C’est quoi, Karkwa ? Le meilleur du rock francophone québécois

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Karkwa était l’invité d’Arcade Fire au Zénith de Paris, cet été. Les deux groupes rock montréalais se différencient par le fait que le premier chante en français. Nous l’avons rencontré.
Soyons franc. Si on est à Paris ce soir-là, c’est un peu pour Karkwa et beaucoup pour Arcade Fire. Ce dernier fait l’événement au Zénith avant de se balader dans les festivals d’été de plein air. Les deux groupes montréalais réunis dans la même « petite » salle, c’est aussi un événement. Win Butler, le patron d’Arcade Fire, ne manquera d’ailleurs pas sur scène de dire que Karkwa est, selon lui, le meilleur groupe de Montréal. L’hommage fait d’autant plus plaisir que Karkwa s’échine depuis 1998 à faire du rock en français.

Quand l’agent belge de Karkwa nous propose de les rencontrer avant le concert, on bondit de joie non seulement à l’idée d’être sûr de pouvoir entrer dans la salle (vu que le représentant d’Universal-France a préféré donner tous ses tickets presse à ses petits copains parisiens, nous plantant là comme de la…) mais aussi et surtout à la perspective de rencontrer ce groupe atypique qui mériterait une plus grande notoriété. Chez eux, au Québec, Karkwa est considéré à sa vraie valeur : le meilleur groupe de rock francophone, tout simplement. Chez nous, le message n’est pas encore bien passé : « On aime bien venir en Belgique. On était venu à Spa, au Botanique deux fois et en première partie d’Eiffel, à l’AB », nous a rappelé Louis-Jean Cormier, le chanteur, guitariste et auteur de la plupart des textes de Karkwa : « On est habitués à ce décalage. Nos disques sortent ici plus tard. C’est à cause de ce délai qu’on n’a jamais eu de vrai succès discographique en Europe. Là, on sent que quelque chose se passe. On joue beaucoup dans les contrées anglophones, on est allés au festival South By Southwest au Texas. Tout a découlé du prix Polaris. Ça ne pose pas de problèmes que les gens ne nous comprennent pas. On est comme ces groupes scandinaves, Sigur Ros… qu’on ne comprend pas non plus. »

Louis-Jean, modeste, ne dit pas qu’en plus du prestigieux prix Polaris récompensant le meilleur album canadien de l’année (pour Les chemins de verre paru outre-Atlantique en mars 2010 et qui ne sort qu’aujourd’hui chez nous !), Karkwa a également décroché, à Toronto, le Juno Award de l’album francophone de l’année. Mais pourquoi s’obstiner à chanter du rock en français, bon sang ?

« On est un des rares groupes de rock québécois à chanter en français, c’est vrai. Malajube et Kapott sont les deux autres. On est amis d’ailleurs. Ce qui nous fait plaisir, c’est que des jeunes qui n’écoutent que du rock anglophone nous disent qu’ils aiment Karkwa. Ça coule bien, ils disent. Car, il ne faut pas s’en cacher, la langue française est plus à couper au couteau, elle est plus difficile à placer dans une mélodie rock. Gainsbourg ou Bashung, c’est très typé. C’est différent tout de même. Mais pour moi, ce n’est pas un problème, je ne me complique pas la tâche, je ne me force pas, j’aime la poésie, jongler avec les mots et les textes. Je maîtrise l’anglais pour une interview ou parler entre les chansons mais je n’écrirais pas si bien dans cette langue, je pense. La poésie, ça demande un certain bagage. Et traduire mes textes en anglais ne m’intéresse pas. Avec François, on fait toujours d’abord la musique, puis je me charge de la plupart des textes après. Ce qu’on entend nous dicte le sujet à aborder. J’aime délirer un peu. “ Beyrouth”, je l’ai écrite au Liban. Histoire de dépeindre un peu ce qu’on y a vu. J’essaie une écriture très visuelle, tout en restant naïf et maladroit. On est conscient de ça. Je trouve ça très bien les slammeurs mais j’ai trop le goût de la musique et des chansons. »

