Primavera: planet of sound

Primavera (2/3). Le plus dur après une journée de Primavera terminée aux petites heures, c’est de s’en remettre. Et ne serait-ce, déjà, que de se lever. Alors quand pour corser encore les choses, on essaie de caser des interviews, ça devient forcément compliqué.

On aura ainsi sacrifié le concert d’Owen Pallett à l’Auditorium (où on n’a finalement pas pas mis un pied en trois jours) sur l’autel d’une rencontre avec Harlem. Trio garage rock de Tucson, Arizona, désormais installé à Austin, au Texas, et que vous pourrez applaudir vendredi au Pleasure, à Gand, ou, samedi, gratos, au Beursschouwburg, à Bruxelles. L’occasion de réaliser que le festival barcelonais est aussi arrosé et psychédéliquement amélioré pour les artistes que pour le public.

Harlem, moyennement retapé (le guitariste va mieux mais le batteur a maintenant l’air un peu arrangé), c’est le premier groupe que l’on verra vendredi. Face à la mer, sur la scène Vice. Oui le magazine qui aime les photos décadentes. Genre filles sur le pot ou mecs en train de vomir. Enfin bref, le deuxième album des trois Américains, Hippies, semblent parti pour leur ouvrir les portes du succès. Et on ne saurait que vous recommander d’acheter le premier, Free Drugs, si l’envie vous dit d’aller les voir en concert. C’est vintage, efficace, crasseux. Ca se fredonne même sous la douche… Pas vraiment le cas des chansons de Scout Emma Louise Niblett. En attendant, la fille de Nottingham nous gratifie de l’un des tout bons concerts du jour. On avait un peu peur après avoir entendu quelques commentaires désabusés sur sa prestation aux Nuits du Bota en première partie de Murat. Scout, nom inspiré par un personnage du roman Ne Tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee, balance l’une des prestations les plus habitées du week-end. Accompagnée d’un batteur, puis toute seul à l’occasion de l’un ou l’autre morceau, l’Anglaise rappelle inévitablement une PJ Harvey en plus dépouillée. Sorti en début d’année, son cinquième album, The Calcination of Scout Niblett, est à se procurer d’urgence.

(inter)Side projects et post punk

Pour économiser quelques deniers (il n’y a pas de sottes idées, quoique), certains achètent des tickets pour bières de diabétiques (moins chers) et s’en vont commander leurs pintes là où on n’en sert pas. C’est facile. On fait une moue triste. Puis, on prend une chope normale. Le serveur va quand même pas emmerder un pauvre malade et le faire courir jusqu’à un autre bar. D’autant qu’on court déjà assez au Primavera. Que ce soit pour gratter une dizaine de minutes de Thee Oh Sees ou choper le convaincant début de Beak. Projet krautrock de Geoff « Portishead » Barrow. Sur le coup de 20h30, on opte pour Condo Fucks dont il s’agit de l’une des rares apparitions. Condo Fucks, c’est en fait Yo La Tengo qui s’amuse avec des reprises essentiellement sixties et seventies. Ira Kaplan et Georgia Hubley qu’on a déjà croisés en face de leur hôtel (un énorme établissement planté juste devant l’entrée du festival et qui semble abriter la plupart des groupes) ont l’air de s’amuser comme des petits fous. Terminent par Re-Make Re-Model de Roxy Music. On est plus que clients…

Des malins mélangent du rhum rentré en stoemeling au coca à 2 euros 50 (sans glaçon, ça ira). Les autres essaient de s’en coller une au tarif Primavera. Ca fair cher la fiesta… Juste le temps d’aller vérifier comment ça marche pour Beach House (bien, merci) dont on adore l’album (déjà vu et à l’affiche du Pukkelpop le 20 août) qu’on se retrouve au pied de Wire. On s’embête un peu devant la bande à Colin Newman mais c’est quand on se décide à traverser le site pour jeter une oreille à Wilco que les Londoniens se réveillent. Ca devient nerveux. Tendu. Et on accepte enfin l’idée qu’on a devant nous l’un des groupes les plus importants des années 70 et 80. Enterré The Fall. Grâce à un final de feu, Wire sort le concert post punk du week-end.

(inter)Pixies en forme

23 heures et quelques poussières. A la scène Pitchfork, la seule avec un toit et en même temps la moins bien sonorisée, les Japandroids foutent le souk. Une guitare, une batterie et de l’énergie à revendre. Malgré la simplicité de la recette et l’absence cruelle de vraies chansons, les deux mecs de Vancouver déménagent.

Alors que Steve Albini donne comme d’habitude ses interviews directement au public en plein milieux du concert de Shellac (« est-ce que quelqu’un a une question à nous poser ? »), on essaie l’échappée et tente de se placer pour les Pixies comme Tom Boonen sur les Champs Elysées. Ca frotte. Ce vendredi, il y a un monde de dingue. Apparemment plus que les autres jours. Et tout un chacun s’est donné le mot pour aller voir la bande à Frank Black.

Moins bien qu’au Pukkelpop où ils nous avaient surpris en 2005 mais meilleurs qu’à Forest où ils avaient contenté le public l’an dernier et dix têtes au-dessus de leur prestation un peu calamiteuse de Werchter en 2004, les Pixies font un carton plein. Bone Machine, Debaser, Planet of sound, U-Mass, Dig for fire, River Euphrates, Monkeys Gone To Heaven, Here Comes Your Man, Caribou, Broken Face… Pratiquement tout y passe. David Lovering fait mal derrière les fûts. Joey Santiago assure comme une bête. Kim Deal affiche pour une fois un sourire plus joyeux que benêt. Quant au gros Frankie (on va devoir trouver autre chose, il a l’air d’avoir perdu du poids), il a la niaque et hurle comme un dératé.

25 morceaux environ. C’est du tube sur tube. Des classiques repris en chœur par une foule en délire (ils parlent anglais finalement les Espagnols ?). Et des petits pogos (waw, ça fait longtemps que j’avais plus utilisé ce mot) qui se créent un peu partout sur la plaine de béton (Primavera, c’est du dur, pas du gazon).

(inter)Black Lips espagnols

Assommés, on erre. Se repose devant DJ Barry Hogan (rien à voir avec Hulk et Paul) et se contente d’écouter les critiques assassines à l’encontre de Yeasayer. Il est déjà 4 heures mais notre soirée n’est pas terminée pour autant. Un Espagnol nous repère au bar de la scène Vice, nous invite à boire un coup dans son verre. Et nous dit de rester voir Mujeres. « Les Black Lips de Barcelone ». On sait. On sait. Faut pas croire qu’on traîne là par hasard. Un pote s’est amusé à télécharger tous les artistes présents au Primavera et est tout emballé. Bien vu. C’est cool. Rock’n’roll. Effectivement calqué sur les Black Lips, et plutôt deux fois qu’une, mais avec une petite touche exotique. Des paroles chantées en espagnol (enfin il y a l’air…). Pendant que l’un des leurs règle péniblement ses petits problèmes de son, les Mujeres plus sages que les Américains, même s’ils font semblant de se rouler des pelles et crachent de temps en temps sur le public, entonnent un titre des Strange Boys. Puis jouent quelques morceaux à trois. On espère pouvoir reparler prochainement de ces lascars-là…

Julien Broquet


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