Jamie Cullum Jumpin’ Jazz Flash

Au Brussels Summer Festival le 15 août, au lendemain d’une autre prestation attendue au Middelheim, Jamie Cullum donnera ses seuls concerts belges de l’année. Avis aux fans et aux amateurs d’un jazz… très remuant !
Qu’est-ce qu’on verra et entendra le 15 août à Bruxelles ?

Je n’en sais trop rien. Je me décide quand je suis sur scène. Je n’ai jamais de setlist… Bien sûr, je devrais jouer quelques chansons de mon dernier album, mais pour le reste, c’est ce qui me passe par la tête au moment même.

Vous n’avez jamais de setlist ?

Non ! Enfin, sauf quand je joue avec un orchestre, là, les musiciens ont besoin de savoir… Mais j’aime cette liberté.

C’est quoi le plaisir ?

Cela veut dire que vous laissez le show respirer, je dirais. Vous n’êtes pas lié par quelque chose que vous reproduiriez tous les soirs, vous vous autorisez à fonctionner avec votre cœur et votre sensibilité.

On ne voit jamais deux fois le même Jamie Cullum, et vous, vous n’êtes jamais lassé par ce que vous faites…

Non, mais c’est fatigant en même temps, épuisant ! Mais ça veut dire aussi que sur scène, chacun est plein d’énergie, parce qu’il veut savoir quelle chanson arrive ensuite.

C’est fatigant, de devoir se réinventer tous les soirs ?

Je me mets énormément de pression en cherchant à ne pas me répéter. Enormément ! Quand vous avez une setlist, c’est un petit peu comme si vous disposiez d’un filet de sécurité, un parachute. C’est bien, dans le sens où alors, sur scène, vous êtes relax et vous avez la possibilité de créer. Mais être trop à l’aise est un piège, parce que vous retombez toujours sur les mêmes bons vieux « trucs ». Et là, vous devenez un acteur, vous jouez votre plaisir d’être sur scène et de faire de la musique pour le public. Le plaisir qu’on peut percevoir sur mon visage vient du fait que je ne sais pas ce qui va se passer ensuite. C’est plus excitant pour la salle : les spectateurs voient quelque chose de vrai.

Vous vous demandez parfois ce qu’on aime, dans ce que vous faites ?

Oui ! Enfin, disons qu’il y a dix ans, je m’inquiétais un petit peu plus de tout ça. Je me demandais pourquoi les gens viendraient me voir, ce genre de questions névrotiques. Vous savez, je ne suis pas le meilleur pianiste, je sais que je ne suis pas le meilleur chanteur non plus, ni le meilleur auteur. Mais je sais aussi que je combine beaucoup de choses, et que je les fais avec beaucoup de passion. Je pense que les gens aiment voir quelqu’un qui aime ce qu’il fait.

L’improvisation est essentielle ?

C’est l’essence même du processus créatif. Les chansons naissent de l’impro, c’est pour moi la seule manière d’écrire. Je ne me réveille jamais le matin avec une mélodie en tête. Je vais toujours m’asseoir au piano, à la batterie, ou je prends ma guitare, et en jouant, quelque chose arrive.

Vous jouez donc également de la batterie ?

Très, très mal. Mon batteur peut en témoigner !

Vous travaillez aussi avec votre frère…

Oui, c’est un musicien extraordinaire, un auteur de talent, et il m’aide à recentrer mes idées. Partager ses idées avec les personnes qui vous entourent suppose beaucoup de confiance. Une idée peut paraître banale à quelqu’un et aboutir à « Hey Jude », vous voyez ? Ce qui veut dire que vous jouez d’abord pour des gens qui ont l’esprit ouvert. Si quelqu’un vous dit « bof », vous risquez de passer à côté de la meilleure idée que vous avez jamais eue.

Quand est-elle née, cette passion dont vous parlez ?

Elle a toujours été là. Je me souviens être devenu obsédé par le fait de jouer de la musique à l’âge de 14 ans environ. C’est assez tard, mais j’ai toujours été passionné par la musique. J’ai d’abord été auditeur avant d’être pratiquant. Je me définirais d’ailleurs plus comme un auditeur.

C’est alors que vous avez flashé sur Herbie Hancock ?

J’ai découvert Herbie au travers de la musique qu’il jouait dans les années 70, quand il s’est plus tourné vers ce funk électrique. J’écoutais beaucoup de hip-hop, de funk, d’acid jazz. Et Head hunters, en 1973, s’est inséré pile dans ce que j’aimais à l’époque. A partir de cette découverte-là, je suis retourné en arrière dans son œuvre. Ce type était un aventurier, à mes yeux, pas du tout tourné vers une musique confortable. Sa virtuosité me fascinait. A neuf ans, la virtuosité musicale me fascinait déjà, mais c’était celle de Megadeth. J’enclenchais toujours l’avance rapide pour arriver plus vite aux solos de guitare. J’aimais ça.

