Gruff Rhys : Super curieux animal

Récemment invité par Gorillaz sur les terres synthétiques de ‘Plastic Beach’, le cerveau foufou des Super Furry Animals poursuit ses aventures solitaires et propulse ses précieuses mélodies au top de la pop. De passage à Bruxelles ce jeudi soir, Gruff Rhys a chanté. Et enchanté.

Gruff est partout et nulle part : présent sous le halo lumineux du Botanique, mais ailleurs. Quelque part dans sa tête, loin dans la forêt, l’échalas gallois est là pour nous ouvrir la porte de son‘Hotel Shampoo’, nouvel album génial et truculent, bourré de chansons à siffler sous la douche.
En fait, depuis qu’il sillonne le monde pour défendre sa musique, Gruff Rhys tient à jour une curieuse collection de flacons de shampoing, tous glanés dans les chambres d’hôtels qui jalonnent ses tournées. Archives d’une vie nomade, ces petits objets lui inspirent aujourd’hui un disque… Sur scène, l’artiste impose d’abord sa voix : chaînon manquant entre Damon Albarn et Jarvis Cocker. Car, avec du recul, on se dit que la Britpop tenait essentiellement à cet incroyable podium : Blur, Pulp, Super Furry Animals. N’en déplaise aux autres concurrents, ces trois là ont largement survolé les débats.
Prétexte idéal pour présenter les nouveaux morceaux (dont les excellents ‘Shark Ridden Waters’, ‘Sensations In The Dark’, ‘Sophie Softly’ et ‘Rubble Rubble’), le concert est jalonné d’humour et d’interventions décalées. Gruff Rhys soulève régulièrement de grandes pancartes par-dessus ses cheveux ébouriffés : « Applause », « Thank You », « Conservation Conversation ». On a souvent l’impression de participer à l’enregistrement d’un talk-show mené tambour battant par un animateur détraqué. Et, forcément, c’est prenant. Entre ses chansons, l’artiste comble les temps morts par des histoires abracadabrantes, des fables farfelues racontées dans une langue proche de celle de Shakespeare. L’anglais gallois, c’est un peu comme le français québécois. On comprend, mais pas tout.
Ici (‘Pwdin Wy 1’) et là (‘Pwdin Wy 1’), le natif d’Haverfordwest revient sur son premier album solo (‘Yr Atal Genhedlaeth’) et s’épanche dans son dialecte national, mélange improbable de néerlandais et de suédois (!).
Pop, léger, sanglé de guitare et de piano, le répertoire est ponctuellement traversé de bruissements d’oiseaux : grand bavardage animal orchestré depuis un curieux mange-disque. Un gilet de sauvetage sur le dos, l’artiste achève son concert au rythme d’une longue et sinueuse cavalcade psychédélique. Fameux spécimen, Gruff Rhys est assurément une espèce à protéger. Pour l’intérêt de la musique et la préservation d’un énigmatique patrimoine biologique.

Nicolas Alsteen

Gruff Rhys – Shark Ridden Waters>


commenter par facebook

répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>