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Blake à part

Se souviendra-t-on de la décennie comme de celle où le dubstep a rencontré les chanteurs de pub ? » s’interrogeait, désobligeant, Geoff Barrow de Portishead il y a quelques mois sur Twitter. Dans son collimateur, James Blake. Surdoué de 23 ans accusé de commercialiser cette musique électronique par essence underground. Comme tous les mecs qui tapissent un jour les murs du métro et font la couv des magazines, a fortiori londoniens, James Blake n’a pas que des amis.

Gonzales dont il a repris le « Limit to your love » (écrit avec Feist) l’attaque ouvertement sur scène et dans les médias. Le Londonien n’en est pas moins l’une des nouvelles coqueluches de l’Angleterre avec une musique bien moins formatée que les squatteurs de charts habituels. Une espèce de post-dubstep néo-soul. « J’ai découvert le dubstep à l’âge de 19 ans et j’ai craqué. Même si je tiens à créer des sons que je n’ai jamais entendus, le dubstep m’a beaucoup inspiré. J’adore ce que font un Digital Mystikz ou un Skream. En fait, je suis bien plus intéressé par les artistes que par un genre quel qu’il soit. »

Fils unique, et contrariant, d’un guitariste et d’une designer graphique à succès, James commence le piano à six ans et enregistre ses premières chansons à huit. Il passe par Latymer, une école pour les gamins talentueux.

Et étudie la musique populaire à Goldsmiths. Très tôt, il écoute des tas de pianistes venus du jazz et du classique. « Erik Satie reste mon préféré. Pour son élégance excentrique. Sa beauté étrange. Sa musique est à la fois simple et complexe. Une vraie personnalité s’en dégage. J’aime aussi beaucoup un Art Tatum. Il peut sembler intimidant mais il était en avance sur son temps. Derrière les ornements, il y a un type qui joue de la musique calme et splendide. Par contre, en tant que compositeur, j’aurais du mal à choisir entre Erroll Garner et Joni Mitchell. Elle a un truc de Satie dans ses mélodies. Les harmonies ont toujours un sens. Aucune note n’est superflue. Elles soutiennent toutes sa voix. Ce que je recherche. »

Il n’y a pas grand monde dans la pop pour séduire James avec un piano. « Il est trop souvent utilisé comme de la saccharine, » glisse-t-il tout en louant le Bastard du rappeur terroriste Tyler The Creator.

Comme lui, Blake impose le respect et respire l’indépendance. « Je n’aime pas les ordinateurs sur scène, avoue-t-il. Je me demande toujours déjà ce qui va se mettre le premier à foirer. Il y a de l’anxiété derrière tout ça. Mais je suis aussi dérangé par leur côté occulte. Quand tu vois un mac, tu te demandes toujours ce qui en sort et ce qui vient vraiment des musiciens. C’est irritant je trouve en tant que spectateur de ne pas savoir si tu entends un batteur ou une machine. Pendant mes concerts, tout est joué en live. Je veux éviter que les auditeurs se méprennent à la vue d’un ordi. »

Sur son premier album, James Blake reprend une vieille chanson de son père : « Where to turn ».

Musicien do it yourself, toujours resté à l’écart des labels, gros ou petits, James Litherland fut selon le fiston l’un des premiers en Angleterre à posséder son propre studio et à gérer seul sa musique. Sa principale recommandation ? « Fais tout toi-même et assure-toi que personne ne fourrera son nez dans ton disque. Je n’ai jamais voulu monter un James Blake show mais je suis fan d’un Stevie Wonder qui jouait de plein d’instruments et semblait contrôler sa musique. » Ce James Blake semble saint d’esprit. Amen.

Album : « James Blake » (Universal).

Jeudi, 19h50 à 20h50, Pyramid Marquee.

JULIEN BROQUET

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