Blues power

Alors qu’il réédite les albums de son Blues Explosion, humiliant les trois quarts de la production actuelle sur le terrain d’un rock’n’roll, le vrai, qui sent le sexe, la bière et l’animal, Jon Spencer a mis Heavy Trash pour quelque temps au placard et décidé de reprendre la route avec ses vieux apôtres Judah Bauer et Russell Simins histoire de prêcher la bonne parole et de foutre le feu avec sa musique du diable.
Bonne nouvelle. Pour chauffer le Depot, ancien cinéma louvaniste transformé en salle de concerts, mister Spencer and co ont débauché (bien qu’il n’a pas besoin d’aide dans ce domaine) l’Experimental Tropic Blues Band. Ce n’est pas la première fois que les trois Liégeois ouvrent pour tonton Jon mais la date est un peu particulière. Fin février, les Tropic s’en iront enregistrer leur troisième album à New York dans le studio de Matt Verta-Ray et c’est Jon Spencer himself qui se chargera de la production. « On a eu l’occasion de faire connaissance.
Il a vraiment l’air motivé. Il a écouté notre soundcheck, bondi sur scène dès qu’il était terminé pour inspecter notre matériel. Et on a eu l’occasion de bouffer ensemble. Il est speed mais cool. Il se dit même prêt à nous prêter quelques unes de ses grattes. »
Un set d’une petite demi-heure, ça laisse à peine le temps de se sentir à la maison. Mais comme d’habitude remontés à la grosse clé, Boogie Snake, Dirty Wolf et Devil D’Inferno démarrent au quart de tour. L’occasion d’entendre trois nouveaux morceaux dont deux assez punk d’esprit. Les titres restent provisoires. Yeah Yeah Yeah, Wohoho… Et puis Burger. The Best Burger in town… Inspiré par le trip (et le régime draconien) des Tropic à Austin pendant South by Southwest. « Désolé. C’est une première partie. Il n’y aura pas de bite électrique. » De toute façon, il fait un temps à ne pas mettre une « electric dick » dehors. Puis l’électricité est ailleurs. Dans l’air. Ca fait une plombe que le Blues Explosion n’a plus joué chez nous (son dernier album, Damage, remonte à 2004). Et surtout dans les enceintes. Les premiers morceaux exceptés, le gig claque comme une méchante fessée de Rocco. Maquillage ? Teinture ? Crème ? Botox ? A 45 balais, Spencer ne prend toujours pas une ride et il en va de même pour sa musique nourrie aux mamelles tutélaires du blues et du rock’n’roll. Au rockab des studios Sun, au psychobilly du Gun Club et des Cramps et forcément quand on s’appelle le Blues Explosion à la musique des pionniers.
Il y a des journées sans bagnole. Avec les Tropic et Spencer, l’homme aux jambes élastiques (moins qu’avant mais élastiques tout de même), c’est la soirée sans bassiste. Water Main (The Jon Spencer Blues Explosion/Crypt Style), Afro (Extra Width), 2Kindsa Love (Now I Got Worry), Magical Colors (Acme), Burn it off (Damage)… La setlist traverse toute la discographie des New-Yorkais… Bellbottoms (Orange) fout la niaque pour quinze jours et une reprise du My War de Black Flag agite le drapeau à damier. La course est gagnée. La guerre aussi.
Julien Broquet


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