Your song #11: Fortunate Son, Creedence Clearwater Revival

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À l’heure où, en politique, il est à la mode d’être ‘un fils de’, il n’est pas mauvais de revenir sur l’un des grands classiques de la protest song de la fin des années 60, j’ai nommé l’épatant Fortunate Son de Creedence Clearwater Revival, écrite, d’après son auteur John Fogerty, en 20 minutes.

En trois couplets, Fogerty éructe de sa voix éraillée un vrai cri de rage contre l’injustice des privilèges accordés aux bien-nés, aux fils de bonne famille ou de célébrités, les fortunate sons, afin qu’ils puissent jouir d’une vie paisible à l’abri de toutes sortes de désagréments. Dont la guerre. À ce titre, il ne s’agit pas tant d’une chanson dirigée contre la guerre, du Vietnam en l’occurrence, que contre ceux qui en tirent des bénéfices.

Dès le premier couplet, il pointe du doigt ceux qui sont nés pour agiter le drapeau national (born to wave the flag), ceux qui sont pour la guerre tant qu’eux-mêmes ne doivent pas y aller. Au deuxième couplet, il sonne la charge contre les nantis à qui profite la guerre, ceux qui sont nés avec une petite cuiller en or dans la bouche. En anglais, cette cuiller est en argent et elle se trouve dans la main (silver spoon in hand). Une fortune aux origines douteuses, puisque dès que le fisc (the taxman), met son nez dans leurs affaires, il faut tout vendre, la maison se transforme une grande brocante (a rummage sale). Et pour terminer, haro sur ceux qui sont nés avec des étoiles en paillettes dans les yeux (star spangled eyes), ces patriotes toujours prompts à envoyer les autres à la guerre. Et quand on leur demande combien il faut donner, la réponse est : toujours plus (more more more). Entre ces couplets, la même rengaine, it ain’t me it ain’t me, I ain’t no fortunate son !, c’est pas moi, c’est pas moi, je ne suis pas un fils de !

On s’est longtemps demandé qui a pu inspirer un tel réquisitoire. Qui est ce fils de sénateur, (senator’s son). Les noms qui ont le plus circulé à l’époque étaient George W. Bush et Al Gore. Mais de l’aveu de Fogerty, il s’agit de David Eisenhower, petit-fils du président Dwight Eisenhower… et beau-fils d’un autre président, Richard Nixon. Dans une interview donnée à Rolling Stone, Fogerty explique qu’à l’époque où il a écrit la chanson, David Eisenhower et Julie Nixon traînaient ensemble, et qu’il avait la nette impression qu’aucun de ces gens n’allaient souffrir de la guerre du Vietnam.

Ironie de l’histoire, David Eisenhower n’est pas un fils de sénateur mais bien d’un militaire de carrière ! Alors croyons donc Fogerty sur parole, Fortunate Son a été inspiré par David Eisenhower, mais l’image du fils de sénateur devait lui sembler plus marquante que celle d’un fils de militaire. L’on peut dès lors raisonnablement penser qu’il a pensé également à Al Gore et à George Bush Jr, tous deux fils de sénateurs, tous deux millionnaires (millionaire’s son), et tous deux restés planqués bien au chaud. Comme Fogerty, qui été appelé sous les drapeaux en 1966 mais qui, de son propre aveu, a magouillé pour servir dans des unités de réserve pour rester lui aussi au pays. Ha !

Axel du Bus

Fortunate Son Creedence Clearwater Revival

Some folks are born to wave the flag
Ooh they’re red white and blue.
And when the band plays “Hail to the chief”
Ooh they point the cannon at you Lord

It ain’t me, it ain’t me I ain’t no senator’s son son
It ain’t me, it ain’t me; I ain’t no fortunate one no

Some folks are born silver spoon in hand
Lord don’t they help themselves oh
But when the tax man comes to the door
Lord, the house looks like a rummage sale, yes

It ain’t me, it ain’t me, I ain’t no millionaire’s son, no
It ain’t me, it ain’t me, I ain’t no fortunate one, no

Some folks inherit star spangled eyes
Ooh, they send you down to war, Lord
And when you ask them, “How much should we give?”
Ooh, they only answer more! more! more!

It ain’t me, it ain’t me, I ain’t no military son, son
It ain’t me, it ain’t me, I ain’t no fortunate one, one
It ain’t me, it ain’t me, I ain’t no fortunate one, no no no
It ain’t me, it ain’t me, I ain’t no fortunate son, no no no


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2 commentaires

  1. manuel defileau

    10 septembre 2011 à 15 h 29 min

    Excellent ! Le groupe hardcore Circle Jerks en a fait une reprise imparable !
    http://www.youtube.com/watch?v=SIsf28vWU0U

  2. andrei

    11 septembre 2011 à 8 h 16 min

    military son = Einsenhower

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