Primavera, jour 3

Au troisième jour, on a nos repères, nos habitudes (le stand de nouilles thaï où c’est meilleur et la file est moins longue) et on gère bien mieux les débordements d’excitation. Et puis, des forces nouvelles nous ont poussés pendant la nuit. De leurs côtés, nos amis catalans sont surtout préoccupés football en ce samedi de finale de la ligue des champions.

Dès l’aube (c’est-à-dire à 18h45), on se dirige vers le site pour les jolies jeunes femmes de Warpaint qui donnent un concert très convaincant. La tâche n’était pourtant pas aisée à cette heure, mais la new wave psychédélique des Californiennes passe à merveille, tout en douceur et bizarerries, et confirme tout le bien qu’on pensait déjà de l’album.

Plus délicate encore est la tâche de Fleet Foxes. Qu’on ne nous méprenne pas, on aime le folk des prairies vertes. Mais le folk des prairies vertes sur la grande scène de cet empire de béton qu’est le Primavera, avant 20h, c’est trop tôt, trop grand et surtout pas assez. On aurait plutôt vu la bande à Robin Pecknold du côté de la scène Pitchfork, tranquillement installé sur les escaliers qui donnent sur la mer Méditérannée, tiens, mais les planches sont prises par un certain Gonjasufi. L’ami Gonja qui nous refait le coup du Botanique, à savoir une bouillie sonore en guise de concert à deux mille lieues des mélodies envoûtantes de son album. Bouillie qu’il semble pourtant considérer comme une performance artistique de haute volée. Sacré Gonja, toujours à déconner!

Quitte à se laisser aller devant une performance, on ira plutôt du côté des Allemands d’Einsturzende Neubauten. Mené d’une main de fer par Blixa Bargeld, ancien bras droit de Nick Cave dans les Bad Seeds, Neubauten définit à lui seul la notion de musique industrielle depuis trente ans dans un style: ma chère, vous reprendrez bien un peu de solo de visseuse? Non? Un roulement de poubelles en fer? Une petite rythmique de bar à mine? Le plus fou dans cette affaire, c’est que ça sonne vraiment bien! Précisons tout de même que les Berlinois ont recentré le propos depuis leurs débuts en abandonnant le marteau-piqueur – ça faisait vraiment pas sérieux. Trêve de déconnade (Gonja, vous encore?), Neubauten maîtrise complètement son sujet, à tel point qu’on se met à regretter qu’il n’y ait pas plus de laisser aller et que le parti pris performance, donc, empiète un peu sur l’élément physique de la musique.

Retour sur la grande scène où PJ Harvey doit donner la messe. D’une beauté victorienne dans sa longue robe blanche, les plumes dans les cheveux, Polly est pleine de confiance dans ses nouvelles chansons (elle a raison). C’est donc en très grande majorité dans «Let England Shake» qu’elle puisera ce soir. Et c’est un peu dommage. Car si on adore la PJ et son dernier album, ce n’était peut-être pas le choix de setlist le plus évident pour un si grand festival sur une si grande scène devant une si grande foule (on doit pouvoir facilement entasser 15-20 000 personnes devant cette scène…). Mais à Dame Polly on est prêt à tout pardonner. Et les quelques extraits de «To Bring You My Love» et «Is This Desire?» qu’elle nous offrira prouveront qu’on a eu raison.

Beaucoup se dirigent ensuite vers la scène Llevant, à deux kilomètres de là (on vous dit que qu’il est immense ce site!) où Mogwai se prépare pour le décollage. Les pauvres, s’ils savaient! Car il n’était nul besoin d’aller si loin, le concert du jour, et peut-être même du festival, c’est à côté, à la Ray-Ban qu’il s’est déroulé. Et ce concert, c’est Swans qui l’a donné. Quelques mois après leur performance à l’AB, les vétérans new yorkais ont une nouvelle fois démontré à quel point la musique peut s’emparer de notre corps et en faire ce qu’elle veut. Swans joue fort. Très fort. Du coup, chaque décibel est une décharge électrique, chaque coup de caisse claire fait l’effet d’un uppercut. La tension qui se dégage de ces lentes montées de bruit blanc est à un niveau rarement atteint. On se perd complètement. Et Michael Gira fait de même sur scène. Il hurle et se tord comme un shaman en transe qui retrouve le cri primal et ses hurlements deviennent les nôtres. On ressort de cette expérience à genoux, comme régénéré. Swans n’avait plus tourné depuis 14 ans. Son retour est une chance à ne pas manquer.

Là-dessus, on quitte une dernière fois le Parc du Forum. Entre temps, le résultat du match est tombé. On découvre ça dans le métro, où la fête s’est déplacée. Les footeux en maillot blaugrana se sont donnés rendez-vous sur toutes les places de la ville et ils crient, chantent et dansent leur joie à en faire trembler le train. Barcelone a gagné. Comme à chaque fois.

Didier Zacharie

Journaliste lesoir.be

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2 commentaires

  1. eaulivier

    1 juin 2011 à 6 h 34 min

    On est bien d’accord concernant la troupe de Gira. Ils détruisent toute la concurrence…

  2. f.

    25 mai 2013 à 19 h 06 min

    Ah ok j’ai rien dit, ahah mea culpa. Et ouais, Swans en live, c’est plus qu’une tuerie. C’est une Expérience de rencontre avec l’Absolu, l’absolument Autre. C’est monstrueux. Rien n’est comme ça.

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