A tout moment Eiffel

Péniche Fulmar. Un vieux rafiot accosté le long du canal de Bruxelles où peuvent se tasser une petite centaine de quidams tout au plus. On peut s’étonner de voir Eiffel se produire dans un endroit si étroit alors que le simple ‘A Tout Moment La Rue’ est en rotation sur les ondes depuis deux mois: « La date a été bookée il y a longtemps, expliquent Estelle et Romain Humeau, respectivement bassiste et chanteur-guitariste-meneur du groupe français, mais là pour le coup, on sait pas comment ça va se passer, on n’entend rien de ce qu’on joue, c’est pas gagné…»

Eiffel revient de loin. Fondé à Bordeaux en 1998, le groupe a sorti quatre albums (dont un live) chez EMI, avant de se faire remercier par la major, faute d’atteindre les quotas de ventes: « On vendait assez pour remplir des salles et avoir un public de fans vraiment fidèles, mais ça n’a jamais décollé. Et à partir d’un moment on ne vendait plus assez pour eux… Mais c’est toujours la même histoire, au départ c’était génial, on était signé sur Labels, un petit label, puis Labels s’est fait mangé par Virgin qui appartient à EMI, des gens se sont fait virer et au bout d’un moment on ne connaissait plus personne dans la boîte. »

En 2007, à la veille de jouer son premier Olympia, Eiffel se retrouve donc sans maison de disque. Réaction, le groupe décide de construire son propre studio et d’y enregistrer le quatrième album, sans savoir si il sortira un jour, mais surtout sans s’occuper de l’aspect commercial du métier. Se limiter à la feuille blanche qu’il faut remplir. Reprendre le plaisir simple de jouer et se perdre dans le processus de création.

Le résultat est « A Tout Moment », finalement sorti sur PIAS (« qui s’est manifesté alors que l’album était aux trois-quarts fini ») début octobre. Un album au son plus élaboré et ample que sur les précédents: « On a voulu faire un album qui ne représentait pas du tout, ni dans les textes, ni dans la musique, l’idée de galère. On voulait quelque chose d’un peu merveilleux, d’ample…Ce sentiment que l’on trouve lorsqu’on crée quelque chose ».

Une idée d’enchantement que l’on retrouve aussi dans les textes, élaborés sans être laborieux, poétiques et lyriques, observateurs de la société tout en poussant à dépasser le terre-à-terre, à s’en émanciper, comme un appel au divin : « C’est trop facile de n’évoquer que des choses nébuleuses, j’ai pas envie de faire de la chanson réaliste. Mais, même si il y a des métaphores, c’est toujours encré dans la réalité, il n’y a pas une chanson sur le disque qui ne parle pas de la réalité. On a un peu de mal avec la néo chanson française, parce que politiquement, ce que ça raconte, c’est une invitation aux gens à rester chez eux… On peut paraître démago quand on chante de prendre la rue, mais ce qu’on recherche, c’est emmener les gens avec nous dans un ailleurs… Alors, les histoires de frigo ou d’aspirateur, c’est pas notre truc ».

Pas étonnant du coup de retrouver une adaptation d’un poème de François Villon (15ème siècle tout de même!) placé au milieu du disque, sans que cela ne sonne déplacé: «La langue française a peu évolué depuis le Moyen Age, surtout si on compare avec d’autres langues comme l’anglais. Et puis, j’ai la petite idée qu’elle s’est arrêtée au 19ème siècle. La culture pop n’est pas naturelle à la France. Ce qu’on essaye de faire, c’est mêler ce côté chanson populaire avec quelque chose d’un peu plus chiadé».

A l’heure où les maisons de disque se montrent de plus en plus frileuses, y a-t-il encore une place pour de telles initiatives? Réponse lapidaire: «Franchement, je pense qu’il n’y a aucune place, plus maintenant… Bien sûr il y en a qui ont réussi, mais c’était une autre époque… Mais on s’en fout, hein, on va continuer. D’ailleurs, on n’a jamais pensé arrêter».

Didier ZACHARIE
[youtube 1wC7GVVkt90]
http://www.eiffelnews.com

http://www.myspace.com/eiffeltandoori

Eiffel en tournée belge

le 6 février à l’Atelier 210
le 7 mai à l’Inc’rock festival


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