Condon : « L’anxiété peut me paralyser »

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Entretien Beirut et son leader Zach Condon publient « The Rip Tide », un nouvel album plus pop. Rencontre avec l’âme tourmentée d’un groupe qui sera en concert à l’Ancienne Belgique ce 14 septembre. C’est complet mais le concert est visible sur ABtv

Pour sa nouvelle livraison qui voit le délicat Zach Condon mettre un peu plus de pop dans ses mélodies d’inspirations tziganes, l’âme tourmentée de Beirut a fait le déplacement jusqu’à Bruxelles afin d’y évoquer The Rip Tide, l’album en question. Soit un disque doux et mélancolique qui voit le petit-fils du jazzman Eddie Condon signer son œuvre la plus personnelle depuis les débuts de son Beirut en 2006. Lors de la conversation qui va suivre, Zach est à l’image de son univers musical : honnête et sensible.

Vous avez longtemps été pétrifié à l’idée de monter sur scène, allant même jusqu’à interrompre une tournée mondiale. Le succès de Beirut et les salles combles vous ont-ils rendu plus confiant ?

Je ne tourne pas plus de deux semaines et demie d’affilée, je m’aménage des jours de repos entre les concerts et tout cela semble fonctionner. Je suis avec les mêmes musiciens depuis six ans. Vous pouvez vous en rendre compte en écoutant mes albums. Le premier disque était un peu trop surchargé de cuivres et aujourd’hui, les morceaux sont plus concis. Je peux revendiquer autant l’influence de Jacques Brel que de chansons funéraires mexicaines. Quoi que j’aie pu le lire, je n’ai jamais essayé d’être l’ambassadeur d’une musique ou d’une autre. D’ailleurs, je considère The Rip Tide comme un disque de pop traditionnelle.

En 2007, vous écriviez « Nantes » en souvenir de Brigitte Bardot et de son rôle dans le film de Godard « Le Mépris » et aujourd’hui, vous chantez « Santa Fe », votre ville natale. C’est rigolo, non ?

Ça m’a fait rire, effectivement. Il faut du temps pour percevoir ce que représente votre ville natale. C’est une sensation bizarre que d’y revenir. « Santa Fe » est un monologue, dans ma propre tête, sur les sensations que me procurait la ville lorsque j’étais adolescent et sur ce qu’elle représente aujourd’hui. Santa Fe est une petite ville assez unique, très isolée et, en même temps, plutôt touristique. Même si tu y grandis, tu as l’impression que la ville ne t’appartient pas. C’est impossible et c’est un peu déstabilisant de grandir en te sentant déconnecté de ta ville natale.

A l’inverse, pour un Européen, Santa Fe, tout comme Albuquerque, est une ville qui fait rêver. Vous avez aussi tendance à avoir une vision romantique de ces villes que vous ne connaissez pas ?

J’aime jouer avec cette idée de vision romantique et presque cinématographique d’une ville. J’ai conscience que beaucoup d’Européens fantasment sur Santa Fe et le Nouveau-Mexique. Pareil avec Albuquerque, ville qui sert de décor à la série Breaking Bad. Evidemment, je n’ai jamais fait partie des gangs ni de cette « drug culture » mais la représentation de la ville est très fidèle à la réalité. C’est marrant de regarder cette série parce que j’identifie toujours un endroit que je connais. J’adore Albuquerque mais c’est définitivement un endroit pour les gens qui veulent disparaître. Parce que c’est isolé, que la ville est grande et au milieu du désert. Il y a d’ailleurs beaucoup de célébrités qui vivent au Nouveau-Mexique parce qu’ils souhaitent la paix et la tranquillité. Aujourd’hui, j’habite à Williamsburg, à Brooklyn.

Autant votre musique s’est épurée au fil des ans, autant vos textes sont de plus en plus personnels. D’où vient cette mélancolie ?

Ça doit être dans la famille. C’est quelque chose que j’essaie de combattre quasi en permanence. C’est un combat intéressant – qui ne m’est pas propre, bien sûr. Le plus fou, c’est que lorsque je me mets à chanter mes textes ou à les relire, je me rends compte qu’ils sont bien plus sombres que je ne le pensais. Mon esprit est un endroit où règne l’anxiété. Une anxiété peut me paralyser. Au point que réaliser cet album a été un processus plutôt douloureux. J’avais l’impression d’observer moi-même mes angoisses. Adolescent et immature, je n’aurais jamais imaginé que mes histoires puissent intéresser des gens. Et aujourd’hui, je me demande toujours ce qui se passe dans ma tête, si c’est suffisamment universel pour en faire une chanson.

Beirut en concert (complet) le mercredi 14 septembre à l’Ancienne Belgique.

A suivre en direct sur la nouvelle mouture d’ABtv. Infos www.abconcerts.be

PHILIPPE MANCHE

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