Nuits Botanique: co(s)mique Sufjan Stevens

Mon dieu, petit Jésus et toute la bande là-haut… c’était quoi, ce truc ? Un happening déconstructiviste ? Un défilé de mode dans lequel ne manquait que la résurrection du short cycliste ? Une mise en abyme d’un fumeux concept kitsch ? Une ode barrée aux forces du cosmos, traversée par les affres médicales qui ont saisi l’intéressé ? Une chose est sûre : la prestation de Sufjan Stevens au Cirque Royal, hier en ouverture des Nuits Botanique, ce n’était pas juste un concert !

Au vu des images collectées à Paris, on s’y attendait un peu, notez bien. N’empêche : c’est loin, la dernière fois qu’un artiste nous avait ainsi mis en scène sa folie, promis au public de l’emmener dans une autre galaxie avec ses chansons, des chansons parlant de la vie et de la mort, des organes du corps humains ou du système nerveux, des lois élémentaires de la physique (action/réaction) ou de la décorporation !

Le décor est planté d’emblée, dès « Seven Swans » : Sufjan Stevens et son groupe (pléthorique) apparaissent derrière un écran translucide, un peu à la manière de Fever Ray/The Knife, mais sur un ton autrement plus barjot. Avec ce titre d’ouverture, il joue les anges tombés du ciel, paire d’ailes dans le dos incluse ! Sur « Too much », ce sont ses deux choristes qui exécutent une chorégraphie limite ridicule (et il y en aura d’autres) accompagnées de rubans comme on en utilise en gymnastique rythmique.

Pour un peu, on se laisserait noyer dans cette grandiloquence parfois de pacotille, où le dayglo et le glow in the dark dégoulinent, le fluo foisonne, les gadgets et les paillettes scintillent. Même le banjo mélancolique fricote avec les voix trafiquées comme au plus beau de la pop eighties. Tout ça masquerait l’essentiel : ce garçon est traversé d’éclairs de génie quand il cherche des mélodies, tout comme il est doté d’une jolie voix qui fait des merveilles quand elle ne s’accompagne que d’une guitare acoustique ou d’un piano (« Heirloom », « The owl and the tanager »).

Seulement voilà… Sur un ton mi-amusé mi-sérieux, il explique à quel point il s’était laissé emprisonner par la formule folk couplet/refrain/couplet ces dernières années. Comment aujourd’hui il préfère s’abandonner à la création dans des compositions avant tout basées sur des sons. Et de finalement nous proposer la biographie de Royal Robertson, sans oublier de nous entretenir de la schizophrénie de cet Américain méconnu. Mais foin d’ironie : l’œuvre de ce représentant de l’art brut (ou outsider art), au carrefour de la sf et du mysticisme, a une influence majeure sur celle de Stevens, et on en découvre de larges pans le temps de ce concert, notamment sous forme de projections, mais aussi dans les thèmes qu’il décline. Et d’enchaîner avec un « Vesuvius » particulièrement saisissant…

A trois chansons près, c’est tout l’album The age of adz qui y passe. Les tripotages électro sont plus discrets, s’effacent même parfois au profit de cuivres à la limite de la dissonance. Le symphonique « Impossible soul » est donc aussi de rigueur ce soir, et au moins aussi longuement que sur le disque. Ce plat de résistance, qui sera l’occasion d’un nouveau défilé de strass et de phosphorescence, mais aussi d’un lâcher de ballons multicolores sur la sucrette électro que constitue la partie trois, s’achève sur un ton plus acoustique qui fait du bien.

La dernière note s’évanouit… Des applaudissements nourris éclatent : dans les gradins du Cirque, on se lève comme un seul homme pour une standing ovation. La boulimie sonore a fait de nouveaux convertis ! Le contraste qu’amènent les rappels n’en est que plus grand : toute la troupe s’est dépouillée de son look Tron du pauvre et nous replonge à trois reprises dans l’album Illinois. Qui restera l’une des pierres angulaires de l’œuvre d’un artiste très insaisissable, capable de chanter sous un casque de Sauron post-moderne comme accompagné d’une seule guitare et de ne pas se démonter quand, dans le calme retrouvé, un foutriquet fait péter l’un des ballons tombés plus tôt. Bienvenue sur la planète Stevens !

Didier Stiers
(Photos: Sylvain Piraux)

Setlist
1. Seven swans
2. Too much
3. Age of adz
4. Heirloom
5. I walked
6. The owl and the tanager
7. Vesuvius
8. Get real get right
9. Enchanting ghost
10. I want to be well
11. Futile devices
12. Impossible soul

Rappels
13. Concerning the UFO sighting near Highland, Illinois
14. Casimir Pulaski day
15. Chicago

Sufjan Stevens, à propos de Royal Robertson


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6 commentaires

  1. Guismo

    11 mai 2011 à 7 h 17 min

    Quelle claque ce concert!! A part sur cet “Impossible Soul” complètement inbuvable, il a réussi à me faire aimer le kitch et oublier les mini choré un peu cheap. Très content qu’il ait puisé 3 titres dans All Delighted People et surtout oublié The BQE :-)

  2. bob

    11 mai 2011 à 9 h 50 min

    Mon dieu, tout va être bien fade après ce majestueux concert.

  3. pfff

    11 mai 2011 à 17 h 10 min

    l’article est incroyable

    faire la liste des chansons
    être “étonné” que quelque chose d’autre se passe qu’un simple bande qui fait une suite de chansons…

    c’est ne vraiment pas comprendre ce qu’il se passe actuellement… eh oh, faut se réveiller… le vieux trucs du band qui fait des tubes et passe à la télé, c’est fini !!!!

    les artistes créent des spectacles !!! eh oh, youhou…tu comprends ??? des gens aussi bons que stevens et qui font des très bons spectacles, il y en a BEAUCOUP !!!! faut arrêter de faire les étonnés, ou alors faut changer de métier, ou ne parler que de bande FM…

    et aussi, les jugements aussi sûre que “la pierre angulaire d’un artiste insaisissable”, c’est FINI ! ok ? fini !! punt an de lijn

  4. ds

    11 mai 2011 à 22 h 43 min

    @pfff: you make my day !

  5. Corto

    12 mai 2011 à 6 h 40 min

    @pfff, pas la peine de s’exciter de la sorte, tout le monde sait que les rock critiks du soir sont des grabataires

  6. chris

    12 mai 2011 à 7 h 43 min

    Pourquoi insulter ce journaliste qui ne fait que son boulot de critique ?
    J’ai adoré ce concert malgré certains moments un peu longuet ou dispensable. Mais je peux comprendre que ce faux foutoir n’est pas été apprécié.
    Arrêtons de croire qu’il n’y a qu’une vérité.

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