Manu Chao était au Rivierenhof à Anvers

ANVERS CONCERT MANU CHAO   POUR LE SOIR  PHOTO DOMINIQUE DUCHESNES

Absent des scènes belges depuis quatre ans, Manu Chao était en concert chez nous. En formation serrée, le leader de Radio Bemba a régalé un public d’enfer. Nous en avons profité pour faire un brin de causette avec un artiste plus passionné que jamais.

Il est un peu plus de minuit et toute la troupe de Manu Chao termine le repas avec une salade de fruits rouges. L’ambiance est détendue. « On a passé une super soirée, c’était un beau public », concède l’ancien chanteur et guitariste de Mano Negra. Quelques minutes plus tard le chanteur et musicien, très zen et serein, nous invite dans sa loge à tailler le bout de gras.

Quelle est la genèse de cette nouvelle tournée en petite formation ?

Au départ, c’est Madjid (NDLR : le guitariste) et moi parce qu’on a joué très souvent à deux. Ensuite, on a ajouté un batteur et nous avons tourné à trois l’an dernier. Et là, Gambeat (NDLR : le bassiste de Radio Bemba) est de retour avec nous parce qu’il nous manquait. Ce n’est pas Radio Bemba qui s’est dégraissé, mais l’idée du trio m’intéressait. Il n’y a rien de plus stable qu’une chaise à trois pieds.

Votre dernier concert belge remonte à octobre 2007. Ce n’est pas parce qu’on ne vous voit pas que vous restez inactif. Vous avez quasi passé l’an dernier en tournée en trio. Que retenez-vous de cette expérience ?

C’est exigeant physiquement mais ça nous a bien aiguisé. À trois, tu te retrouves à poil. Nous avons essentiellement tourné en Amérique du Sud, au Japon, en Espagne aussi et nous avons fait une très belle tournée en Europe de l’Est en avril dernier ainsi que la côte Ouest des Etats-Unis. C’était mortel.

On imagine aisément que tous les programmateurs des festivals du monde entier rêvent d’avoir Manu Chao à leur affiche. Comment choisissez-vous de jouer à un endroit plutôt qu’un autre ?

Notre tournée, on la monte trois mois à l’avance alors que les gros festivals ont besoin de leurs têtes d’affiche six mois plus tôt. On ne peut pas leur dire oui. Pourquoi ? Parce qu’on ne veut pas programmer notre vie six mois ou neuf mois à l’avance. J’ai mon rythme de vie, je ne peux pas adapter ma vie au rythme des festivals. Je comprends leurs exigences mais moi, j’ai les miennes.

Nous fonctionnons de trois mois en trois mois. C’est notre rythme. Nous gagnons ainsi en mobilité. Et on a l’immense chance, et je les remercie partout dans le monde, d’avoir un public au rendez-vous. Notre public, c’est notre force. Ça fait dix jours que nous sommes en tournée et c’est énorme partout.

Comme toujours…

Oui, c’est vrai. Comme toujours. Et nous, on donne tout ce qu’on a à donner et ça se passe magnifiquement.

Alors que l’industrie musicale est en crise et bien que vous êtes sous contrat avec une firme de disques, vous mettez gratuitement sur votre site internet votre album « Sibérie m’était contée » ou le disque avec La Colifata, cet hôpital psychiatrique de Buenos Aires qui soigne les patients via la radio. Vous réfléchissez à d’autres moyens pour diffuser votre musique ?

La Colifata, c’est ce que j’ai fait de mieux. Bien sûr, il y a la barrière de la langue mais pour moi, c’est du Prévert en argentin. Pour le moment, je ne me pose pas la question de savoir comment ma musique va sortir. J’ai le plaisir de jouer. Et d’enregistrer parce que j’enregistre beaucoup de morceaux. Ce qui ne veut pas dire que je ne m’enfermerai pas dans un studio, quand j’aurai le temps, avec quelqu’un pour mixer toutes les chansons qui sont dans mon disque dur.

Votre agenda professionnel est bouclé jusque fin septembre. Et ensuite ?

On a envie de retourner en Asie, en Océanie, il y a plein de pays qui nous appellent.

Même si vos concerts sont festifs, il émane de votre répertoire beaucoup de mélancolie. Elle vient d’où ?

Je ne sais pas. Ça doit être quelque chose que j’ai en moi. Qui a toujours été là. Sur la scène, c’est toujours un peu effacé par l’énergie. Mais c’est clair qu’il y a quelque chose de mélancolique dans mes chansons. Dans les textes, c’est évident. Il y a quelque chose d’aigre-doux.

Vous venez de fêter vos 50 ans d’une vie dont 30 passées sur la route…

Je n’ai pas envie d’arrêter. Je ne suis pas gavé. Si je l’étais, ça ne serait pas négatif pour autant. Ça me permettrait peut-être de faire autre chose comme des études de chiropracteur. Je me sens complètement en phase avec ma musique. C’est ma passion. Et la passion, ça prend beaucoup de temps. Ça te vole ta vie, ta passion.

Être en tournée, c’est génial pour écrire. Sur la route ou après les concerts. J’aime bien ce qui sort mais j’évite de m’enfermer trop longtemps en studio. Tu finis par perdre la notion des choses. J’ai appris avec le temps à prendre du recul. Si j’ai un conseil à donner aux jeunes musiciens, c’est ça. Prendre du recul.

Manu Chao

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www.manuchao.net et www.lacolifata.org

PHILIPPE MANCHE

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