Le label bruxellois Crammed souffle ses trente bougies

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Fondé en octobre 1981, Crammed aura 30 ans le mois prochain. Le label bruxellois qui a découvert les Congolais de Konono Nº1 s’est aussi intéressé au Brésil, aux Balkans, à la new wave et à l’électro. Retour sur trois décennies d’aventures musicales.

Tout a commencé il y a trente ans. C’était hier. » Marc Hollander ne doit pas puiser très loin dans ses souvenirs pour retracer l’histoire de Crammed. Ces trois décennies de rencontres, d’aventures, de découvertes, en un mot de musique, l’imprègnent. En 1977, avec son pote Vincent Kenis, Hollander sort Onze danses pour combattre la migraine sous le nom d’Aksak Maboul. « Le label n’existait pas encore mais cet album était quelque part sa feuille de route. Un grand brassage de tout ce que j’aimais. La pop psyché anglaise, le free jazz, la musique extra européenne et celle, contemporaine, de Philip Glass et Steve Reich. Nous avons essayé de reproduire tout ça avec naïveté et incompétence. Un mélange curieux qui possédait un certain charme. »

Cette ouverture d’esprit, et d’oreille, qui caractérise Marc Hollander reflète encore aujourd’hui la vie de son bébé créé pour prendre en main sa musique et se transformer en catalyseur, plaque tournante. « Aider d’autres artistes plutôt que d’enregistrer cinq fois le même disque. »

Au début, il joue au sein des Tueurs de la lune de miel, arpente les routes (télé en France, concerts au Japon) et fait en même temps tourner sa petite boutique. Crammed évolue. Grandit, mais jamais trop, sous le signe d’un éclectisme lui permettant de se promener dans la musique au gré de ses envies. Beaucoup ne connaissent la structure bruxelloise qu’à travers ses publications ensoleillées. Le succès populaire de Zap Mama. La période brésilienne du label dans les années 2000 avec l’idée d’une compilation qui débouche sur une bonne vingtaine d’albums. Ou encore, même surtout, les disques congolais de Konono Nº1, de Kasai Allstars et plus récemment du Staff Benda Bilili. « Vincent s’intéresse à la musique africaine depuis aussi longtemps ou presque que Crammed existe ».

Mélange de styles

Pourtant, si certains labels mythiques comme Warp et 4AD ont commencé dans un style, un créneau, avant de se diversifier, Crammed a toujours aimé mélanger. On lui colle souvent une image world sur le paletot. À tort. Parallèlement à Zazou/Bikaye, « du Congotronics en éprouvette » (Noir et blanc remonte à 1983), le label bruxellois sort de la new wave anglaise pendant les eighties, 60 albums d’électro dans les années 90. Des bandes originales aussi.

« Tout le contraire de ce qu’on t’apprend dans les écoles de marketing, rigole Marc Hollander. Et c’est sans doute ce qui explique, avec son indépendance et son réseau, la survie d’un label qui fait des choses pas évidentes depuis trente ans. Nous sommes beaucoup moins tributaires des modes, des vagues ou encore de l’état du marché dans un pays donné… »

Rapidement, dans les années 80, Hollander and co comprennent pourtant que l’heure n’est pas à l’éclectisme et au brassage des genres. Naissent alors des sous-structures. Made to measure pour les musiques instrumentales en 1984. Puis SSR, CramWorld, Freezone… Une stratégie abandonnée à l’arrivée des années 2000. Logique quand on prône la disparition des frontières.

« J’ai toujours eu la phobie d’être enfermé dans une cage. Heureusement, on comprend mieux l’éclectisme aujourd’hui ». Marc Hollander a du mal avec le mot métissage. « Le métissage n’existe pas. Nous sommes tous le produit du mélange » argue-t-il. Et de souligner qu’actuellement branché par des groupes américains indés (Megafaun, Skeletons), il n’a aucune idée préconçue sur l’avenir. Le contraire nous aurait inquiétés.

Cinq albums essentiels dans l’histoire de Crammed

Les tueurs de la lune de miel The Honeymoon Killers (1982)

Délinquants musicaux pour paraphraser Marc Moulin, les déglingués Tueurs de la lune de miel dans lesquels officient désormais Marc Hollander et Vincent Kenis offrent une solide carte de visite au label.

Tuxedomoon Holy wars (1985).

Première sortie internationale à grande échelle de chez Crammed, Holy wars est aussi le plus grand succès de Tuxedomoon. Groupe tour à tour cold wave, no wave, rock, électro pop, jazz, tango… Inclassable comme sa maison de disques.

Bebel Gilberto Tanto Tempo (2000).

Label globe-trotter, Crammed se fait découvreur de la nouvelle musique brésilienne et écoule un million d’exemplaires de Tanto Tempo enregistré par Bebel Gilberto, fille d’un pionnier (Joao) de la bossa-nova. Un chiffre qui onze ans plus tard fait rêver.

Konono N°1 Congotronics (2004).

Le premier album de Konono est en quelque sorte le manifeste de la musique tradi moderne congolaise. Une musique qui s’adresse aux ancêtres mais amplifiée pour ne pas être noyée dans le brouhaha de Kinshasa. Une référence pour tout un courant de la nouvelle scène rock indé.

Zap Mama Zap Mama (1991).

Cinq filles emmenées par Marie Daulne, née au Zaïre et élevée en Belgique, envoûtent le monde a cappella. Même Mathieu Kassovitz et Jacques Higelin succombent à leurs charmes. Le premier utilise un titre pour son film Métisse et le second les emmène en tournée.

JULIEN BROQUET

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