Arthur et Brigitte : mots et maux électriques

Carl a bien fait d’ouvrir, dimanche soir, au Cirque royal, pour Arthur H et Brigitte Fontaine. Celle-ci n’a pas manqué de l’écouter et de le féliciter, sans doute émue par ce théâtre situationniste à tendance pataphysique de celui qui mâche le papier comme les mots, tout en faisant danser l’herbe verte.


Un deuxième loustic était là pour animer cette avant-dernière Nuit Botanique consacrée à trois personnages hors du commun : Arthur H. Le fils Higelin, seul devant son piano, n’a pas oublié de rappeler qu’à 4 ans, Brigitte lui faisait des crêpes et que de jouer, quarante ans plus tard, avant elle, sur la même scène du « Cirque national » (sic), dans un beau costume scintillant, pour veiller à « l’unification de la Belgique » (resic), quelque part, c’était un rêve d’enfant.

Avec sa galerie de personnages improbables (sa Lady de Shangaï, Nancy & Tarzan, Kevin B, Les trois petits nains…), Arthur nous fait rêver et voyager sur le tapis de sa grande tendresse qui n’exclue pas de faire appel à la technologie de pointe, que ce soit un éclairage au cœur battant, né de l’amour fusion avec le public, ou un i-Phone lui servant de métronome.

La reine des Kékés, ensuite, venait clore ce tiercé d’artistes atypiques. Un poignet menotté pour mieux affirmer sa liberté, Brigitte Fontaine est restée la plus punk des punkettes françaises. Tout de noir vêtue, elle occupe la scène comme une prêtresse en transe. Dommage seulement que la guitare de Yann Péchin (compositeur pour Miossec et guitariste pour Bashung, Higelin, etc.) noyait un peu la voix de la chanteuse. Il fallut attendre trop longtemps pour que les choses rentrent dans l’ordre et que les mots de la grande poétesse soient compréhensibles. Areski a eu son habituel moment de gloire et Brigitte, passé minuit, a récolté dans un Cirque royal à moitié rempli un succès amplement mérité.

THIERRY COLJON


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4 commentaires

  1. eve

    17 mai 2010 à 13 h 33 min

    Personnellement, autant j’ai été déçue par Arthur H qui a bâclé son concert, en torchant “Adieu Tristesse” en 1m13sec et en tapant comme un possédé sur son piano, autant j’ai été transportée par Brigitte Fontaine, grande pretresse de la provoc-poésie! j’ai bien cru que j’allais crever… de joie.

  2. john John

    17 mai 2010 à 14 h 50 min

    Avis contraire:

    Beaucoup aimé Carl et Arthur H.
    Par contre, Brigitte Fontaine c’était vraiment trop pour moi. Les 3/4 du temps, elle a chanté comme un chat écrasé, le guitariste en faisant 3 tonnes et Areski a eu l’étrange idée de jouer sur des percus électroniques.

    Pourtant je suis fan d’une grande partie de sa discographie. Comme à la radio fait partie de mon top 10 des albums chantés en français.

  3. Onclejim

    17 mai 2010 à 15 h 52 min

    Je venais pour Brigitte, que j’avais déjà vue en concert à plusieurs reprises.

    Je ne connaissais Arthur H. que de nom et jamais entendu parler de Carl.

    Alors Carl: génial. Son “je tourne autour du lac” tourne encore dans mon cerveau. Et la personification de la pelouse, surréaliste et drôlissime, on n’avait plus fait intervenir des personnages sur scène depuis Chantal Goya.
    En plus, le choix de cet artiste était parfaitement adapté à une première partie de la reine Brigitte.

    Alors Arthur H., suprebe voix, très belles mélodies, crétrivité, arrangements souples et suaves, mais qu’est-ce que c’était chiant… mortel. On a dû sortir (on n’a pas été les seuls) tellement on se sentait emprisonnés dans cet ennui.

    Quant à Brigitte, à l’image de son dernier album, ce concert était radicalement différent des précédents: plus sombre, plus politique, moins rose bonbon.

    Bien sûr, la voix se casse sur certaines notes (elle a quand même 70 piges et j’aimerais avoir son énergie à son âge), bien sûr la sono était trop tonitruante, bien sûr le guitariste en faisait des tonnes.

    Néanmoins, les morceaux sont magnifiques et sélectionnés avec soin et cohérence, on frissonne sur “Prohibition”, on sirote le magnifique “Harem”, on est heureux de retrouver “Brigitte” etc. Les morceaux plus festifs ne sont pas laissés en reste: “Conne”, “Le nougat”, “Ah que la vie est belle”.

    L’interprétation est dense, puissante, profonde, bouleversante.

    Brigitte Fontaine, injustement pas encore reconnue comme la plus grande poétesse prançaise depuis Marcelinne Desbordes-Valmore.

    J’ai de la chance d’avoir appartenu à son siècle et d’avoir savouré son oeuvre.

  4. aphex

    17 mai 2010 à 16 h 54 min

    mon avis:

    carl: intéressant, chouettes idées. Mais voix pas super travaillée, un peu monotone (la comparaison avec Arthur H et Brigitte fontaine n’aide pas. E, ai profité pour m’assoupir qques peu en perspective de la suite.

    Arthur H: excellent concert selon moi, bien que trop court. Belle présence pour un artiste en solo assis derrière un clavier. comme dis ci-dessus: superbe voix, très belles mélodies, créativité, arrangements souples et suaves” Je ne comprend pas dès lors pourquoi conclure avec un “c’était chiant”. Oui, c’était un solo derrière un piano, on le savait. Pas de mr gazon sur la scène, pas de guitariste qui balance ses cheveux, pas de menotte au poignet. Très beau

    B Fontaine: je connaissais très mal mais la voir enfin m’amusait. Le début un peu laborieux, et ensuite, magique. Quelle artiste, une façade limite punk, un gout affiché de la subversion, un air provoc, et au final juste de l’émotion et une performance parfaitement maitrisée.
    “je suis vieille sans foi ni loi, mais si je meurs ce sera de joie” clapclap

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