John Lydon : « Le monde est fou ! »

L’ancien chanteur et parolier des Sex Pistols remonte sur le ring avec PIL. Même sans la formation originale, le répertoire du groupe de John Lydon reste résolument moderne. Entretien téléphonique exclusif avec un drôle d’oiseau.

How are you Belgium ? » C’est par ces mots que nous accueille l’ancienne figure de proue des Sex Pistols lorsqu’il décroche le téléphone à son domicile de Los Angeles. Il sera évidemment beaucoup question de Public Image Ltd, au cours de la conversation qui va suivre. Des Sex Pistols, aussi. Du punk et même du Mahatma Gandhi. John Lydon est un homme étonnant.

L’an dernier, Public Image Ltd clôturait en beauté le festival belge Les Ardentes. Nous étions plus d’un à être surpris par la modernité de votre répertoire. Quand vous avez créé le groupe, après la disparition des Sex Pistols, vous aviez l’ambition de composer une musique intemporelle que certains ont d’ailleurs décrite ensuite comme de l’avant-garde ?

Je suis même délibérément opposé à cette terminologie d’avant-garde. J’ai écrit des chansons qu’on pourrait qualifier de philosophiques et d’émotionnelles. Sur des aspects intimes de ma personnalité, sur des choses que je devais apprendre à gérer. Je concède que nous avons trouvé le son approprié à ce panel d’émotions. Public Image a toujours essayé d’offrir et de présenter un portrait précis de la vie.

Nous découvrions un monde merveilleux de sons dans lequel, apparemment, personne n’allait se frotter. C’est sans doute pour cela que nous avons obtenu cette musique qui résiste au temps. J’ajouterai que pas mal de groupes d’aujourd’hui sont reliés à Public Image. Même Michael Stipe essaye de chanter comme moi.

D’où vient le sentiment que la musique de PIL peut fonctionner indépendamment des textes, comme une bande originale d’un film ?

Parce que nous essayions d’y décrire la vraie vie. Chaque chanson prenait, ensuite, des proportions cinématographiques. Notre musique peint des paysages dans votre esprit. Je pense que c’est ce que la musique est censée faire. Nous n’avons pas besoin d’un jeu de lumière hallucinant avec des danseurs et vingt personnes sur scène.

C’est la musique et les émotions en premier. Et nos concerts, un moment de partage. Beaucoup de chansons de PIL peuvent, à juste titre, je pense, être considérées comme anti-musicales. Lorsque vous devez gérer les émotions humaines, les règles sont inutiles. Ce n’est pas rien d’utiliser sa propre tristesse, sa propre force ou sa propre joie. En évitant de se limiter à un seul format musical.

Quelle est l’influence du cinéma sur la musique de PIL ?

J’ai toujours aimé les musiques de films. J’ai toujours été admiratif de voir comment une musique pouvait si bien fonctionner avec des images. C’est une expérience émotionnelle essentielle au bon fonctionnement du film. Les mots ont parfois du mal à communiquer, à parler d’eux-mêmes. Mais quand je parviens à combiner les mots, la musique et les images, je suis probablement le plus heureux des hommes. Je ne suis pas quelqu’un qui est toujours pleinement satisfait de sa vie.

Je vais vous donner un exemple. Pas un exemple creux et superficiel. Un exemple qui a de fortes résonances en moi. J’ai écrit Death Disco à la mort de ma mère. J’ai perdu mon père il y a deux ans. En chantant Death Disco lors de notre dernière tournée, je pensais plus à mon père qu’à ma mère.

Aujourd’hui, je me rends compte que la chanson était autant applicable au décès de mon père qu’à celui de ma mère mais avec un contexte différent. Si une chanson peut faire cet effet-là, c’est qu’elle est bonne pour moi. Quand je suis revenu de tournée, c’est ma belle-fille Ari Up (fondatrice des Slits-NDLR) qui est décédée d’un cancer. Qui sait si je ne penserai pas à elle la prochaine fois que je chanterai cette chanson.

Autant les morceaux des Sex Pistols étaient courts et concis, autant ceux de Public Image sont longs et expérimentaux…

Public Image représente un autre aspect de mon personnage. J’ai toujours aimé lire et écrire. Jamais je n’ai imaginé qu’un jour je me retrouve derrière un micro. Découvrir que j’étais capable d’écrire des chansons a été une véritable révélation. Dans des proportions quasi religieuses. J’avais enfin trouvé ma place sur terre.

On termine par trois questions d’internautes, si vous voulez. Ben souhaite savoir les trois livres qui ont changé votre vie ?

Macbeth de Shakespeare. Alors qu’à l’époque, je considérai la poésie comme quelque chose de ridicule, j’adore aujourd’hui les poèmes de Keats ou de Ted Hughes. J’ai beaucoup aimé les Chroniques de Bob Dylan, que j’ai trouvé très divertissant.

Jean-Michel vous demande si le monde d’aujourd’hui n’a pas besoin d’un nouveau mouvement musical comme le punk ?

Il est aujourd’hui de plus en plus difficile de définir ce qu’était le punk. Le punk est une bataille permanente contre la complaisance et l’apathie. Et contre la corruption, aussi. Ce que j’aimais le plus dans les premiers jours du punk, c’était l’extrême variété des groupes.

Fanch se pose la question de savoir si nous sommes vraiment foutus ?

Il y a toujours de l’espoir. Ce n’est pas parce que les indices sont inquiétants, que la radioactivité s’échappe d’une centrale japonaise et que des fanatiques posent des bombes, qu’il faut baisser les bras.

La vie est un apprentissage permanent. Gandhi a prouvé en Inde que la résistance pacifique pouvait fonctionner au point d’avoir eu raison de l’empire britannique. Mais c’est vrai, le monde est fou !


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2 commentaires

  1. Mr Wang

    27 mai 2011 à 11 h 17 min

    Une chose qu’on ne peut reprocher à Lydon, c’est d’être malhonnête! Un mec “cash” qui a toujours dit ce qu’il pensait, même à l’époque des SP. Ceci dit, venir dire que Stipe copie sa manière de chanter, c’est quand même très gros!

  2. Leslie Bangs

    31 mai 2011 à 9 h 21 min

    Mouais …

    Je doute de la sincérité du personnage. Surtout après avoir vu les Sex Pistols, il y a deux-trois ans aux Lokerse Feesten. Ce concert était pathétique. Et il était clair que le nom des Sex Pistols est surtout ressorti pour faire du fric.

    Par contre, musicalement, je reconnais que PIL est nettement mieux que les précités …

    Pour les amateurs de punk 70′s (de manière très large), je conseille l’ouvrage de référence “Please Kill Me”, qui remet bien l’église au milieu du village. Cultissime!

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