La Nuit féérique de Joanna Newsom

Les apparitions scéniques de la harpiste américaine sont rares, toujours précieuses. Vendredi soir, dans le cadre des Nuits Botanique, la Californienne a livré un concert raffiné et inoubliable. En filigrane de sa prestation, ‘Have One On Me’, un nouvel album qui voit triple.

Avant d’être musicienne, Joanna Newsom est une passionnée de la cause musicale, une partisane de la chose folk. Ce n’est donc pas un hasard si, ce soir, elle confie les premières heures de sa Nuit à Roy Harper. Cheveux blancs, traits fatigués, le vieux guitariste anglais est une légende oubliée. Un album classique (‘Stormcock’, 1971), une influence majeure sur l’œuvre de Led Zep (c’est un proche de Jimmy Page), collaborateur ponctuel du Floyd (‘Have a Cigar’ sur ‘Wish You Were Here’, c’est lui), Harper reste un monstre sacré de l’histoire du rock. Seul, assis sur une chaise, le sorcier britannique ensorcelle le Cirque de mystérieux cantiques.

À plus de septante ans, le druide impressionne surtout l’auditoire quand il s’explique avec sa guitare, tout en finger-picking. Ailleurs, il hulule et s’abandonne à la soirée, sa dernière en compagnie de son hôte, la fée Joanna.Ses longs cheveux blonds se posent derrière la harpe qui, majestueuse, trône au centre de la scène. Seule dans sa robe blanche, la belle entame ‘81′, morceau de son récent triple album. Pour poursuivre cet imposant périple, Joanna Newsom peut aujourd’hui compter sur le soutien d’un orchestre aux allures de troubadour. Un batteur aux pieds nus, deux violonistes, un trompettiste et un multi instrumentiste, joueur de flûte et de banjo, soulignent les notes, harmonieuses et légères, déposées par la harpiste. Les mains en mouvement permanent sur les cordes multicolores de son instrument, Joanna Newsom illumine la nuit. Ici, on prend réellement conscience du pouvoir de séduction de son univers.

Pas difficile, en effet, de comprendre pourquoi l’Américaine (originaire du petit bled de Nevada City, comme Alela Diane et Mariee Sioux) s’est imposée au sommet de son art. Sans crier gare, elle a réussi à faire pénétrer un instrument obsolète, depuis longtemps laissé aux oubliettes de la musique classique, dans la sphère des musiques alternatives. Pour ça, déjà, il faut rencontrer Joanna Newsom au moins une fois dans sa vie.Habituellement esseulée, l’artiste profite aujourd’hui du soutien de ses musiciens pour abandonner sa harpe et se glisser derrière un piano. Dans ces instants (‘Easy’, ‘Good Intentions Paving Co.’), elle apparaît comme la seule alternative moderne à Kate Bush. Alors, certes, la voix de Joanna Newsom est singulière – pour certains, ce timbre de chatte éplorée peut même s’assimiler à un véritable supplice -, mais, à l’heure du troisième album, on la sent libre comme l’air, capable de toutes les fantaisies, de toutes les prouesses.Un petit saut en arrière et Joanna nous offre un des plus grands moments du concert. ‘The Book of Right-On’ touche le public en plein cœur. On effleure ici quelque chose de magique, insolite.

Tout comme dans la minute qui suit : l’Américaine doit réaccorder sa harpe ! Le public se livre alors à un exercice de questions-réponses farfelu avec les musiciens. Les interpellations fusent. Interrogés par le public, les solistes dévoilent leurs références musicales, leurs lieux de naissance, leurs goûts pour « toutes » les drogues. Et puis, quand, dans la salle, quelqu’un leur demande s’ils comptent aller boire un verre après le concert, une voix puissante et sûre d’elle s’élève. « J’y compte bien ! » C’est le druide Roy Harper qui fait un retour remarqué dans l’arène.Fin de l’interlude. La harpiste repart pour un tour de magie. ‘In California’ replonge le Cirque dans ce conte moderne, toujours caressé des doigts de Joanna. L’heure tourne, les petites ritournelles médiévales dévalent les ogives royales. Quand tombent les notes de ‘Peach, Plum, Pear’, les gens retiennent leur souffle. Joanna Newsom se lève, le public aussi. Standing ovation. Persistants, les applaudissements repoussent l’Américaine sur les planches pour un ultime ‘Baby Birch’, rappel en forme d’adieu. Mais on oubliera jamais de se revoir. Promis.

Nicolas Alsteen


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1 commentaire

  1. paillot

    17 mai 2010 à 12 h 16 min

    je cherche la playlist de Roy Harper …
    if someone …
    ps. est il inconcevable de revoir Roy Harper à Bruxelles, pour un concert “rien que pour lui” ?

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