Nirvana ou la fin d’un autre paradis

Il y a dix-sept ans, le 7 avril, qu’on apprenait la mort de Kurt Cobain. Dix-sept ans (ou plus) qu’on n’a plus 17 ans. Revoici l’article d’évocation publié par Le Soir à l’occasion du décès du leader de Nirvana.

Depuis ce 4 mars dernier où Kurt Cobain a été retrouvé raide sur le sol de sa chambre dans un hôtel de Rome par son épouse Courtney Love, les spéculations allaient bon train sur l’état de santé physique et mentale du
chanteur de Nirvana.
Craquant en plein milieu de la tournée européenne, en s’envoyant un cocktail de somnifères et de champagne, Kurt Cobain s’était retrouvé une trentaine d’heures dans le coma. Cet épisode ne faisait que conforter le sentiment général à l’égard du chanteur de Nirvana.
« Si c’était à refaire, je crois que je serais allé à l’école des rock-stars déclarait-il en octobre 1993 aux « Inrockuptibles » J’aurai passé mon bac de chanteur à succès pour apprendre. Pour m’habituer aux réalités de cet univers tellement différent de ce que je m’imagineais lorsque j’habitais Aberdeen ».
D’une fragilité maladive, Cobain n’a jamais su digérer et assumer une gloire soudaine à laquelle il n’était pas préparé. Kurt, simple fan de punk-rock – enfance sans histoire, sans cris, ni coups, comme dans Sesame Street. – a découvert la musique avec Buzz, son pote guitariste de son groupe favori, les impressionnants Melvins, à l’époque où les deux lascars passaient leurs journées à boire des coups et à parler musique.

Des trouducs aux manières de ploucs
Après avoir rencontrré Krist Novoselic, les deux zouaves peuvent commencer à turbiner. Un premier simple, « Love Buzz », cover du groupe hollandais Shocking Blue (qui avoisine les dix mille francs belges si vous parvenez à mettre la main dessus), est enregistré en 1988 pour le compte du label de Seattle Sub Pop. Un an plus tard et pour la modique somme de 21.000 francs, Nirvana enregistre son premier album « Bleach ».

Bientôt Kurt et Krist sont rejoints par un jeune batteur, Dave Grohl. Roulez tambours, sonnez trompettes, Geffen les signe, sous les judicieux conseils de Sonic Youth, pour près de neuf millions de francs et « Nevermind » connaîtra le succès que l’on sait.
Album imparable – un des dix meilleurs albums rock de tous les temps – il arrive au bon moment et au bon endroit pour une jeunesse américaine amorphe et frustrée par les dégâts occasionnés par les années Reagan/Bush. Le single « Smells Like Teen Spirit » cartonne à mort et se retrouve porte-parole d’une génération. En août 1991, Nirvana ouvrait le Pukkelpop à dix heures du mat’. Tous les gens qui auront croisé le groupe, totalement inconnu à l’époque, auront été surpris par leur côté adolescent en goguette. Les trois zigues avaient même été jusqu’à uriner dans le seau à champagne du groupe Ride, présent également à l’affiche. « On avait pas mal déconné ce jour-là », nous confiait, amusé, Krist dans les douches du Vooruit, le 23 novembre 1991. A Gand donc, où « Nevermind » était déjà au top, les places au marché noir avoisinaient les cinq mille balles, et Kurt Cobain, croisé dans les loges, n’était visiblement pas dans son assiette.
Après, c’est devenu du délire. Seattle a été bombardée ville grunge et Nirvana chef de file du mouvement en question. Une mode, des fringues achetées pour des clopinettes, une attitude, une musique, un son et même un film « Singles » sont nés de ce mouvement. Fantastique pied-de-nez à l’industrie musicale, le méga-succès de la bande à Cobain a ouvert les portes des groupes (beaucoup plus vieux qu’eux d’ailleurs), comme Soundgarden, Alice In Chains ou Pearl Jam. Iggy Pop, parrain grungy qui avait commandé une chanson à Kurt Cobain résumait à merveille le Big Bang déclenché par Nirvana. « Je vais vous dire ce qui m’a plus chez eux : un groupe anonyme formé par une bande de trouducs dans une ville pourrie déboule dans le salon du rock par la porte de service et s’impose à tout le monde avec des sales manières de ploucs, sans faire la moindre concession de style et sans mendier son succès » déclarait l’iguane, toujours aux « Inrockuptibles ».

