Tom Barman : « Cet album parle de ma place dans la vie »

Nous avons rencontré Tom Barman à Anvers. Il nous parle du nouveau disque de dEUS. Une vraie réussite.

ENTRETIEN

Il pleut à verse sur Anvers. C’est là, dans le centre de sa ville, que nous attend Tom Barman. Au magasin de disques vinyles Tune Up, sur Melkmarkt. Tout le groupe se partage le travail promotionnel pour ce disque qui fait déjà beaucoup parler de lui avant sa sortie, le vendredi 16 septembre. Tom tient la forme.

Après le concert aux Nuits Botanique, plutôt tourné vers le passé, on ne s’attendait pas à un disque aussi novateur pour le groupe finalement…

Oui, on m’a parlé de ces critiques à propos d’un concert sans surprise. Ça m’a irrité d’ailleurs car ce n’était pas l’idée. On venait de deux ans de studio, on voulait faire une tournée de trente concerts pour s’éclater, s’amuser, faire un peu d’argent, voyager… On n’allait pas jouer en mai des morceaux qui n’allaient sortir qu’en septembre. On en a joué trois. À partir d’octobre, il y aura des surprises. La setlist sera complètement différente.

Le nouvel album séduit par de nouvelles sonorités, des choses que vous n’aviez jamais faites avant…

Peut-être. On ne veut pas se répéter, c’est clair. Même si on avait déjà utilisé des cuivres. Mais pas de cette façon, c’est vrai. On veut se surprendre nous-mêmes. C’est la première fois qu’on a tout composé ensemble. C’est une idée que j’avais déjà eue pendant Vantage Point. Mais c’était trop tard pour le faire car j’avais déjà apporté plusieurs titres. Ce n’est pas une question de déléguer mais simplement, par exemple, l’envie de voir Alan, qui est un bassiste unique et exemplaire, jouer ce qu’il a en tête. Les arrangements pour cordes, c’est Mauro et Klaas qui s’en sont chargé. C’est chouette, non ? Mais ça prend du temps pour arriver à ce point.

Du coup, ce disque est très riche, avec des cuivres, des chœurs, des arrangements pour cordes, avec des styles variés (funky, blues, pop, rock…) tout en restant très dEUS…

Oui. C’est pour ça que neuf morceaux et 43 minutes, c’est assez. On en a encore d’autres à côté mais on les sortira comme EP, des choses plus « poppy », plus live, plus explosives, moins polies… Mais le premier pas est un album homogène.

Les fans d’Afghan Whigs sont aux anges avec ce disque et notamment la présence de Greg Dulli sur deux titres…

Je suis très fan et Greg a une voix énorme. On se connaît depuis qu’on a fait une première partie d’Afghan Whigs en 1998. On s’est ensuite croisés à des festivals. À son dernier passage à Anvers, je lui demande ce qu’il fait le lendemain. Je lui dis de passer au studio en lui disant, en rigolant, que c’est pour chanter. Il me répond qu’il serait honoré. Je n’avais pas prévu ça. Une fois chez moi, je me suis demandé quels morceaux je lui ferais écouter et sur lesquels sa voix irait bien. C’était « Twice » car il fallait monter le refrain en hauteur. Et puis, on a aussi essayé « Dark sets in ». On devait se voir au Pukkelpop…

Tu as eu des mots durs pour « Vantage Point » que tu trouves aujourd’hui trop distant… Raison pour laquelle celui-ci s’appelle « Keep you close », pour se rapprocher de l’auditeur…

J’ai dit un peu distant, dans le son. Je n’ai jamais renié cet album. Mais le son était un peu froid à mon goût. C’est ce qu’on a voulu changer. Mais ce n’est pas réparer une erreur, c’est aller ailleurs c’est tout. On a décidé de reprendre Dave Bottrill comme producteur, avec qui on avait fait Ideal Crash car on savait que ce serait un album long à enregistrer, ambitieux et lui, il a un côté très diplomate, chaleureux, gentil et ça, c’est toujours une bonne énergie dans un studio. C’est un travailleur aussi. Il a une expérience énorme et il nous connaît. Tout ça fait qu’il était le bon choix pour venir à Anvers quatre mois et Adam Noble, six mois, la durée de l’enregistrement, après un an et demi de préparation.

