20 ans de Ninja Tune en grandes pompes

Vingt ans d’activisme musical, forcément ça se fête en grandes pompes : le label anglais Ninja Tune a donc décidé ces derniers mois de nous gâter de concerts, de compiles anniversaire et d’inédits en rafale digitale. L’ancien et le nouveau, les vieilles gloires et la dernière génération, étaient donc à l’AB pour souffler ensemble ses bougies : une belle célébration pleine de beats, de scratches et de “pieces”, qui a duré jusque tard dans la nuit.

“Ca bouge encore chez Ninja Tune ?”, me disait l’autre jour un ami, qui pensait (comme tant d’autres) que le label anglais était en congé maladie depuis la décennie nonante. Certes, Coldcut et DJ Food, pour n’en citer que deux (présents ce soir), n’ont plus sorti de grandes plaques (à part “Sound Mirrors”) depuis les années d’or nineties : autant dire que ça fait un moment, à l’heure du 2.0 où les échanges, comme les permutations, se sont grandement accélérés… Le trip-hop et les cut up sonores à la Kid Koala, ces bidouillages de beats et d’images concassés, auront connu leur vrai climax il y a de ça quinze ans : pas étonnant dès lors que le public était surtout trentenaire, même si la nouvelle garde, plus dubstep, était aussi de la partie, “dans le Cluuuub” (big up à TTC).

Malgré les annulations d’Amon Tobin et de Bonobo (remplacés au pied levé par The Bug et The Heavy), c’était donc la foule des grands soirs à l’Ancienne Belgique, du moins vers 22h. Avant ça la soirée aura débuté vraiment toute en douceur, avec la soul-folk d’Andreya Triana : devant un parterre clairsemé (il est 20h), la chanteuse londonienne nous aura présenté quelques titres (et covers) de son disque velouté, “Lost Where I Belong” – de quoi se mettre en condition avant l’avalanche BPM.

Au Club c’est Brendan Angelides, alias Eksmo, qui investit les decks avec une demie heure de retard : nouvelle signature Ninja, ce Californien malaxe dubstep, glitchtronica et funk-hip hop hybride avec ou sans capuche. Ca claque pas mal sous une chaleur qui monte déjà d’un cran, tandis qu’en bas la foule commence à se masser pour The Heavy, un groupe (un vrai ?) avec des instruments, un peu soul, un peu rock, un peu reggae – la caution guitare-batterie de ce soir, en somme. C’est qu’avec Ninja Tune, on a plus l’habitude des platines : suffit de voir Kid Koala, un vrai champion dans le genre, pour comprendre le bazar. Ce type, toujours aussi poupon malgré ses 36 ans, manie le vinyle comme d’autres le bistouri ou la pelleteuse : avec dextérité, sans même en avoir l’air, et sans casque s’il vous plaît bien.

Le voir en action (les caméras pointées sur ses mains gantées) s’avère ainsi une expérience, à chaque fois, bluffante : le Canadien jongle avec les disques et le diamant (au moins trois en même temps) comme si c’était un jeu d’enfant, et de fait ses “live” ont quelque chose d’espiègle. On y entend un peu de tout (d’Outkast à Judy Garland) et les beats sautillent, du coq à l’âne mais sans fautes de raccord, comme si Kid Koala jouait au trampoline avec nos deux oreilles. Dommage que sa prestation n’ait pas été plus longue : après une bonne demie heure de jonglerie et de tours de passe-passe, Eric San (son vrai nom) s’éclipse aussi vite qu’il était apparu… Juste le temps de souhaiter un (énième) “Happy birthday” à maman Matt Black et papa Jonathan More (Coldcut, donc), qui mixent entre chaque live : des tubes maison évidemment, puisqu’on est là pour ça… Et si l’on aurait préféré un live des deux fondateurs du label, avec ce Vjing d’images littéralement scratchées, en synesthésie totale avec la musique, on ne va pas non plus se plaindre : l’ambiance est bien au rendez-vous, sans trop de vigiles pour écraser vos cigarettes (etc.).

l se fait tard et Daedelus, en haut, balance du gros son, comme ses prédécesseurs : plutôt dubstep aussi, même si le bonhomme, on le sait, pratique en général l’éclectisme (électro, bossa, hip hop, et le reste). Déjà 1h00 du matin, le temps d’un dernier tour de piste avec Kevin Martin alias The Bug, qui monte encore le son pour les plus endurcis : ça bounce niveau basses, et le ragga se fait indus’… “Alors, ça bouge encore chez Ninja Tune ?”. On peut l’écrire sans coup férir : ça bouge pas mal, ouais ! En vingt ans de musique et de disques, Ninja Tune a pavé la voie à ces labels qui, aujourd’hui, incarnent la nouvelle scène électronique britannique : d’Hyperdub (Burial, Darkstar, Ikonika, Kode9,…) à Brainfeeder (lancé par Flying Lotus), de Punch Drunk (Hyetal, Pinch, Peverelist,…) à Soul Motive (Joker, Headhunter,…), toutes ces structures doivent certainement une fière chandelle à leurs vaillants “ancêtres” ici présents. Happy happy twenty !

Grégory Escouflaire

Deux double compiles (“Ninja Tune XX” vol. 1 & 2) viennent de sortir pour célébrer l’événement, ainsi qu’un plantureux coffret comprenant six cd’s, six 45 tours, un livre, un poster et bien d’autres “goodies”, limité à 3500 exemplaires dans le monde. Plus d’infos sur www.ninjatunexx.net


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