Grant Lee Buffalo donnait hier au Cirque Royal son cinquième concert en quinze ans. Une soirée tournée vers le passé, entre plaisir réel et malaise avoué, qui pose question: Cela vaut-il vraiment la peine d’aller voir des groupes reformés?

C’est toujours avec un sentiment mitigé qu’on retrouve un groupe fraîchement reformé. D’un côté, il y a ce plaisir réel de revivre en live les chansons de sa jeunesse; de l’autre, ce plaisir est toujours accompagné d’un sentiment de malaise quant au parti pris nostalgique. En d’autres termes, nos souvenirs ne risquent-ils pas d’être mis à mal à la vue de quadragénaires bedonnant – voire chauves – s’adonnant à un best of sans grande imagination? La question – en plus de celle des raisons qui ont poussé à cette reformation – se pose à chaque fois qu’un groupe ressurgit de nulle part. Et hier soir n’a pas fait exception à la règle.

Pour son cinquième concert depuis 1996 (dans sa formation originale), Grant Lee Buffalo a offert à ses vieux fans ce qu’ils étaient venu chercher: un peu de leur jeunesse. En terme de set-list, cela s’exprime par la quasi-totalité des deux premiers albums («Fuzzy» et «Mighty Joe Moon», sortis en 1993 et 1994). Soit du matériel d’excellente facture, qui a très bien surmonté l’épreuve du temps. La grande idée de Grant Lee Buffalo avait été de mêler les genres populaires au début des 90′s, à savoir le grunge et le phénomène unplugged, tout en baptisant leurs compositions dans les racines blues et folk de la musique américaine, élément central qui permet à ces chansons de faire mieux que tenir la route aujourd’hui.

Plaisir réel de réentendre ces titres, donc et néanmoins malaise devant cette machine à remonter le temps. D’autant qu’après seulement cinq concerts, les mécanismes sont encore un peu rouillés et ces quelques dates font clairement office de tour de chauffe. A décharge du groupe, l’organisation ne lui a pas donné tâche facile. Pourquoi, en effet, faire jouer Grant Lee Buffalo dans un Cirque Royal aux places entièrement assises? (Résumons: la semaine dernière, Agnes Obel jouait dans une Orangerie pleine aux places debout, hier Grant Lee faisait cracher les amplis face à un parterre assis dans une salle non remplie… Vraiment?). Ajoutez à cela un jeu de lumières digne d’un concert de Michel Delpech et on comprendra qu’il n’était pas évident pour le trio de retrouver l’atmosphère adéquate pour recréer le lien avec le public.

Mais l’important est peut-être ailleurs, dans ce plaisir non feint que les trois Californiens montraient à jouer de nouveau ensemble sur scène et à retrouver leurs fans. Alors, cette reformation?… Qu’ils aient besoin d’argent, c’est fort probable. Que le concert fut tourné vers le passé, c’est évident. Mais laissez-les reprendre leurs marques, enchaîner quelques tournées, voire enregistrer un nouveau disque et la nostalgie, on s’assoira dessus. Grant Lee Buffalo est un groupe qui mérite d’être redécouvert, et c’est ce qu’on retiendra de cette soirée.

Didier Zacharie

Grant Lee Buffalo, America Snoring live @ Cirque Royal, Bruxelles, 21-05-2011
Grant Lee Buffalo, Mockingbirds live @ Cirque Royal, Bruxelles, 21-05-2011
Grant Lee Buffalo, Fuzzy live @ Cirque Royal, Bruxelles, 21-05-2011

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Commentaires

2 réponses à “La nostalgie, camarade!”

  1. DaveM, le 23 mai 2011 8 h 19 min

    Assez d’accord avec la critique même si chez moi le plaisir de réentendre ces morceaux a largement pris le dessus sur un éventuel malaise.
    Le groupe avait visiblement l’air content d’être là, les chansons tiennent encore parfaitement la route quelque 20 ans plus tard…preuve s’il en est que les albums Fuzzy et Mighty Joe Moon sont de très bons albums…

  2. michel, le 24 mai 2011 9 h 15 min

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