Dans l’antre de Gorillaz

gorillaz.jpgLe 8 mars paraît le très attendu troisième album de . Nous l’avons entendu en exclusivité et visité leur Plastic Beach à Londres. Les deux précédents albums du groupe se sont vendus à 12 millions d’exemplaires.

LONDRES, DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

Ça ressemble à un roman noir. Rendez-vous Fleur de Lis Street (sans précision du numéro !), dans l’est londonien. Le quartier devient l’East Village branché des artistes mais, dans une ruelle glauque sortie tout droit d’un roman de Dickens, on est plus impressionné par les hangars de briques jaunes noircies par le temps, aux portes et fenêtres condamnées.

Là nous attend un représentant d’EMI-Londres. Il ignore lui-même où se trouve le lieu choisi par le management de Gorillaz pour une représentation inédite, une installation durant une semaine, dans un entrepôt transformé en studio photos. Nous sommes les premiers à investir le lieu. Un coup de fil et quelques secondes plus tard s’ouvre par miracle une porte métallique rouge. Avant même de savoir de quoi il s’agit, une fouille corporelle avec détecteur métallique s’organise. Il est interdit d’entrer avec un GSM, un appareil photo ou tout autre instrument numérique. Ceci est une douane nous faisant passer du monde réel au monde virtuel de Gorillaz.

Pour nous accueillir, une salle avec un grand écran et, aux cimaises, les nouveaux tableaux de Jamie Hewlett, le concepteur de toute l’iconographie du groupe constituée de personnages de bande dessinée, y compris « 2D », alias Damon Albarn (lire dans le MAD de mercredi prochain l’interview de « 3D », de Massive Attack, qui nous révèle d’où vient le pseudo « 2D »). Sur les tableaux, on retrouve « 2D », la guitariste japonaise Noodle, le bassiste Murdoc Niccals et le batteur Russel Hobbs. Mais aussi Lou Reed mangeant des pâtes en forme de câbles.

Gorillaz, dont on n’avait plus de nouvelles depuis le dernier concert à l’Apollo de Harlem, le 6 avril 2006, est bien de retour. Et l’événement est de taille dans la mesure où ce sont deux fois 6 millions d’albums (Gorillaz en 2000 et Demon days en 2005) que le groupe londonien a déjà écoulés dans le monde !

Gorillaz a inventé le concept de groupe virtuel (on se souvient de sa première prestation aux MTV Europe Music Awards, où les musiciens étaient cachés derrière un grand écran sur lequel on voyait jouer les personnages animés). Mais aussi, musicalement, d’avoir inventé une partition basée sur la récupération. Rap, électro, rock, soul, pop, symphonique… Tout est bon pour ce cocktail explosif à nul autre pareil.

Première constatation concernant le troisième opus de Gorillaz : Murdoc a pris le pouvoir pour tout ce qui concerne le concept de Plastic Beach, laissant à 2D le soin de gérer l’aspect musical. Dans le making of de l’album qui nous est montré, c’est Murdoc notre hôte, qui nous invite à le rejoindre sur cette plage de plastique située dans l’océan Pacifique (location : 48º52’36’’S, 123º23’36”W). Il nous raconte qu’après l’apocalypse, le groupe est allé se réfugier sur cette île ressemblant à un piton rocheux.

Avant de pouvoir découvrir cette plage, on voit treize teasers en 3D ainsi que le story-board animé de « Stylo », le premier single diffusé sur le site de Gorillaz. Un titre de prime abord anodin mais qui entre vite dans le crâne comme une drogue insidieuse. Mos Def et Bobby Womack en sont les chanteurs et sur notre site (lesoir.be/frontstage), on peut en entendre le remix instrumental.

Après tout ça, on peut enfin voir ce qui se cache derrière de longues tentures noires : la fameuse maquette de trois mètres de haut de la Plastic Beach.

Elle est entièrement faite de matériaux de récupération, tout ce qui est naturel a disparu de ce monde où la terre est rose, les arbres orange et l’herbe d’un vert douteux. Il nous est possible de faire le tour de la maquette qui s’illumine la nuit. On nous apporte ensuite casque et MP3 avec l’album qu’on peut donc écouter en se baladant autour de l’île.

