My Little Vertigo

My Little Cheap Dictaphone devient MLCD pour un album-concept entre opéra pop, symphonique et valse, à la sauce Hitchcock.

On connaît depuis longtemps le Liégeois Redboy. Son implication dans Hollywood Porn Stars et dans le collectif JauneOrange, tout comme les deux précédents albums de My Little Cheap Dictaphone, nous a convaincu qu’on tenait là un des créatifs les plus passionnants du rock belge.

Mais là, il fait plus fort encore. Les quatre Cavaliers de l’apocalypse viennent de publier le disque le plus audacieux et le plus réussi qui soit. Il leur a fallu plus de deux ans pour mettre en boîte ce qu’ils appellent un « opéra pop moderne », avec de nombreux intervenants (comme Jonathan de Mercury Rev, Ralph d’Alamo Race Track ou Pall de Black Heart Procession), en plus d’un visuel qui, sur scène, transformera le concert en un cabaret original : « C’est tellement différent de ce qu’on a fait jusqu’ici, nous ont raconté Redboy et Xa, le bassiste du groupe, qu’on a pensé à un moment changer de nom. Le précédent disque, on l’avait fait un peu vite, entre deux Hollywood Porn Stars. Ici, on voulait prendre notre temps et aller au bout de notre idée. »

Hitchcock avant tout

Un tel projet, du coup, n’est pas donné. Qu’à cela ne tienne, chaque membre du groupe casse sa tirelire. Le groupe passe le plus de temps dans son propre studio et se débrouille pour grappiller de-ci de-là (auprès de la Communauté française notamment) de quoi boucler le budget et terminer le disque sans brider leur imagination et leurs envies : « Beaucoup de collaborateurs ont travaillé pour moins que pas grand-chose. On l’a produit nous-mêmes au fur et à mesure. On est tous les quatre intermittents du spectacle. On se débrouille. Comme on voulait tout de même que le projet soit défendu avec un orchestre, on a trouvé 25 étudiants du Conservatoire de Liège qui ont accepté de jouer avec nous pour quelques concerts. Pour les autres, on aura un quatuor à cordes ou ce ne sera que le groupe. »

MLCD refuse de parler d’opéra rock car il n’y aura ni théâtre, ni dialogues, ni danse mais seulement un décor en fond de scène et des projections réalisées par Eve Martin. L’histoire, ce Conte tragique d’un génie, raconte le parcours de ces esprits perturbés, comme Brian Wilson, qui sont en lutte permanente avec leurs démons.

Si le disque est finalement très pop, il ne s’agit pas des Beach Boys pour autant. Tom Waits, Afghan Whigs, les Bad Seeds, dEUS sont davantage les ombres d’une partition très variée : « L’influence principale est plutôt cinématographique. Le personnage qui tombe rappelle davantage Vertigo de Hitchcock et les violons sont plus inspirés par Bernard Herrmann qui composait ses musiques. Hitchcock a vraiment été le point de départ du projet. »

Ce disque a demandé un travail fou, de vrais cinglés : « On avait de quoi faire cinq albums. On s’est retrouvés avec 220 pistes à mixer par chanson. Une vraie folie. On a dû tailler dedans. Le challenge était de simplifier le plus possible pour l’auditeur. Les trois featurings, c’était uniquement parce qu’étant le narrateur, je ne pouvais pas jouer tous les rôles. Dans la liste rêvée qu’on s’était faite, les trois premiers étaient Jonathan, Ralph et Pall et tous les trois ont tout de suite dit oui. Ils ont adoré le projet et ça s’est fait très vite. »

Pour faire vivre ce projet ambitieux, MLCD a changé son entourage. Nouveau management, nouvelle agence de booking, nouvelle firme de disques : « Il fallait sortir du circuit rock alternatif pour le rendre viable. Il nous faut le montrer dans les théâtres, en Flandre et à l’étranger. Là, je me suis un peu moins occupé de JauneOrange et pour le moment, Hollywood Porn Stars est entre parenthèses. »

Ce qui ne dérange pas Anthony Sinatra puisque celui-ci sort en avril le premier album de Piano Club.

Redboy, qui a soigné son accent anglais avec, comme coach, une écrivain norvégienne, est prêt, avec ce groupe, à aller très loin. Bon vent !

MLCD sera le 15/4 au Petrol d’Anvers, et, avec orchestre, le 7 mai à la Caserne Fonck, à Liège, et le 8 mai au Cirque royal, dans le cadre des Nuits Botanique. www.myspace.com/mylittlecheap

THIERRY COLJON

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The tragic tale of a genius

Voilà le disque de rock belge que vont prioritairement retenir cette année les observateurs étrangers. Comme le Ghinzu l’an dernier ou le dEUS précédemment. Tout est impressionnant dans cet « opéra moderne ». La production de Frans Hagenaars, le mixage de John Congleton, les arrangements de MLCD, les mélodies à la fois pop et rock… Tout flirte avec le meilleur d’une musique à la fois profonde et ambitieuse. C’est d’ailleurs cette folie et cette ambition démesurée qui justifient cette quatrième étoile. On tient là un très grand disque, enthousiasmant, riche et varié, qui convaincra les fans de Nick Cave comme de Tom Waits.

PiaS.


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2 commentaires

  1. zaza

    1 avril 2010 à 20 h 09 min

    Il y a un petit côté Robbie Williams dans sa phase crooner mais en plus dark.
    En tous cas c’est pas vilain (et j’écris cela sans rapport avec le 1er avril).

  2. OL

    22 avril 2010 à 10 h 04 min

    je sais pas ce qui fait le plus peur Zaza, quand tu dézingue ou quand tu trouves ça pas vilain :-)

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