Dutronc: un concert qui purifie

dutronc1.JPGdutronc2.JPGLa soirée de jeudi offrait l’occasion de voir deux sexagénaires des sixties bon pied bon oeil à Spa. Grands faiseurs de tubes désormais classiques mais jamais ringards, Christophe et Jacques Dutronc se succédaient sur la scène Pierre Rapsat, inaugurée par Ete 67 dont le chanteur, Nicolas Michaux, a été sorti du chapeau du grand Jacques à la fin de son concert en guise de surprise pour un duo des plus énergiques (“On nous cache tout, on nous dit rien”).

Les deux chanteurs sexagénaires n’ont au final pas grand-chose à voir à part leurs lunettes noires et vestes de cuir, leur âge (Dutronc est né en 43, Christophe en 45) et leur nombre incroyable de tubes que le public entonne avec joie. Christophe ose un son nouveau là où Dutronc, pour le plus grand bonheur de son public, revisite ses classiques et offre un grand spectacle mais sans réelle nouveauté. Toutefois, le plaisir et la joie de le voir sur scène (où il n’était plus monté depuis 1992) submerge tout.

Christophe et ses trois musiciens n’hésitent pas à entamer leur set en sortant des sentiers battus des succès de l’artiste pour reprendre ses morceaux récents. Du bon son avec par-dessus la voix au timbre aigu, lancinant, limite plaintif de Christophe qui s’y mêle à merveille. Oublié le dandy crooner à l’image de chanteur pour midinettes: à 67 ans, Christophe défend avant tout son dernier album, encensé par la critique, “Aimer ce que nous sommes”.

Le public, lui, est un peu divisé entre les amateurs de sa musique si nostalgique mais d’aujourd’hui, si rock, si électro parfois qui fait la place belle aux nouvelles “trouvailles” (pour reprendre ses mots), et les autres, peut-être plus traditionnels, qui n’attendent qu’une chose: que Christophe reprenne “Aline”, ze tube d’entre les tubes, qui fut le premier slow en France (avec “Et j’entends siffler le train” d’Anthony). Le dandy un peu vieilli nous l’offre tout à la fin (en nous prévenant bien qu’il fait là son premier rappel) ainsi qu’une panoplie de morceaux célèbres: “Succès fou”, “Les paradis perdus”, “Les mots bleus”… Réminiscences sixties et seventies, électro éclectique, piano, guitare électrique mais aussi flamenco: le chanteur peut s’appuyer sur ses trois “copains”, les musiciens, dont un guitariste complice et un pianiste belge aux doigts de velours. Et en profite pour annoncer la venue d’un prochain album d’ici 2011.

Toute autre ambiance pour Jacques Dutronc, dont c’était la première venue à Spa et le grand retour sur scène. Avec lui il n’y a pas à tortiller, mais à se tortiller, et dès les premiers riffs de guitare. Il s’installe deux secondes sur son célèbre fauteuil club installé sur scène, et zou c’est parti pour deux bonnes heures de musique. Il commence par “Et moi et moi et moi” et c’est l’effervescence..

A Spa, Jacques Dutronc boit de l’eau. Et ça lui réussit. A 67 ans, toujours aussi classe et plein d’énergie, le dandy des sixties a ravi le public spadois: des tubes à la pelle toujours aussi efficaces, des musiciens exceptionnels, un set impeccable, pour un concert très rock, très yéyé, mais en même temps très contemporain. Comme lui, ses mélodies ont l’air de n’avoir pas pris une ride. Il communique avec le public, salue là le drapeau corse brandi dans la foule qu’il montrera ensuite sur scène, fait des blagues, charrie les spectateurs au balcon, se lance dans des imitations très réussies (Mitterrand, Gainsbourg) et jamais ne lasse. Les tubes s’enchaînent, les musiciens se déchaînent. La jolie flûtiste et choriste d’origine belge se déhanche et rappe au passage avec un MJ (“Fais pas ci fais pas ça”).

Le concert de Dutronc c’est aussi du grand spectacle: il y a des claquettes et puis aussi “Stéphanie”, une naine en costume rouge brillant comme les bagues lumineuses distribuées à Spa par un journal concurrent. Un petit côté music hall à la Freaks qui pétille. La petite dame débarque sur “J’aime les filles” et Jacques nous la présente comme leur mascotte, leur porte-bonheur et la presse aussitôt de raconter des histoires – ce qu’elle fera avec joie, de sa voix haut perchée. Il continue: “J’aime les filles… de Spa”.

Vraiment sympa, le grand Jacques. Il demande même à un de ses musiciens de le photographier avec le public et nous en remercie. Mais de rien, Jacques, avec plaisir (et dire qu’il y en a pour faire la file au Radisson, peut-être en vain, pour une photo avec l’artiste).

