Your song 6# : Born in the USA, Bruce Springsteen

Un vieux cowboy au visage buriné et à la bouche pleine de dents se tient debout derrière un pupitre. Les premières notes de « Born in the USA » retentissent, il lève les deux bras et la foule est en délire. Nous sommes en 1984, dans l’euphorie des années Reagan, et surtout en pleine élection présidentielle. Reagan sera réélu dans un fauteuil. Dire que le Gipper, le tricheur, surnom de Reagan, doit sa réélection au tube de Bruce Springsteen est aller un peu vite en besogne, mais le son et l’image sont à jamais associés, au grand dam de Springsteen.

Car le succès planétaire de Born In The Usa est basé sur une terrible méprise. Il faut en effet passer les 4 premiers mots pour se rendre compte que cette chanson, dont le refrain résonne comme un hymne à l’Amérique triomphante, est tout sauf une déclaration d’amour à la nation américaine ! Elle dresse le portrait  peu flatteur d’un pays qui délaisse ses « héros ».
La chanson  évoque, à la première personne, la situation d’un vétéran du Vietnam moins de 10 ans après la fin du conflit. Une situation loin d’être confortable, la chanson prend dès lors un tour très ironique.

L’homme, originaire d’un trou perdu « a dead mans town » a connu le malheur dès son arrivée sur terre, « The first kick I took was when I hit the ground ». Tout ça pour finir comme un chien trop battu, qui passe le restant de sa vie à essayer de ne plus prendre de coups, « You end up like a dog that’s been beat too much Until you spend half your life just covering up ».

Il a été pris dans une bagarre en ville, « a hometown jam », et on lui a laissé le choix, la taule ou l’armée pour aller tuer du jaune au Vietnam, « kill the yellow man ».

Il a eu la chance d’en revenir entier, mais il ne trouve pas de boulot. Le chef de la raffinerie lui dit « Son, if it was up to me », fils, si ça ne tenait qu’à moi… Il se souvient alors d’un camarade, un frère qui lui, n’est pas revenu, « The Vietcong, they’re still there, he’s all gone ». Ca fait maintenant 10 ans qu’il est sur les routes, « I’m ten years burning down the road, Nowhere to run, ain’t got nowhere to go » avec nulle part où aller.

Alors entendu comme ça, pour le patriotisme, on repassera. Mais la plupart des Américains, dans un aveuglement collectif qui force l’admiration, ne l’ont pas entendu de cette oreille. Ils n’ont pas voulu comprendre le message du Boss, qui déclarait encore en 2002 : « J’ai chanté cette chanson pour dénoncer les conséquences de la guerre du Viêt Nam, aujourd’hui  je la chante pour la paix. » Mouais… Dans cette chanson, Bruce Springsteen ne retient du Viet Nam que les pauvres soldats américains qu’on a laissés livrés à eux-mêmes. On ne l’a pas vraiment entendu  se plaindre du sort réservé par ces soldats aux millions de Vietnamiens bombardés, brûlés ou exécutés dans leurs propres villages. Que ce soit dans ses chansons ou dans ses prises de position politiques, Springsteen  ne s’intéresse au fond… qu’à l’Amérique…

Bruce Springsteen – Born in the USA live Paris 1985

Born down in a dead man’s town

The first kick I took was when I hit the ground

You end up like a dog that’s been beat too much

Until you spend half your life just covering up

Born in the U.S.A., I was born in the U.S.A.

I was born in the U.S.A., born in the U.S.A.

Got in a little hometown jam

So they put a rifle in my hand

Sent me off to a foreign land

To go and kill the yellow man

Born in the U.S.A. . . .

Come back home to the refinery

Hiring man said, “Son if it was up to me”

Went down to see my V.A. man

He said, “Son, don’t you understand”

I had a brother at Khe Sahn

Fighting off the Viet Cong

They’re still there, he’s all gone

He had a woman he loved in Saigon

I got a picture of him in her arms now

Down in the shadow of the penitentiary

Out by the gas fires of the refinery

I’m ten years burning down the road

Nowhere to run, ain’t got nowhere to go

Born in the U.S.A., I was born in the U.S.A.

Born in the U.S.A., I’m a long gone daddy in the U.S.A.

Born in the U.S.A., born in the U.S.A.

Born in the U.S.A., I’m a cool rocking daddy in the U.S.A.


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7 commentaires

  1. Andromaque Zens

    6 août 2011 à 12 h 00 min

    “Springsteen ne s’intéresse au fond … qu’à l’Amérique”; Foutaise. C’est bien mal connaître le Boss.
    Pourquoi ne pas mentionner ses actions (et le fric donné) pour aider les mineurs anglais en grève pendant des mois dans ces mêmes années 80? Ou la tournée Amnesty à laquelle il participait (85?).
    Dans ses chansons, il parle de ce qu’il connaît (c’est à dire l’Amérique), des gens avec leurs difficultés, leurs rêves, leur bonheur fragile, des histoires d’amour … la vie simplement.
    C’est un artiste. Il fait de la musique et raconte des histoires qui touchent, donnent du courage, font rire ou pleurer … c’est déjà pas mal.

    Pourquoi les articles ne sont-ils pas signés ?

  2. MarcVDS

    7 août 2011 à 0 h 41 min

    Toi tu dois pas comprendre ce qu’est la patriotisme américain!!! Faut être sur place et connaître des gens qui ont vécu la guerre du Vietnam ou autre.
    Tellement facile de critiquer un chanteur sur ses positions.

  3. otrebor

    7 août 2011 à 6 h 11 min

    Bruce a écrit cette chanson sur le sort des vétérans.Le reste serait hors sujet ici…
    Bravo cependant pour la “traduction” qui est plutôt réussie.

  4. Marco

    8 août 2011 à 6 h 59 min

    Je suis également un peu consterné par cette analyse si réductrice.
    Springsteen ne parle que de son pays? C’est un point de vue, un angle d’approche choisi.
    Reproche-ton à Zola de n’avoir parlé que de la France?
    De plus, dans des albums comme The ghost of Tom Joad ou The rising, il a également choisi comme personnages des chansons des non américains.

  5. Rens

    8 août 2011 à 10 h 56 min

    Quelle erreur dans cette dernière phrase qui critique Springsteen. Il critique le pays qu’il aime. Qui d’autre l’a fait aussi bien et de manière aussi entière? C’est absurde de critiquer le contenu des paroles d’un artiste sur le fait qu’il n’ait pas pu mettre tous les malheurs de la guerre du Vietnam en une seule chanson.

  6. Marco

    8 août 2011 à 11 h 05 min

    Quelle analyse simpliste!
    Springsteen ne s’intéresserait donc qu’à l’Amérique…
    A-t-on jamais reproché à Zola de ne s’intéresser qu’à la France…?
    De plus, The ghost of Tom Joad et The rising raconte les histoires de gens qui ne sont pas spécialement des WASP…

  7. roger

    14 août 2011 à 23 h 26 min

    Heu , comparez Springsteen à Zola…c’est pas un peu too much là ?
    Cette chanson incarne tout ce que le rock’n roll peut faire de pire ; un hymne à destination d’abrutis nourris par les fast-foods et le coca-cola . Point !

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