Les textes sont plus émotionnels, plus personnels…

C’est ce que je ressentais, oui. Parler de mes relations, de ma place dans la vie… « Constant now » parle un peu de l’hypocrisie de ma génération vis-à-vis du monde qui change et ne va pas bien. « Second nature » aussi. « Final blast » parle de ma mère. Stephany, dans « The end of romance », existe même si elle ne s’appelle pas comme ça. Ces textes ont été plus difficiles à écrire. Il faut éviter les clichés ou des trucs que j’ai déjà faits dans le passé. Je suis à la veille de quelque chose de nouveau. C’est la dernière fois que j’écris comme ça. Je ne veux pas me répéter et devenir une caricature de moi-même.

On dirait un peu qu’avec dEUS, tu te retrouves dans une position de retrait par rapport à ta mise en avant « politique » avec 0110 en 2006. Tu trouves que tu as été trop loin en tant que nouveau porte-parole ?

Peut-être. Bonne analyse. Avec le prochain album, j’irai dans une autre direction, certainement moins personnelle. PJ Harvey disait la même chose avec son dernier disque Je ne ferai peut-être pas un album de « protest songs », mais pourquoi pas un disque sur un inventeur.

Et tu retrouves le plaisir de chanter sur scène…

Oui, car tu oublies ça en restant longtemps en studio ou en voyageant. La tournée des clubs et des festivals, qu’on vient de faire, c’était merveilleux. C’est étrange comment le cerveau peut oublier de telles sensations. Donc, oui, j’y tiens.

dEUS reste un groupe de rock à l’ancienne… Un genre qui n’a plus vraiment la cote…

Oui, mais c’était déjà le cas à la fin des années 90, avec la dance. Il n’y en avait plus que pour Underworld, Prodigy, Chemical Brothers… Même Dave Grohl se demandait ce qu’il faisait avec son groupe de rock. Aujourd’hui, il est toujours là avec Foo Fighters. Je ne m’inquiéterai que le jour où les salles seront vides. Alors là, j’arrêterai. Le rock redevient alternatif, c’est bien.

Ça fait moins de pression ?

Je n’ai jamais eu besoin d’une firme de disques pour me mettre la pression. Je me la mets moi-même. Avant Ideal crash, c’était un peu plus fou. Après, il s’est passé un clic dans ma tête : faire moins mais mieux. Je n’avais plus 20 ans. Si un disque prend quatre ans, c’est bien aussi. Je suis moins stressé car le groupe me comble. Il y a moins de tension. Je suis toujours un emmerdeur car c’est dans ma nature mais dans l’ensemble, je suis un tout petit peu plus relax.

Tu deviens plus sage avec les années ?

Je fais moins la fête qu’avant mais il y a toujours des moments où ça doit éclater. Pas comme avant car ce n’est pas possible. Mais je fais toujours beaucoup de sport. Du squash, de la voile, du ski et du fitness… J’ai hérité ça de ma mère que je remercie chaque jour. Donc, je suis en bonne condition.

As-tu d’autres projets que la tournée avec dEUS ?

Avec Magnus on est à mi-chemin d’un nouvel album. Il nous faut encore cinq ou six morceaux. J’écris un scénario pour un long-métrage aussi… Mais ce n’est pas pour maintenant.

dEUS sera au Lotto Arena le 16/12 et à Forest National le 17/12. Dates de la tournée sur www.deus.be.

Sur lesoir.be, des extraits sonores de l’interview de Tom Barman.

COLJON,THIERRY


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3 commentaires

  1. Pingback: Tom en interview dans lesoir.be | dEUS-fr.net - Premier Blog francophone non officiel du groupe belge dEUS

  2. bousval

    27 septembre 2011 à 9 h 05 min

    Interview intéressante. Par contre, pour la “vraie réussite”, on n’est moins d’accord. Notre chronique de l’album est par ici : http://www.goldsoundz.be/albums/deus-keep-you-close/

  3. Pingback: dEUS dans la tempête | Le Soir | Actualités des Journaux

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