En guise de bouquet final de ce grand feu d’artifice, Dutronc invite Nicolas Michaux, le chanteur d’Ete 67, visiblement un peu intimidé mais toutefois à l’aise pour reprendre “On nous cache tout on nous dit rien”. Jacques peut enfin fumer son cigare et tout doucement prendre congé, pendant que ses musiciens continuent à faire danser le public. Quel mec ce Dutronc.

Anne-Sophie Leurquin


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22 commentaires

  1. INFOTOX

    23 juillet 2010 à 9 h 34 min

    Le grand Jacques??.
    Ce surnom n’était-il pas plutôt celui que les français avaient donné au belge Jacques Brel?.
    Surprenant que les belges le débaptisent eux-mêmes pour le réattribuer au chanteur français.
    D’autant que Dutronc, cigare et RayBan, a suffisamment de talent et de classe pour être tout simplement sans qualificatif supplémentaire.

  2. Jack Dutreau

    23 juillet 2010 à 9 h 44 min

    Encore un article très mal écrit et erroné. Dutronc était à Namur en septembre 1993 en concert gratuit, tenant lieu de prélude aux fêtes de Wallonie.

    Christophe est une nullité abyssale, une imposture incroyable. Il n’y a qu’en France et en Belgique qu’un tel guignol puisse se voir conférer une aura par les médias alors qu’il est éminemment mauvais et que le public ne s’y trompe pas.

  3. Pecoflyer

    23 juillet 2010 à 10 h 19 min

    Tiens, tiens. Dutronc est né en 1943 et a 67 ans. OK – Christophe en 1945 et a aussi 67 ans? Ca doit être les maths modernes…

  4. monica

    23 juillet 2010 à 10 h 19 min

    vous êtes un rabat-joie monsieur Jack, vous n’aimez pas ces chanteurs c’est votre droit, mais ne vous permettez pas d’insulter les gens, êtes-vous donc si “parfait”???? je ne le pense pas!!!!!!!!!

  5. van laethem

    23 juillet 2010 à 10 h 23 min

    Hé bien moi je trouve que cet article est bien écrit. Ah, un enthousiasme qui fait plaisir. Ca nous change des “critiques jérémiades”. Merci! Je n’aime pas Christophe, j’ai été écouter Dutronc en 92 et cette année à Forest, mais peu importe, on sent qu’il y a eu du plaisir aux francos et l’article le rend bien et ça fait du bien! ceux qui n’y étaient pas peuvent avoir aussi leur bouffée de bonheur. Merci encore madame Leurquin!

  6. Clinche

    23 juillet 2010 à 10 h 32 min

    Tout à fait d’accord avec Jack en ce qui concerne Christophe ! Je ne sais pas ce qu’il est venu faire au franco et probablement que lui non plus. Quant à savoir si c’est en 1992 ou 1993 que Dutronc est venu en Belgique, on s’en fout un peu, le principal c’est qu’il a sorti un (très) grand spectacle hier.

  7. LePied

    23 juillet 2010 à 10 h 51 min

    Oui, merci Jack Dutreau pour ces précisions inutile. On vous oubliera bien vite….

    J’y étais hier et je pense que l’article correspond bien à la réalité. La place était noire de monde et si le public attendait les “tubes” il n’en a pas moins écouté le concert avec égard pour l’artiste… Le dernier album n’est pas facile à aborder, plus en impressions qu’en chansons… On aime ou pas, de là à dire que c’est de la bouze, faut pas exagérer

    Je venais pour Dutronc, surtout. Concert très plaisant, respect pour le public.Un bon souvenir…

  8. Jack

    23 juillet 2010 à 12 h 01 min

    Je ne comprends pas pourquoi certains internautes (bilieux pet-être) sont si agressifs et péremptoires.

    Ceci dit, je pense que Christophe a eu beaucoup de mal à faire passer ses “nouveautés”, et la sauce n’a visiblement pas pris. A mon avis, manque de rythme (les efforts pathétiques qu’il faisait pour en donner en tapant timidement sur une boîte en témoignent.

    Quant à Jacques Dutronc, quelle pêche, quel métier, quelle efficacité, quelle fraîcheur!!

    Pour reparler du rythme, je pense que les concerts sont un peu desservis par le décalage désagréable entre le son et l’image sur les grands écrans.

  9. Warfuzé

    23 juillet 2010 à 12 h 21 min

    Dutronc a été génial. Ses succès sont faits pour un tel concert dans un cadre festif. Et avec des musiciens parfait, c’était impeccable. Christophe aurait du être programmé dans une salle plus intimiste. La qualité musicale est là mais pas le côté festif pour la scène Pierre Rapsat.