Et un jour, vous avez essayé de reproduire ces solos de guitare sur un clavier de piano ?

Non, j’ai surtout d’abord passé beaucoup de temps à la guitare. C’est mon premier instrument. Vous savez, je pense qu’il y a un lien entre le fait d’aimer le heavy metal quand on est jeune, et puis d’être attiré par le jeu rapide quand on entend du jazz pour la première fois.

Les fans de métal savent-ils qu’ils pourraient aimer le jazz ? Autrement dit, les ados devraient-ils un peu plus écouter du jazz ?

Je ne pense pas qu’il faut dire aux kids ce qu’ils doivent écouter. J’ai découvert le jazz par moi-même, et c’est pour ça que je l’aime autant. Idem pour le piano et la guitare, personne ne m’a forcé. Pour aimer une chose, il faut la découvrir. On peut vous montrer, vous donner des exemples, mais… En tout cas, je suis sûr que plus de gens aimeraient le jazz qu’ils ne le pensent.

Vous écoutez quoi, quand vous n’êtes pas en tournée ?

Un peu de tout. Beaucoup de musique électronique, de la pop, du bon gros rock, de la musique classique, du rap… Beaucoup de nouveautés, aussi. Toutes les semaines, je fais le tour de ce qui sort. Je suis obsédé par les nouveautés.

Qu’est-ce que tout ça vous apporte, finalement ?

La musique est la seule chose sur laquelle je peux me focaliser seul. Aujourd’hui, avec nos téléphones, nos télévisions, nos ordinateurs, il devient difficile de se concentrer sur une page de livre, ou sur un article de journal. C’est tellement vrai que les articles de journaux ont tendance à se réduire, histoire d’être sûr de conserver l’attention du lecteur. Avec la musique… tant que c’est bon, je n’ai besoin de rien d’autre. Un casque, peut-être… Et une pile de vinyles. J’aime les vinyles, mais j’aime aussi avoir accès à l’histoire de la musique d’une simple pression du doigt, ce qui n’est pas vraiment sain, mais je suis de ceux qui à l’époque, patientaient quatre semaines pour avoir ce qu’ils avaient commandé au disquaire. Alors que c’est extraordinaire de découvrir un artiste que vous ne connaissiez pas, comme Skip Spence, et pouvoir ainsi entendre tout ce qu’il a fait.

Vous travaillez sur un nouvel album ? « The pursuit » date d’il y a deux ans…

Oui, je travaille sur un nouvel album, que j’espère terminer à l’automne. J’aimerais pouvoir vous en dire plus, mais je suis toujours en cours d’écriture. Je pense que le son sera un peu plus « ciblé » que le précédent, qui est quand même assez varié. Mais je suis toujours en train de travailler au piano… Et du coup, il est bien trop tôt pour jouer de nouveaux morceaux en concert.

Propos recueillis à Coutances par DIDIER STIERS

« Quelle setlist ? » Ne ratez pas une minute de Super Jamie…

Arrivez quelques minutes en retard à un concert de Jamie Cullum, et vous ratez déjà l’une des pirouettes de ce showman de poche. Le 3 juin dernier, au festival Jazz sous les Pommiers, à Coutances, l’Anglais était debout sur son piano à queue : la première des deux prestations qu’il devait donner dans cette petite cité de Normandie venait à peine de commencer… pour le plus grand plaisir du public !

Qu’on ne s’y trompe pas, Jamie, qui signa la musique du Gran Torino d’Eastwood, n’a rien d’un puriste du jazz. « Je ne sais pas si c’est ça que je fais ou autre chose », avoue-t-il à l’entame de « Just one of those things », le standard de Cole Porter. Il bouge, plaisante, s’ébouriffe les tifs, multiplie les solos et s’aventure même dans les hits et « Please don’t stop the music » – oui, c’est du Rihanna ! –, fait l’objet d’un traitement crooner et se clôture sur un peu de beatboxing.

Arrivez en retard et vous louperez peut-être aussi ce performeur au visage de gamin – « J’ai 31 ans ! On croit que j’en ai 17, mais… Vous auriez dû me voir à 17 ans, j’avais l’air d’un fœtus ! » – partant se fendre d’un autre classique au beau milieu de la foule, traînant derrière lui tout son groupe. A Coutances, c’était : « You and the night and the music ».

Passez carrément à côté de cette deuxième de ses deux dates belges (il est le 14 août au Jazz Middelheim), et vous n’aurez jamais l’occasion de choisir comment un artiste termine son concert. « Vous voulez quoi comme final ? Court, ou façon show ? », demande-t-il au public normand. Avant une dernière pirouette, entre gospel et Jerry Lee Lewis !

DIDIER STIERS


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