Gravenhurst : Bon pied bon œil

Nick Talbot, le leader de Gravenhurst, a livré une étrange prestation dominicale sous la boule à facettes du Botanique. Programmé en solo, le binoclard de Bristol en a profité pour laisser filtrer l’ombre d’un nouvel album. Il n’attend plus que la lumière.

Le dimanche soir a un goût particulier. Ce n’est plus tout à fait le week-end et pas encore le début de la semaine. C’est un espace-temps compté qui s’égrène lentement : un instant végétatif généralement chéri par les pantouflards. Le moment, en tous cas, sied parfaitement à Nick Talbot. Un peu mou, un peu fou, le cerveau de Gravenhurst entretient ce côté flemmard. C’est que le garçon peine à donner suite à ses exploits discographiques. Il faut tout de même remonter à 2007 pour trouver trace de son dernier album (‘The Western Lands’). Pour le secouer, le sortir de sa torpeur, son label (l’éminente structure Warp Records) n’a rien trouvé de mieux que de le catapulter en ouverture des concerts de Paul Smith – le chanteur de Maxïmo Park, hein, pas le couturier anglais. Drôle d’idée…
En attendant, Nick Talbot débarque sur scène comme d’autres attendent le bus : l’air de rien. Pas pressé, détendu, il lève ses lunettes vers le public, bascule la tête et retombe sur ses pieds. Sans se stresser, il décide d’enlever ses chaussures. Le dimanche soir, en chaussettes, c’est toujours chouette.
S’il ne peut clairement faire jouer son charisme – proche du gnou bleu –, Talbot défie les lois de l’attraction dès qu’il touche sa guitare. Véritable héritier des seigneurs du folk britannique, il tricote la six cordes à l’envi et invite l’électricité à s’émouvoir de ses chansons noires. C’est sombre, certes, mais d’une classe absolue. Sa voix douce, elle, renvoie aux inflexions chaleureuses d’un Ben Gibbard (Death Cab For Cutie).

Dans l’intimité de la Rotonde, l’artiste rembobine les titres de ses précédents albums (‘Bluebeard’, tiré de ‘Flashlight Season’ ou ‘Nicole’ issu de ‘Fires In Distant Buildings’) avec, à chaque fois, un mot d’explication à l’attention du public : « Ce morceau date de 2004, celui-ci de 2005 et le prochain de 2007… Je ne sais absolument pas pourquoi je vous indique les années de publication de mes albums », s’interroge Nick Talbot comme pour s’excuser de débarquer à Bruxelles sans nouvelle plaque sous le bras. Qu’importe, cette prestation reste un bon prétexte pour tester des chansons en construction. Le maigre public massé dans les tranchées du Botanique a ainsi l’honneur d’entrevoir le futur proche de Gravenhurst : ‘The Ghost of Saint Paul’, complainte éthérée aux paroles métaphoriques ou une autre chanson, au titre nébuleux, qui flaire bon le single. Quatre morceaux manqueraient encore à l’appel en vue du bouclage du prochain album.

Autrement dit : on y est presque. En fin de parcours, Nick Talbot joue le magique ‘Black Holes In The Sand’. Et, comme d’habitude, c’est impeccable.

Nicolas Alsteen

Gravenhurst – Black Holes In The Sand
[youtube M-rQLse-gl4]


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