Vendredi, la nuit démarrait autour des consoles, sampleurs et autres machines. Allemagne à gauche, Angleterre à droite : ça ne finit pas toujours comme à la Coupe du Monde. Atari Teenage Riot contre Chris Cunningham: pas besoin de la vidéo pour les départager.

Atari Teenage Riot, c’était donc hier, sur la Red Frequency Stage. Surprise : le collectif berlinois a rameuté plus de monde que les Fun Lovin Criminals, dites donc… Le hardcore digital plaît autrement mieux que la cooltitude new-yorkaise. Notez, nous sommes à Dour, il est tard, et c’est avec les troupes d’Alec Empire, reformées après une séparation voici dix ans, qu’on se lâche le mieux. En résumé, ça donne ceci : blitzkrieg basique, haut taux de bpm, on pilonne sur fond de strobo et de lumière blanche. La méthode ne doit évidemment rien à la subtilité artistique, le contenu est punk mais on a du mal à bien entendre tout ce qui se dit. En ce début de nuit, on imagine qu’ils sont de moins en moins nombreux, les festivaliers, à réclamer de la poésie…

Poussés cependant par une drôle d’envie d’art, nous sommes allés nous planter sous le chapiteau du Dance Hall, après ce déluge. Chris Cunningham à Dour, après Aphex Twin l’an dernier au même endroit ; décidément… Le vidéaste qui a signé des clips, notamment pour Björk, Portishead (« Only you »), Madonna (« Frozen ») et le même Aphex Twin (dont le cultissime « Windowlicker ») joue, lui, dans une division stiuée quelques crans au-dessus de celle d’ATR. Tout perdu dans la pénombre, il semble vouloir réconcilier la machine et l’humain. Rien à voir cependant avec la biomécanique à la Giger. Ici, la techno se fond dans les corps, la musique bat dans les enceintes au rythme des coups que s’échangent l’homme et la femme nus visibles sur les écrans accrochés au-dessus de l’artiste. Autant les zizis en plastoc de Gwar font rire, autant ici ça fige le spectateur. C’est toujours pareil : une fois tombé le filtre de l’humour, la réalité des choses fait toujours un peu peur. D’autant que l’inspiration de Cunningham paraît être pas mal tordue. Mais quelle vision, et quel art ! La synchro entre le son et l’image est parfaite. Mieux encore : ses clips eux-mêmes jouent avec les boucles et des répétitions de motifs (comme les déformations corporelles, par exemple). Pas d’humour, alors ? Si, ou plutôt, une pointe d’absurde, avec entre autres choses, cette mouette qui vient planer sur les toiles entre deux séquences. L’un des musts de ce vendredi !

Didier Stiers

- Atari Teenage Riot sur myspace

- Chris Cunningham sur imdb

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