Une journée à Brest avec Miossec

BREST FRANCE ITW DE MIOSSEC POUR   LE SOIR PHOTO DOMINIQUE DUCHESNES

Christophe Miossec ne vivant plus à Bruxelles, on est allé chez lui en Bretagne, pour voir comment il allait. Fier à raison d’un nouvel album très rock, le Brestois tient la forme. Récit d’une journée dans cette pointe du Finistère, face à la mer, où il trouve dorénavant l’inspiration.

La mer d’Iroise est calme et le ciel bleu en ce jour d’août. La rade de Brest dort tranquillement pendant que brisent le silence les marteaux-piqueurs rénovant la fameuse rue de Siam, où errent quelques touristes anglais. Le pont de Recouvrance est fermé, les embouteillages reprendront à la rentrée. Christophe vient nous chercher de grand matin à l’hôtel Vauban pour nous emmener dans son coin. Le Vauban : toute une légende dans la pointe du Finistère. Un hôtel familial encore hanté par le souvenir de Mistinguett, Léo Ferré, Juliette Gréco, Nougaro… Au sous-sol, le club très rock’n’roll où Miossec s’est souvent produit. Même qu’il remet ça ce mois-ci. Christophe nous embarque dans sa Volvo et c’est parti, direction la mer !

On traverse le quartier de son enfance, une banlieue pas trop attirante : « Les bandes des tours d’immeubles nous attaquaient. Mais à la brestoise, pas comme dans les villes du sud. Le couteau ne fait pas partie de notre culture. »

Une petite quinzaine de kilomètres plus loin, vers l’ouest, passé la rade et la pointe du Petit-Minou (« C’étaient les chats que les marins embarquaient pour bouffer les rats, avant de les relâcher là »), Christophe tient à nous faire découvrir Les mille et une lunes. Ce petit resto ouvert par son pote Daniel, chercheur à l’Ifremer, est planqué dans la crique de Penn Ar Bed, qui signifie le bout du monde. C’est la seule habitation d’un site bien connu des amateurs de surf : « Le surf breton, c’est pour les vrais tarés tellement il faut faire gaffe aux rochers, aux falaises et à la température de l’eau. Là, je n’en fais plus trop. »

En haut des falaises, là où Christophe emmène Dominique pour quelques photos face à la mer, une vue imprenable, fascinante. C’est pour retrouver cette vue tous les matins en se levant, que Christophe et Catherine ont déménagé fin août, à une encablure de leur ferme rénovée de Locmaria. Jolie la ferme avec son immense feu ouvert en pierres du pays, mais manquait la vue.

Après trois ans passés à Bruxelles, Christophe est revenu sur ses terres, pas loin de chez ses parents. Pas loin du phare de la pointe Saint-Mathieu où Catherine nous emmène voir le couvent, juste à côté du phare et du cénotaphe où se trouve la photo du grand-père de Christophe, disparu en mer durant la guerre.

Brest, ce n’est pas tout à fait la Bretagne. C’est plus que cela encore. Ce qui n’empêche pas Christophe d’avoir beaucoup de respect pour la Bretagne de Nolwenn Leroy pour qui il a écrit « Parisienne » et qui vient de sortir en single le fameux « Brest » de Miossec, qu’il fait bon entendre à la radio : « Nous, on est du port de Brest, c’est différent. Dans ma famille, ils ont tous fait les colonies, tournés vers la mer, plusieurs fois le tour du monde. Ils parlaient tous français, pas breton. Mon grand-père était ouvrier agricole et mon père, pompier et plongeur sous-marin. »

Toute la journée, Christophe n’a pas bu une goutte d’alcool, se pliant de bon cœur au « plaisir » de la bière et du vin NA (non alcoolisé). Atteint d’ataxie, une maladie orpheline du cervelet, Christophe n’a plus le choix, dixit son neurologue. S’il ne veut pas finir ses jours dans une chaise roulante, il ne doit plus toucher à une goutte d’alcool. Voilà pourquoi il a parfois besoin d’une canne pour ne pas tituber. Ironie du sort quand on pense à tous ceux qui, récemment encore, pensaient qu’il était en permanence saoul sur scène. Mais Christophe le vit bien, inspiré comme jamais. Il n’a jamais tant écrit. Il s’est remis à la natation, au kayak, à la voile… Le soleil nous réchauffe la nuque. A quelques mètres, les surfeurs s’en donnent à cœur joie. Catherine nous rejoint pour déjeuner en terrasse.