Le disque, constitué de seize titres, s’ouvre par une intro symphonique. On se souvient que Damon a par le passé composé toute la musique de l’opéra chinois Monkey : journey to the West. On passe ensuite à « Welcome to the world of the plastic beach », avec Snoop Dogg et l’Hypnotic Brass Ensemble de Chicago. Un autre rappeur (l’Anglais Kano) fait de même avec le National Orchestra for Arabic Music, sur le titre suivant, « White flag ».

Lou Reed et Bobby Womack

On est en plein dans l’univers musical de Gorillaz, celui de tous les croisements, de tous les métissages. De La Soul nous revient avec Gruff Rhys des Super Furry Animals, dans « Superfast jellyfish ». Little Dragon, le combo électro-soul suédois mené par la chanteuse Yukimi Nagano, intervient sur deux titres, tout comme Bobby Womack, la légende soul sortie de l’oubli ou le rappeur Mos Def. En plus de Lou Reed sur le vénéneux « Some kind of nature », on retrouve aussi Mark E. Smith, de The Fall (« Glitter freeze ») et, sur la plage titulaire, Mick Jones et Paul Simonon, pour la première fois réunis depuis la séparation de The Clash.

L’album est bourré de titres forts, à même de devenir des singles. La tendance est très pop et Albarn très présent. Les synthés proviennent des années 80 mais aussi des seventies avec une touche « Pop-corn » et bubble-gum.

Si Murdoc prétend avoir remplacé Russel à la batterie, 2D garde la haute main sur l’ensemble gavé de rap et de symphonique, de beats électro, d’harmonies pop et soul. « Broken » et « To Binge » sont de véritables sucettes pop.

L’ensemble est à la fois éclaté et cohérent, dense et grandiose, léger et frais. Gorillaz est à la hauteur de ses deux précédents opus de légende. Le seul problème, c’est que Murdoc annonce qu’il s’agit du dernier volet d’un triptyque et que donc, Gorillaz, après ça et la tournée annoncée, c’est fini. La perte serait évidemment énorme, tant Gorillaz a réussi à bousculer tous les genres, tous les codes. Son succès vient aussi de sa façon originale de communiquer. Son site web, qui sera entièrement refait le 22 février, et dont on a pu voir un avant-goût, s’organise comme un jeu vidéo. Ce qui avait déjà été le cas avec le premier DVD du groupe.

Avec son « Plastic Novo Band », Damon Albarn s’est imposé comme le créatif le plus passionnant de la décennie écoulée. Ses différents projets (Blur, Mali Music, Africa Express, The Bad The Good & the Queen, ses nombreux coups de pouce donnés aux soulmen oubliés…) lui ont valu d’être souvent cité dans le traditionnel bilan des années 2000.

Avec Plastic Beach, il va encore plus loin dans l’analyse d’un monde déliquescent qu’il parvient heureusement à égayer de sa musique.

COLJON,THIERRY


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4 commentaires

  1. Denis

    30 janvier 2010 à 16 h 20 min

    Damon Albarn ne se plante jamais, c’est quand même dingue… J’espère encore et toujours que Blur réenregistrera un jour.

  2. Sylwan

    31 janvier 2010 à 12 h 40 min

    Trop fort: Fleur de Lis Street! J’adore le nom de cette rue!

    Cela dit, je suis très curieux de mettre ce disque sur ma platine dès qu’il sortira… Forcément, la barre sera mise très haut, vu leurs 2 précédents albums et la liste des invités présents sur celui-ci. Et probablement qu’avec la campagne marketing qui va assurément entourer la sotie de cet album, l’attente sera d’autant plus grande. On verra. Rendez-vous le 8 mars!

  3. Perlinpin

    31 janvier 2010 à 15 h 37 min

    Aucune nouvelle de ghinzu depuis 1 mois !!!
    Ne nous laissez pas dans le jus par pitié, vous devez avoir une info ou l’autre.
    John Stargasm conseille-t-il les pneus neiges ?

  4. cler

    1 février 2010 à 16 h 37 min

    Concert de Ghinzu le 6 février… c’est pour bientôt…

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