Si tu renies l’amour, tu n’es qu’un branleur.
Après l’interminable tournée dans la foulée de « Nevermind », le groupe calme le jeu et les rumeurs continuent d’alimenter le mythe.
Marié à la turbulente chanteuse de Hole, Courtney Love, Kurt s’est soudain senti responsabilisé par son statut de père. Née le 18 aout 1992, Frances Bean (en hommage à Frances Framer l’actrice qui fut brisée par le business et internée dans un hôpital psy), semble redonner la pêche à Kurt. Mais le journal Vanity Fair casse à nouveau la fragilité du bonhomme. Dans une interview, Miss Love avouait avoir pris de l’héro pendant sa grossesse. Démentie ensuite, l’affaire a été très lourde à gérer.
Avant la sortie d’ « In Utero », Nirvana a sorti une collection d’inédits sous le nom d’ « Incesticide », enregistré un 45t avec Jesus Lezard et Cobain a également enregistré un single « Priest They Called Him » avec William Burroughs.
On ne reviendra jamais assez sur la noirceur des textes du dernier album. « In Utero » qui aurait dû s’appeler « I hate myself and I want to die » prend aujourd’hui une nouvelle dimension. Sur toutes les photos publiées à l’époque, Cobain a l’air désespérément triste et fuyant. Cultivant un humour noir plus que viscéral, Cobain avait posé pour le photographe Youri Lenquette, le canon d’une carabine de gosse dans la bouche. Il répondait également à de rares interviews – à Sidney – avec un revolver en plastique.

Si son geste contribuera à en faire une légende (on peut s’attendre à des films, des bouquins et autres récupérations opportunistes se moquant bien de la vraie tragédie d’un mec qui se flingue en laissant une femme et une gamine), ce personnage attachant qui quitte la vie à 27 piges croyait énormément à l’amour. Si tu renies l’amour, la paix, la fraternité parce que ces termes ont des connotations hippies déclarait-il en 1992, tu n’es qu’un branleur. Je comprends que l’on puisse simplement renier l’amour par nihilisme, parce que tu as trop d’amour dans ton cœur et que ton cœur est brisé. Définitivement brisé aujourd’hui. So long, Kurt.

Philippe Manche


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11 commentaires

  1. Tribal Bubble

    6 avril 2011 à 13 h 45 min

    Son suicide est la meilleure chose qu’il ait fait pour le rock… Je ne le regrette pas

  2. Tommy_Gun

    6 avril 2011 à 13 h 53 min

    Incesticide sorti par Geffen mais sans vraiment l’accord de Nirvana me semble-t-il.

    17 ans plus tard, il n’aurait même pas tenu jusque 27…

  3. Noah

    6 avril 2011 à 15 h 16 min

    C’est un peu raté ce blind test.

  4. C.Pt

    6 avril 2011 à 15 h 32 min

    quel souci, Noah?

  5. Baron

    6 avril 2011 à 16 h 34 min

    oui gros soucis! Le lecteur ne laisse parfois pas le temps de répondre, il change de chanson après une demi seconde, parfois on n’entend même pas la chanson.

  6. C.Pt

    6 avril 2011 à 20 h 10 min

    C’est le principe d’un blindtest : réactivité, rapidité. On a mis dix secondes de délai d’écoute et de réponse. C’est trop peu?

  7. Baron

    7 avril 2011 à 6 h 43 min

    non non ici il y a vraiment un problème, je ne parviens même pas à savoir quel morceau passe puisque je ne l’entends pas. Et puis certains titres restent à peine 1 ou 2 sec, tu n’as pas le temps de sélectionner le titre.

  8. via

    7 avril 2011 à 8 h 07 min

    Trop facile! 5/5 du premier coup… Qu’est ce que c’était bien Nirvana, tout de même!

  9. Bleach

    7 avril 2011 à 9 h 14 min

    Grand groupe, chouette initiative ce quizz !
    Il ne faut pas oublier le mythique unplugged qui a surpris pas mal de monde et qui est sorti sous la pression des fans.

  10. Noah Dodson

    7 avril 2011 à 12 h 45 min

    Ça plante à la troisième question, le morceau ne charge pas et on a donc pas le temps de l’entendre avant que ça ne passe à la quatrième.

  11. Location Espagne

    11 avril 2011 à 10 h 54 min

    Pas vraiment de talent ce groupe, donc pas de regret non plus….

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