément le mausolée consacré au grand Serge. Photos, pochettes, posters, tout y est assumé. Dans une autre loge, c’est Alain Bashung qui est à l’honneur. De mémoire, Alain s’était installé en résidence à Clermont pour répéter sa dernière ou avant dernière tournée. Emotion dès lors de se poser dans un endroit où flotte encore l’âme de l’auteur de “L’imprudence”.
Le repas est tout aussi détendu. Ghinzu partage la table avec Soldout. David est malade comme un chien depuis le début de la tournée. Ca n’empêchera pas le duo d’offrir un concert avec une énergie punkoïde devant un public curieux et attentif. Il y a 800 personnes, alors que la salle peut en accuellir le double. Ca n’empêchera pas David et Charlotte d’envoyer le bois.
Le concert de Ghinzu sera différent de la veille. Le public est moins démonstratif, moins festif et moins exalté que la veille. Et le groupe aura deux ou trois petits soucis techniques. L’importance (et l’enjeu) du concert parisien était déjà bien ancré dans les cinq cerveaux. Alors oui, on a eu le sentiment que le groupe n’a pas forcé la machine comme la veille ou ce soir mais c’est légitime. On se souvient d’un concert au Pukkelpop de Garbage, la veille du Reading Festival en Angleterre, où nous avions eu le même sentiment.
Ceci étant, on n’a vu, comme au Transbordeur lyonnais, que des visages radieux. Le public connaît les chansons et réagit au quart de tour aux “Take it easy”, “The end of the world” ou “Cold Love”. Ce dernier affichant clairement le visage de Ghinzu cette année. Morceau (ou fresque?) ultra audacieux, “Cold Love” peut s’écouter autant de fois qu’on le désire et procurer autant de frissons.
Dans les loges, après le concert, c’est le débriefing. Le groupe prend le temps (et heureusement) de parler, d’écouter et de s’écouter aussi. C’est important pour garder une atmosphère saine. Et si il faut prendre une demie heure pour évoquer un soucis, le groupe prend le temps. Avec franchise. Et respect.
Dans le bus, qui mange déjà ses premiers kilomètres de bitume, on fête l’anniversaire de Ludo. Responsable des lumières pour Girls in Hawaii et Soldout, Ludo a également conçu le solide visuel de la tournée “Mirror Mirror”. On a donc bu un verre de Cava et soufflé virtuellement 29 bougies. Avant de regagner sa couchette, on pense encore et toujours au personnage d’Uma Thurman, dans “Kill Bill 2″, enfermé dans son caisson, six pieds sous terre…
A demain, même heure, même endroit.

PHILIPPE MANCHE


commenter par facebook

2 commentaires

  1. louise Descamps

    23 décembre 2009 à 21 h 20 min

    Leur tempo Leur rythme, la musique, et surtout la voix magique et la classe de John Stargasm hisse ce groupe a un tout niveau européen. Chapeau ! Espérons que la flandre finisse par le découvrir.

  2. zaza

    23 décembre 2009 à 22 h 03 min

    Comment passer du coq aux ânes ?

    “De mémoire, Alain s’était installé en résidence à Clermont pour répéter sa dernière ou avant dernière tournée. Emotion dès lors de se poser dans un endroit où flotte encore l’âme de l’auteur de “L’imprudence”.

    Le repas est tout aussi détendu. Ghinzu partage la table avec Soldout. “

répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>