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Peter Gabriel goes classic
posté le 24 mars 2010 |
catégorie LES FESTIVALS
Première mondiale à Paris-Bercy pour Peter Gabriel lundi soir.
DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL
On a vu qu’une idée bateau, voire décevante de la part de l’éternel innovateur qu’est Peter Gabriel, peut donner un excellent résultat. Un bête disque de reprises ? Scratch my back est plus que cela.
Et l’archange se devait de confirmer cela sur scène. Au cours d’une tournée mondiale de dix concerts visitant six villes seulement (Paris, Berlin, Londres, Montréal, New York et Los Angeles). Lundi, à Paris-Bercy, la seule date française servait de première mondiale, avec l’Orchestre philharmonique de Radio France, dirigé par Ben Foster.
Après dix minutes seulement laissées à Ane Brun en guise de première partie (Peter a découvert la chanteuse folk norvégienne lors d’un concert Mandela en 2005), les choses sérieuses peuvent commencer… par un gag. L’orchestre entame (de façon un peu boiteuse, il est vrai) « Sledgehammer » quand Peter arrête tout pour annoncer, en français, quelque chose de différent : le projet Scratch my back dans sa totalité. Et dans l’ordre du disque. No guitars, no drums, orchestra, est-il bien indiqué sur l’affiche du concert. Et on est parti pour une heure de musique. Splendide mais tellement fidèle, tant dans les arrangements que vocalement, qu’on est en droit de se demander où est l’intérêt. Sinon celui de passer un joli moment ensemble. Ce qui n’est évidemment pas négligeable.
De gigantesques écrans nous montrent Peter le regard rivé sur ses partitions ou des images graphiques dominées par le rouge.
Après un entracte de 25 minutes, les choses sérieuses peuvent enfin commencer. Il est grand temps car on se dit que Peter se doit de nous offrir de l’inédit, de la surprise, du jamais-vu… comme il le fait depuis toujours.
L’ouverture par « San Jacinto » nous rassure tout de suite. Si, jusque-là, l’orchestre s’est contenté de reproduire fidèlement les arrangements du disque par John Metcalfe, ce dernier, présent sur scène, a totalement réorchestré les anciens titres. Avec des sonorités plus proches de Steve Reich ou Arvo Pärt que d’Helmut Lotti Goes Classic.
Une deuxième partie plus passionnante
Sur « Downside up », on retrouve sa fille Melanie qui, plus tard, chantera seule « Washing of the water », laissant à Ane Brun le soin de duettiser sur « Don’t give up » en rappel.
L’orchestre dénude totalement « Digging in the dirt », imposant à l’œuvre de Gabriel ce que son disque a fait des chansons de Bowie, Paul Simon, Arcade Fire, Talking Heads, etc.
Peter, à la voix intacte, évite les plans trop évidents (pas de « Sledgehammer », pas de « Biko ») pour préférer « Wallflower » offert à Amnesty International, présent dans les allées de Bercy. Il préfère aussi « Darkness », chanson sur la peur. Mais on apprécie également « Signal to noise », « The blood of Eden », « The rhythm of the heat » (le plus beau moment !), « Solsbury hill » et, en rappel, « In your eyes » avec un Youssou N’Dour toujours aussi impressionnant vocalement.
Sur les écrans, le visage de Peter est plus d’une fois déformé et coloré, comme sur ses premières pochettes de disques.
Cette deuxième partie est évidemment plus passionnante que la première car inédite. Même si visuellement, on est loin des inventions d’antan. Peter s’amusera malgré tout à porter un bref moment un casque en forme de boule miroir tournant sur elle-même. On ne le changera jamais tout à fait.
THIERRY COLJON
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Cher Thierry,
J’ai lu ton article mercredi dernier dans “Le Soir” et j’avoue que j’ai été déçu de ta critique avec une première phrase si cassante
J’ai attendu de voir avant d’y réagir et à Londres dimanche dernier, j’ai plutôt été très agréablement surpris par le concert de Peter Gabriel contrairement à tes impressions.
Lorsqu’on connaît la manière de travailler de Gabriel, lorsqu’il dit lui-même qu’il est un lent, qu’il pense beaucoup, qu’il “recycle” des morceaux, qu’il combine des sons, qu’il est perfectionniste on le sait, il est dès lors normal qu’il faille entrer dans son monde pour parfois comprendre le sens de certaines choses qui n’apparaissent pas au premier abord (“… seeing things that were not there …” extrait de la chanson “Secret World” sur “US”).
Alors, en ce qui concerne “Scratch My Back” et “New Blood Tour”, il faut vraiment partir d’un terrain vierge et accueillir ce qui vient sans être influencé par ce que l’on sait de Gabriel.
Il m’a vraiment étonné à plus d’un titre. D’une part par le concept de l’album en tant que tel déjà -on en entendra parler durant au moins un an chaque fois qu’un des artistes “coveré” sortira une version du répertoire de Gabriel-, et d’autre part par son interprétation pas si toute simple que cela d’un classique de ses collègues artistes.
Non seulement une musicalité classique avec un orchestre philharmonique, c’est déjà original et aussi courageux au risque de perdre des fans – ou d’en confirmer-, lorsqu’on sait que la plupart des fans de Gabriel sont très certainement “rock progressif” à la genèse mais par l’interprétation que Gabriel fait des chansons en faisant vraiment corps avec l’âme de l’auteur original qu’il “cover”.
En effet, j’ai ressenti très nettement lors du concert que Gabriel allez dans toute le profondeur et dans l’intensité du texte qui n’est pourtant pas le sien (d’où ses lectures sur le moniteur), mais il pu rendre toute la puissance et l’émotion entièrement en rapport avec les oeuvres des autres.
Une des autres surprise était de découvrir comment Gabriel allait interpréter ses “classiques” à lui avec l’orchestre et là je suis converti, séduit jusqu’à bout, à presque préferer maintenant la version classique tant l’intensité musicale combinée à celle de la voix m’ont ému au plus haut point. C’est bien simple, la chair de poule est encore présente sur mes avant-bras et … dans mon dos
Les effets visuels étaient eux aussi à la hauteur des illustrations sonores tantôt subtiles, tantôt extêmement puissantes digne d’un orchestre de ce nom.
Avec Peter Gabriel, il vaut ne jamais avoir d’attente car c’est le meilleur moyen d’être agréablement surpris. Ce qui fut mon cas, comme les dix autres amis qui étaient avec moi et qui ont fait le déplacement pour honorer Peter et vibrer avec Gabriel qui cette fois a fait un grand tour dans la diversité et l’exploration musicale
.
On entendra encore parler de lui pour ceux qui peuvent s’inscrire et entrer dans l’univers de Gabriel
Luc Van Zande