Primavera, jour 1

Comme tous les ans à cette époque, les plus beaux noms du rock indé posent leurs affaires à Barcelone pour le Primavera Sound. A l’affiche cette année, Grinderman, PJ Harvey, Animal Collective, Mogwai, Interpol, The National, Fleet Foxes, ou Pulp dont c’est le retour après dix ans. C’est parti.

Véritable supermarché du rock indé que le Primavera. Situé à l’est de la ville, dans un immense parc industriel en bord de mer, le festival est un molosse de huit scènes qui accueille une centaine de milliers de spectateurs chaque année. On se rend compte d’emblée que des choix draconiens devront être fait tant les scènes sont éloignées et la foule est dense. Impossible de picorer des sons ici et là sous peine de tout louper des concerts. On ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre, comme disait la crémière.

C’est aussi ce que doit penser John Lydon, perché sur la haute scène. «Come on Barcelona, this is fucking terrible!» Johnny Pourri n’est pas content. Depuis trois-quart d’heure qu’il s’égosille tel un muezzin disco-punk, rien n’y fait, il ne sent pas l’audience. PiL a beau ferrailler sur un tapis kraut-dub de façon quasi non stop, la majorité du public est surtout occupée à trouver un quelconque breuvage par ces temps de disette, le système de caisse étant bloqué en ce début de festival. Reste que pour les plus motivés, le post-punk à la Public Image, quelque part entre Neu! et Primal Scream, est hypnotique et impeccable… pendant vingt minutes. Après, on se lasse un peu de n’entendre que la basse. Même This Is Not A Love Song est passée à la visseuse. On ira chercher des mélodies ailleurs.

C’est pas vraiment chez Grinderman qu’on risque de les trouver les plus claires, mais la bande à Nick Cave fera parfaitement l’affaire. En fait, elle fera bien mieux que ça. Même derrière vingt mille personnes, Grinderman nous dévisse la tête. Présence chamanique, énergie primaire, explosions garage punk ou blues des cavernes, Nick Cave et ses sbires prouvent à tous qu’on peut avoir cinquante ans passés et mettre la pâtée à quiconque ose s’approcher. Et porter le costard comme un roi! Grandiose et classe.

Plus loin, beaucoup plus loin, Interpol tente (déjà) de retrouver de sa gloriole. Las, tout ce qu’il y avait chez Nick Cave est inexistant chez les New Yorkais (quoique ils portent assez bien le costume) qui semblent avancer en pilotage automatique. Et on passe ce concert comme on traverse une grande plaine morne et humide. Sans aucune colline pour modifier l’horizon. Reste quelques singles efficaces tirés des deux premiers albums. Ça sent la fin de parcours pour Interpol.

De fait, on est déjà passé à autre chose. A Suuns par exemple, qui donnent, à 4 heures du matin, le concert parfait pour cette heure coincée entre deux mondes. Hypnotique et trippante, la musique de Suuns tire le meilleur de l’électrique et de l’électronique. On est complètement transporté sur ces montagnes acides, dévalant les côtes à toute vitesse et sans frein à main. Le psychédélisme du XXIè siècle, c’est ici.

Et c’est sur ces belles notes que la première nuit du Primavera 2011 s’achève en même temps que se lève le soleil. La journée va être courte.

Didier Zacharie

Journaliste lesoir.be

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4 commentaires

  1. kozmik

    29 mai 2011 à 10 h 51 min

    Pour y avoir été l’année passée, le prix de la chope est scandaleusement élevé (ca tourne autour des 5 ou 6 euros le verre). Il faut chaque fois sortir pour aller s’offrir une crasse pinte à prix raisonnable au café qui fait le coin prés de l’entrée de métro. C’est usant à la fin.

  2. bousval

    30 mai 2011 à 8 h 19 min

    Pour y avoir été cette année, le prix de la chope est le même que dans nos festivals de guignols. On payait 4€ pour un 40/50 cl.
    Par contre, ces espagnols ne savent pas y faire en gestion de bars.
    Pour ce qui est des concerts, c’est tout simplement le meilleur qui côtoie le meilleur de bout en bout pendant l’entièreté des 3 jours. Un must, définitivement.

  3. David

    30 mai 2011 à 14 h 21 min

    Pas une ligne pour l’immense concert des Flaming Lips?
    Mais je suis d’accord sur le prix abusif du pass de 4 jours et des 4 euros par bière. De plus, je ne peux aussi être que d’accord avec l’organisation catastrophique. Je ne sais plus exactement quel jours (vendredi je crois), certains bars étaient à sec… de glaçons et whisky. C’est là que le pass Backstage prend tout son sens.

    CCL: très bonne affiche mais prix… galactiques!

  4. bousval

    31 mai 2011 à 9 h 30 min

    Donc, si je vous suis, payer 2,50€ pour un 25cl à Kiewiet ou à Dour, c’est normal. Là où payer 4€ pour un 4Ocl à Barcelone est exagérément cher…
    J’ai acheté mon pass 120€, ce qui est 20€ de plus qu’à Dour et 40€ de moins qu’au Pukkelpop et tout ça pour une affiche INCOMPARABLE (j’ai eu beau cherché, je n’ai trouvé ni Vismets, ni Snow Patrol…). Ce festival n’est pas parfait, leur gestion des bars, de l’entrée ou encore leur ssytème de paiement étaient foireux. Mais dire que c’est cher me semble faux.

    Sinon, les Flaming Lips étaient grands, tout comme les Walkmen d’ailleurs. On va essayer de faire une chronique de tout cela sur notre blog assez rapidement !

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