Aloe Blacc et la soul do-ré-mi facile

Propulsé sur la corniche du star-system par la grâce d’un tube interplanétaire (‘I Need A Dollar’), Aloe Blacc s’est imposé dans les dernières longueurs de 2010 avec un album de soul pur jus (‘Good Things’). Sur scène, dans une AB pleine à craquer, le chanteur a répondu présent. Un peu trop facilement…


Voilà des mois que son single s’insinue dans notre quotidien. Au réveil, dans l’autoradio, au supermarché, dans le métro, impossible d’y échapper : ‘I Need A Dollar’ est partout. Hey, hey. Oui mais, Aloe Blacc vaut (bien) mieux qu’un single. Dans un registre soul, les chansons de son dernier album s’agitent dans l’air du temps avec une agilité héritée du passé. Les âmes de Sam Cooke et Marvin Gaye traversent son oeuvre. Pourtant, lundi soir, sur les planches de l’Ancienne Belgique, Aloe Blacc a trop souvent contourné la case soul pour chercher le plus grand dénominateur commun. Que voulez-vous ? On ne se refait pas. Le garçon est un séducteur et, tout naturellement, il cherche à plaire.

Chapeau noir sur la tête, costume blanc sur le dos, le Blacc se la joue crooner et embrasse son concert de la plus belle manière. ‘Hey Brother’ ouvre la danse et envoie les oreilles promener dans les rues d’Harlem. On est là, sur les traces de Shaft et, surtout, d’Isaac Hayes. Charmeur et érudit, l’artiste enchaîne avec le sentimental ‘You Make Me Smile’ et une jolie reprise du Velvet (‘Femme Fatale’). Jusque là, rien à dire, Aloe Blacc a mis le public dans sa poche. Mais, à force de charmer et d’essayer d’emballer, quelques trous vont se former…

Là où son disque mène la soul à la baguette et impressionne par sa cohérence, le concert tend à s’effilocher à l’aune d’un éclectisme illusoire. Épaulé par d’impressionnants musiciens, dont un batteur qui ressemble furieusement à Stromae, Aloe Blacc emmène régulièrement ses chansons vers d’autres contrées : rock, reggae, salsa ou hip hop. Si ‘Miss Fortune’ et ‘I Need A Dollar’ réveillent encore les ardeurs, ailleurs, le chanteur anesthésie le coeur de ses chansons. Les jams se multiplient et, en bout de course, l’ennui menace (en cause la reprise dispensable de ‘Billie Jean’ et l’insupportable ‘Rico’).

Heureusement, en bon dragueur, Aloe Blacc remet les pendules à l’heure avec l’ultime ‘Loving You’. L’art de terminer par une déclaration d’amour. Ou comment raviver la flamme et ressusciter l’envie. Car le garçon nous fixe un prochain rencard le 30 juin, sur la plaine de Rock Werchter. Espérons juste qu’on se retrouve…

Nicolas Alsteen

Set list

Intro
Hey Brother
You Make Me Smile
Femme Fatale
Green Light
Good Things
Miss Fortune
If I
Politician
I Need A Dollar
————-
Billie Jean
Rico
Loving You


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6 commentaires

  1. marcos

    30 mars 2011 à 13 h 42 min

    “Chanteur érudit , musiciens impressionnants”

    Je rêve où l’on a pas la même échelle des valeurs ?

  2. Nicolas

    30 mars 2011 à 13 h 50 min

    pour ma part, j’ai été scotché par la reprise de Billie Jean, justement !
    En revanche en effet, Rico était plutôt dispendable…
    C’est plutôt sur les jams que je me suis emballé, et j’ai bien aimé les résonances cubaines et reggaes.

  3. Bruno

    30 mars 2011 à 14 h 10 min

    Ôtez moi d’un doute, est-ce que l’auteur de cet article était vraiment dans la salle ?

    Moi, j’y étais.

    C’est un Aloe Blacc en grande forme que j’ai vu, entendu, dégusté… Billie Jean était tout simplement fantastique dans sa reprise.

    Si vous n’aimez pas la soul, c’est votre choix, laissez alors la plume à quelqu’un d’autre.

  4. Didier

    30 mars 2011 à 14 h 45 min

    Cher Bruno,

    Je reprend la plume laissée.

    j’aurais quelques objections à votre commentaire. Tout d’abord selon vous il faudrait se dispenser d’écrire dès lors que l’on adhère pas à la performance de l’artiste. Vous conviendrez que votre conception de la critique est singulière.

    Plus intriguant: à vous croire ne pas aimer Mr Blacc ce n’est pas aimer la soul. Ce que j’ai vu ce soir là était fade et mièvre. En comparaison aux performances de cette année de Sharon Jones, Lee Fields, Charles Bradley, … dire que ce monsieur pratique de la grande soul c’est faire passer des vessies pour des lanternes. C’est du bubblegum bande FM.
    Monsieur Alsteen est resté très policé dans sa critique, pour ma part j’aurais été plus cinglant: première partie inaudible, artiste à la galerie de mimiques horripilantes, musiciens anesthésiés et slows sirupeux.

    Ceci dit longue vie au blog !

  5. Asseu

    30 mars 2011 à 17 h 38 min

    Bien dididier !

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