Catherine est courtraisienne. Christophe nous l’a volée. Il l’a rencontrée à Bruxelles. Attachée de presse, notre amie Catherine faisait son dernier jour chez PiaS, avant de passer chez EMI. Le soir, Christophe l’invite au concert de Juliette Gréco aux Beaux-Arts. Ils ne se sont plus quittés, pour le grand bonheur de Jeff Bodart. Aujourd’hui, elle est son manager, son bel amour : « On a quitté Bruxelles parce qu’au départ, on pensait s’installer à La Réunion où j’ai vécu. J’aime bien l’océan Indien mais ça a vachement changé. On est finalement revenus ici car Catherine et moi, on aimait le coin, ce calme. C’est aussi lié au boulot. En tournée, t’es toujours en communauté. T’as ta dose d’humanité quand tu restes des mois dans un fourgon. À côté de ça, le fait d’être non pas reclus mais tranquille, c’est bien. Je ne refais pas les bringues d’avant. Ça a beaucoup moins d’intérêt. »

Catherine s’occupe de tout, laissant Miossec se consacrer entièrement à son art. C’est grâce à elle finalement qu’il se sent aussi bien, même que ça s’entend dans ce nouveau Chansons ordinaires. Un album qui pète le feu, comme au bon vieux temps du premier Boire : « C’est un peu un disque contre la chanson française. L’idée était de se retrouver à quatre et de faire un disque ensemble, en même temps. Et que ce disque soit détesté par les mêmes personnes qui détestaient Boire. Les ayatollahs de la chanson française qui s’en font une idée très convenue et confortable. Avec Dominique A, on a essayé de reprendre tout ça à rebrousse-poil. On a ouvert la voie à plein de gens qui sont devenus institutionnels et gèrent leur grande carrière, dans lesquels je ne me reconnais pas. C’est devenu du business complet. Tu te rends compte que tout est lié à l’argent. Les mecs, aujourd’hui, prennent une guitare folk et font des chansons pour devenir connus. Dans le fond, il n’y a pas beaucoup de tripes. Ce n’est qu’un point de vue. »

On parle et le temps passe. Retour à la maison pour la sieste. On s’échange nos dernières lectures, les films vus ou pas. On s’écoute « Effluves » de Dutronc (une rareté d’un Jacques mimant des pets durant trois minutes : du Miossec tout craché). Une photo d’un Bruce Weber déchiré, une bio de Bashung… Le soir tombe, c’est l’heure d’aller retrouver la mer. Au bar de Dédette et de la crêperie d’à côté. Le soleil se couche sur la presqu’île de Crozon et, au loin, dans la brume, la pointe du Raz. Chez Dédette, les clients sont un peu saouls. Christophe, lui, est heureux. Ivre de vie et de plaisirs retrouvés.

Chansons ordinaires

Entouré d’un groupe rock et, à la production, de Dominique Brusson (refilé par son pote Dominique A qui lui aussi annonce son départ de Bruxelles pour revenir à la maison), Christophe nous revient avec onze chansons écrites comme des sketches compartimentés. Pas de chanson d’amour mais des petits portraits de la vie de tous les jours : pour les amis, le bon vieux temps, les hommes couverts de femmes… Du pur Miossec, le meilleur, vif et tranchant !

Miossec, Chansons ordinaires (PiaS). Sortie le 12/9.

En concert au Botanique le 8/10.

THIERRY COLJON

commenter par facebook

répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>