Total Foals Forever

Il y a des jours comme ça, où l’offre est telle que choisir devient un calvaire. Entre Beach House et Caribou à l’AB, les fous furieux Atari Teenage Riot au VK, The Warlocks à la Rotonde du Botanique et Foals à l’Orangerie, tout ça ce samedi à Bruxelles, on a finalement opté pour les derniers nommés avec la première demi-heure du set des Warlocks en apéro. Et on n’a pas été déçu!

Première étape, la Rotonde qui, malgré la concurrence, est pratiquement pleine pour les psychedelic freaks The Warlocks. Mené par une ancienne roue du carrosse bancal The Brian Jonestown Massacre, Bobby Hecksher, les Warlocks naviguent dans les mêmes eaux troubles que leurs aînés, et ce depuis douze ans déjà. Titres linéaires, rythmique monolithique et brouillard d’électricité, la formule est connue mais n’en est pas moins directement efficace. On n’aura pas l’occasion d’approfondir, mais la mise en bouche avait bon goût.

De l’autre côté, l’Orangerie attend avec impatience les Anglais de Foals. Découvert à Dour à l’été 2008, Foals nous avait laissé une forte impression: groupe soudé, maîtrise technique et créativité débordante, Foals mettait du Can dans son post punk et on attendait depuis la suite avec beaucoup d’intérêt. Elle est venue en début d’année avec «Total Life Forever», album impressionnant par son ambition et sa recherche sonore mais qui pêchait peut-être par un manque de relief et de variété dans le propos. Foals avait tenté son «Kid A», et n’avait que partiellement convaincu. Sur scène, l’histoire est différente.

Dès les premières notes de ‘Blue Blood’, on sent que ça va être du lourd. Le public est chaud et le groupe, on se répète, a une maîtrise technique haut de gamme. Aucun riff saturé ici, les deux guitares sont jouées à la manière funk, la basse est omniprésente, ronde, toujours en mouvement. Foals habille ses titres de touches créatives, trouvailles sonores, riffs décalés, breaks… Quitte à perdre un peu de leur instantanéité. Mais l’intensité que dégage Foals sur scène vaut tous les tubes instantanés. D’autant que les chansons se révèlent dans l’exercice du live: ‘Miami’, ‘Total Life Forever’, ‘Cassius’ issu du premier album… Complexes et entraînantes.

La machine est sur les rails, intraitable et puis, au milieu du set, paf!, le son basse lâche et noie tout le reste. La musique devient bouillie sonore et le concert baisse logiquement d’intensité. Concert terminé en bouillabaisse? Que nenni! Foals décide alors de sortir son joyau ‘Spanish Sahara’, titre tout en langueur et tension retenue qui remet les choses à leur place, c’est-à-dire très loin devant la concurrence. La fin du set et le rappel seront une véritable démonstration de free-rock où les fantômes de Can, de Talking Heads et de Radiohead se marient dans une furie punk. Et on reste là, bouche bée devant tant d’assurance et de maîtrise. Et on se dit qu’on ferait bien de courir réécouter «Total Life Forever».

Didier Zacharie

Foals, Spanish Sahara

Journaliste lesoir.be

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3 commentaires

  1. Thibault Debehogne

    28 novembre 2010 à 19 h 32 min

    Et bien j’ai vraiment du passer à coté de quelque chose car j’ai pour ma part été fort décu de ce concert !! 3ème fois que je les voyais et de loin la moins bonne !!
    Celui de The National dimanche passé c’était autre chose (même si dans un style différent), une vrai claque là par contre!!!

  2. Olivier

    29 novembre 2010 à 8 h 45 min

    Excellemment traité!

    Quelle force tranquille que ce groupe, quelle puissance! On sent qu’ils ont du mal à retenir les démons de l’impulsivité pour s’en tenir à cette retenue, cette délicatesse magistrale.

    Yannis Philippakis, le chanteur, a d’ailleurs fini par péter son câble, comme momentanément dépassé par une tension intérieure qui crevait les yeux depuis les premiers accords de “sang bleu”.

    Une impression de violence et de nervosité contenue qui s’est avérée au moment de la session synchro batterie-tambour. Le début d’un coup de gueule sans doute adressé à la technique en milieu de concert, largement pardonné par un retour libérateur. Un concert inoubliable!

  3. Red Socks

    29 novembre 2010 à 11 h 30 min

    Spanish Sahara valait à lui seul le déplacement. Quelle claque !

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