  10. Phil

    23 juillet 2010 à 13 h 27 min

    l’album “aimer ce que nous sommes” de christophe est un des plus grands disques jamais enregistrés en France. Et le concert de hier à Spa était d’une modernité qui a ravi les vrais mélomanes. Dutronc était très parfait aussi, dans un genre plus classique rock,

  11. voltaire

    23 juillet 2010 à 15 h 23 min

    Quelle soirée. Oui, Christophe a signé avec “Aimer ce que nous sommes” un admirable album. Et s’il est difficile d’en faire passer toutes les nuances et les richesses dans le cadre d’un concert aussi grand public que celui des Franco (on a compris d’entrée de jeu que beaucoup de spectateurs étaient là pour goûter à la nostalgie des anciens tubes du magicien), il faut au moins reconnaître à l’artiste le courage d’avoir affronté la difficulté de l’exercice.
    A côté de ce choix ambitieux mais risqué, Dutronc a préféré “assurer”. Mais quelle pêche. Nous sommes venus en famille et les parents quinquagénaires autant que les enfants au milieu de la vingtaine ont vécu deux heures de pur plaisir. La voix est plus chaude à 67 ans qu’à 45 et le second degré intact. Quant à l’entourage musical et scénique, bravo. Cela rivalisait d’efficacité et de virtuosité avec les meilleurs bands anglo-saxons. Le numéro de flûtiste de la choriste belge de Monsieur Dutronc sur “Il est cinq heures…” nous a donné la chair de poule.
    Oui, ce fut un tabac et, franchement, on ne s’attendait pas à une telle générosité, n’en déplaise aux grincheux.

  12. Ebbas Erreip

    23 juillet 2010 à 15 h 24 min

    Enfin une critique fraîche et positive. Moi aussi y’en a marre des critiques méprisants….

  13. Xavier

    23 juillet 2010 à 16 h 32 min

    La dernière fois que je l’avais vu, c’était en 1970 et j’étais déjà conquis par cet homme de qualité et son grand humour. Hier c’était pareil, je l’ai retrouvé telquel et j’en ai été ravi.
    Je buvais du petit lait….MERCI MONSIEUR DUTRONC;

  14. Ludivine

    23 juillet 2010 à 16 h 40 min

    ah Dutronc je l’adore depuis toujours et, comme le bon vin, il ne fait que s’améliorer, je veux plutôt dire “s’humaniser” et c’est son génie de pouvoir toujours reprendre ses succès avec la même passion, passion que nous lui rendons; hier soir, ADORABLE sur Arte dans l’émission dédiée à “Françoise”….

  15. Fan de

    23 juillet 2010 à 19 h 03 min

    C’est quand même bizarre de lire cette critique par rapport à celle de “Mr” Thierry Coljon qui était beaucoup plus circonspect… Le Soir envoie ses seconds couteaux. Pauvre petite stagiaire qui parle comme une petite groupie.

  16. Vi

    24 juillet 2010 à 10 h 07 min

    le concert de Dutronc j’ai adoré !! franchement une vrai ambiance ! j’adore ses musiques et je me suis bien amusée par contre pour ce qui est de Christophe pffff nul nul et re-nul !!! je me suis presque endormie ! hormis les mots bleu et Aline je ne connaissais rien de chez rien !! franchement à 23 ans ne me demander plus jamais d’aller le voir en concert mais pour Dutronc j’y retourne qd vous voulez !! malheureusement je n’ai pas vu bcp de jeunes dans la salle, Dommage (hormis ceux qui sont venus pour “continuer” boire)
    Félicitation Monsieur Dutronc et à la prochaine !

  17. Mikekafka

    24 juillet 2010 à 13 h 35 min

    Dutronc est un generaliste de la chanson . Avec le repertoire qu’il a il fera un “tabac” partout devant un public archi conquis et dans vingt ans encore . Pas de danger .Christophe quant à lui méritait une salle plus intimiste et un public curieux

  18. lesoir

    24 juillet 2010 à 13 h 53 min

    @fan de:
    chaque journaliste exprime et signe son propre sentiment. Que certains avis critiques divergent entre “Le Soir” et “lesoir.be”, c’est donc tout à fait normal.

  19. Chasseur Immobilier Annecy

    24 juillet 2010 à 22 h 47 min

    Dutronc comme l’était Gainsbourg, fait partie des personnages qui dérangent, mais sur un plateau télé on les respecte car ils en imposent.

  20. mikekafka

    26 juillet 2010 à 17 h 45 min

    “”"Dutronc comme l’était Gainsbourg, fait partie des personnages qui dérangent,”"”
    ??? y a pas plus bourgeois que Dutronc quant à Gainsbourg Gainsbare il est pour moi un des chanteurs les plus surfaits de chanson française

  21. MichelPh.

    27 juillet 2010 à 0 h 04 min

    Ma plus belle soirée de ces quelques dernières années, je l’ai vécue ce jeudi, à SPA, en vibrant au son de la voix de Jacques, de ces instruments réorganisés, impressionné par tout ce spectacle qui recelait d’humour et d’originalité.

    Quant à Christophe, je n’étais pas particulièrement preneur, et n’ai point été conquis, désolé.

  22. Rikaï Zaza

    27 juillet 2010 à 9 h 16 min

    MichelPh, c’est rare de lire des avis pondérés comme le vôtre sur ce forum : ouf ! ;)

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