Les influences de Karkwa sont multiples. Ses cinq membres ont des backgrounds divers : pop, rock, jazz, électro. « On est des mélomaniaques à outrance. Les influences deviennent un peu floues du coup. »

C’est la première fois, ce soir du 30 juin, qu’ils jouent en première partie d’Arcade Fire : « Ils sont un bon exemple de la scène musicale montréalaise car il y a des francophones dans le groupe. C’est vraiment un beau métissage. Il y a aussi Plants Animals. Nous, on partage beaucoup avec notre ami Patrick Watson qui est un artiste fabuleux. On a fait un spectacle avec lui il y a quelques années, les Karkwatson, avec neuf musiciens sur scène. On en a beaucoup parlé chez nous. C’était un mariage des deux cultures. Mais il ne faut pas voir ça comme un geste politique ou une prise de position. C’est quelque chose de très naturel. Notre génération est très universelle. On fait tout par internet. On peut écouter des trucs japonais, etc. »

On profite d’avoir Louis-Jean sous la main pour lui demander comment il explique cette étonnante vitalité de la scène rock montréalaise depuis quelques années : « C’est dur à expliquer et sans doute que c’est éphémère. Comme Seattle ou Chicago par le passé. Montréal, même nous, on aime se caricaturer. On parle du Mile End, un quartier de Montréal d’où vient Arcade Fire, où, pour blaguer, on dit qu’on trouve un glockenspiel au Dépanneur (café), tellement tout le monde aujourd’hui en joue. Il y a une ressemblance aussi avec les groupes scandinaves, qui ont cette façon lyrique de faire monter la musique, des envolées et aussi une espèce de froideur. C’est peut-être une question de climat. »

Karkwa a enregistré son dernier disque au studio Frette, un manoir situé à quinze minutes de Paris : « C’était pendant la fin de la tournée précédente. Comme on ne jouait pas tous les soirs, on a voulu maximiser nos jours off en entrant en studio. En vingt et un jours. On a changé notre façon de faire. Avant, on répétait beaucoup nos morceaux. Là, on est entrés en studio avec quasiment rien. On a fait une chanson par jour. Ça nous a beaucoup stimulés. On a beaucoup bricolé aussi, sans penser au live. On a mis ce qu’on voulait sur les morceaux. Notre plus grand plaisir, c’est le studio. On adore ça. Après, vient la scène, qui est très stimulante aussi mais avec son lot d’inconvénients. »

Les Français ont l’habitude de dire qu’il faut vivre en France pour s’y assurer un succès durable : « On entend ça dans tous les pays, qu’il faut s’investir pour y avoir du succès. Mais nous, on commence à avoir du succès dans plusieurs pays, donc passer six mois à Paris, je ne pense pas qu’on va le faire. On a déjà beaucoup donné et puis on est arrivés en pleine crise du disque aussi, faut pas se leurrer. »

Karkwa ne vend pas des millions de disques (pas plus qu’Arcade Fire d’ailleurs). Du dernier, ils en ont vendu 33.000 : « On est loin des 300.000 mais pour six millions de Québécois, c’est bon. On a dû en vendre 80.000 de nos quatre albums, je pense. Et le public est là aux concerts. »

Sur leur deuxième album, Les tremblements s’immobilisent (2005), on retrouve notre bonne Brigitte Fontaine : « On connaissait sa voisine sur l’île Saint-Louis, une attachée de presse connue nommée Michèle Latraverse. On a écrit à tout hasard pour avoir sa collaboration sur une chanson car elle nous intriguait tout de même. Et elle a dit oui. »

La critique de l’album sur le mad.be
http://www.karkwa.com/english.php

http://www.myspace.com/karkwa

Les dates belges :
Friday 10th  October
Le Tipi
With /  Redboy Solo (MLCD) (Be) / Lyla Skin (Be) /
Simon Beaudoux (Fra) / Loic B.O. (Be) /
13 rue Roture
4000 Liège
http://nmlss.net/
Doors 8pm
6!  adv, 8!  on the door

Saturday 11th  October
Le Botanique
On stage 8pm
www.botanique.be
bota’ Carte 9!  – 12!  adv – 15!  on the door

THIERRY COLJON,  à Paris


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